Et Sy Lupin n’était pas celui que vous croyiez ?

La première partie de la nouvelle série Lupin vient de sortir sur Netflix. C’est une série policière avec des notes dramatiques, sans oublier une bonne dose d’ironie. Les 5 premiers épisodes disponibles – une deuxième partie est prévue, pour un total de 10 épisodes – possèdent un bon rythme et sont très agréables. De plus, la direction à trois mains (Marcela Said, Ludovic Bernard et Louis Leterrier) donne à la série une beauté esthétique, beauté soutenue par la photographie chaleureuse signée Christophe Nuyens et Martial Schmeltz.

En bref, Lupin est un excellent produit de divertissement : drôle, rythmé, rapide. Mais la série comporte aussi des aspects moins superficiels comme la relation avec la figure paternelle – Assane et son père Babakar, mais aussi Assane avec son propre fils – et le thème du racisme et de l’intégration.

La série s’ouvre sur un premier épisode qui nous donne l’illusion de nous retrouver dans un film de la saga Ocean’s, où une bande de criminels exécute un plan. Le premier épisode a ainsi lieu au Louvre où Assane Diop, le protagoniste, veut voler un précieux collier à l’aide de ses amis. Comme tout braquage qui se respecte, le plan ne se déroule pas comme prévu, il y a ceux qui le trahissent, et bien sûr, il y a une femme belle et riche (dans la série elle est même présentée comme « la délicieuse Juliette Pellegrini », mais ça je ne vais pas en parler…). Bref, il y a tous ces clichés qui font partie du genre et que le spectateur veut. On a presque l’impression de regarder la version française de La Casa de Papel, mais en mieux.

Mais ce qui fait de Lupin un produit différent est précisément l’histoire du protagoniste qui coud tous les épisodes ensemble : le père d’Assane a été injustement condamné. Le désir de rédemption et de justice de son fils tient toute la série et fait vivre à Assane diverses vicissitudes.

Si la tension et le rythme sont maintenus à un niveau élevé, le drame est le ciment de l’ensemble du récit. En toile de fond également, l’intégration et un racisme voilé présent dans la société française. Assane Diop est un homme cultivé, raffiné et prospère. Fils d’un immigré originaire du Sénégal, il est très conscient de la façon dont la société française traditionnelle le perçoit, et il utilise souvent ces préjugés pour tromper ses victimes. Il n’a, en effet, pas besoin de beaucoup pour se déguiser : il rejoint le genre de personnes qui ne se font jamais remarquer, et il disparait.

Babakar, le père, offre à son fils Assane le livre Arsène Lupin, gentleman-cambrioleur de Maurice Leblanc. A son tour, Assane, afin de retrouver sa relation avec son fils, lui donne le même livre. Et les références et les hommages au roman français sont présents tout au long de la série : anagrammes, cas, coïncidences, similarités, comme si la série voulait être avant tout un hommage au personnage et aux histoires écrites par Leblanc. Mais alors que le roman se situe au début du XXe siècle, le scénario introduit les personnages dans une Paris contemporaine.

Alors, oubliez le manga japonais Lupin III : vous ne verrez pas Goémon ou l’inspecteur Zenigata, et, pour être honnête, vous ne verrez pas non plus le Lupin de Leblanc. Mais vous le goûterez, vous en saisirez l’essence, vous en apercevrez la forme.

Comme pour The Queen’s Gambit, où beaucoup d’entre nous se sont initiés aux échecs, Lupin a suscité l’engouement de ses spectateurs, où les ventes du roman de Leblanc ont battu tous les records, avec 70.000 exemplaires imprimés, chiffre qui pourrait monter à 100.000 d’ici la fin de cet été selon Cécile Térouanne, directrice d’Hachette Romans et du Livre de Poche Jeunesse.

 Alors que trois séries françaises sur Netflix ont été annulées après leur première saison (Marianne, Osmosis et La Révolution), la nouvelle série de George Kay et François Uzan est devenue la première fiction française à entrer dans le top 10 des émissions les plus visionnées sur Netflix aux États-Unis, où même l’actrice Sharon Stone a salué la série dans un récent tweet.

Sara Karim

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