UFA x Salles Obscures : 10 films féministes à voir

Des films féministes nous en avons beaucoup, mais jamais assez : du classique Thelma et Louise, et La Leçon de piano de Jane Campion à des films plus récents, comme Les Suffragettes de Sarah Gavron, ou encore Les filles du Docteur March de Greta Gerwig, le cinéma féministe est aujourd’hui en capacité de s’épanouir.

Parfois ce sont les récits de personnages qui ont réellement existé, comme Frida, d’autres tirés de romans, comme La couleur des sentiments.

Que ce soit de manière explicite ou implicite, ces films racontent l’histoire de femmes et de leur combat à s’affirmer dans une société dominée par les hommes.

En collaboration avec l’Union des Féministes d’Assas, nous vous avons proposé une liste, non exhaustive, de films féministes qui, selon nous, méritent d’être regardés.

1. Mignonnes (Maïmouna Doucouré, 2020)

Ce film de Maïmouna Doucouré a fait polémique lors de sa sortie. Il fait le portrait de cette dure réalité à laquelle sont confrontées de nombreuses petites filles à qui on fait comprendre très tôt que leurs corps sont l’objet du désir masculin. A travers cette œuvre d’une nécessité incontestable, la réalisatrice révèle des peurs et blessures qui ne sont pas propres à l’héroïne du film.

Amy, 11 ans, rencontre un groupe de danseuses appelées « les mignonnes » et s’initie à la danse pour les rejoindre et échapper à un drame familial. La réalisatrice a effectué un travail de terrain de plus d’un an pour réaliser ce film, qui se ressent plus comme un documentaire tant il est juste et fin. Il ne décrit d’ailleurs pas seulement cette réalité mais questionne le rôle des adultes dans cette situation alarmante.

2. La Favorite (Yórgos Lánthimos, 2018)

Début des années 1700. L’Angleterre est en guerre avec la France. Une frêle reine Anne (Olivia Colman) est assise sur le trône tandis que son amie proche, Lady Sarah Churchill (Rachel Weisz), dirige le pays à sa place tout en s’occupant de la santé et du tempérament capricieux de la reine.  Du moins, jusqu’à l’arrivée de sa malheureuse cousine Abigail (Emma Stone), qui bouleverse rapidement l’équilibre. La Favorite se déroule comme une partie d’échecs surréaliste à trois joueurs, où la Reine Anne, Abigail et Lady Sarah inversent sans cesse les rôles de victime et de bourreau. Pour le spectateur, c’est un plaisir d’expérimenter toutes les facettes de la pièce : l’honnêteté brutale de Sarah, la malhonnêteté amoureuse d’Abigail, la boulimie désespérée d’Anne, qui a reçu le pouvoir comme une condamnation. Lanthimos met en scène une mascarade sur le pouvoir, les pires instincts et les vérités les plus inconfortables sur la nature féminine, pour une expérience cinématographique qui ne ressemble à aucune autre.

3. Une femme sous influence (John Cassavetes, 1974)

L’histoire raconte la dérive émotionnelle d’une femme américaine de classe moyenne, qui est admise dans un centre psychiatrique suite à une grave dépression. A son retour, elle tentera de toutes ses forces de reprendre sa famille mais trouvera un changement radical chez son mari, ou peut-être chez elle-même. Elle devra également accepter sa propre dissociation du monde qui l’entoure, la société semble devenir une menace imminente, et un sombre éloignement de tout plane en elle. L’introspection psychologique est poussée au maximum, créant une sorte de tunnel narratif entre le personnage et le spectateur. Cassavetes met les émotions et les pensées de cette femme entre nos mains, la transformant en une poupée de cristal dans laquelle il est possible de distinguer chaque impulsion. Un film plein de colère refoulée mais aussi de douceur mélancolique.

4. Roma (Alfonso Cuarón, 2018)

Inspirant et touchant, le film d’Alfonso Cuarón se place dans le Mexique des années 1970. On y retrouve Cleo, une domestique travaillant dans la demeure d’Antonio et Sofia. Tout au long du film, on a des allers-retours entre les histoires de la famille dont elle s’occupe et ses problèmes plus personnels. Sofia et Cleo s’offrent un soutien mutuel et nouent de profonds liens à travers différentes formes de pertes et séparations qu’elles subissent, dépassant les cases imposées par leur classe sociale.

Bien qu’un film reflétant le quotidien et la vie de tous les jours, le film connaît une dimension épique  certaine, par le courage et la bravoure de Cleo, qui protège et défend les enfants de cette famille contre vents et marées et ce, malgré sa condition. Cette histoire se place 50 ans en arrière mais trouve un écho amer dans les différents traitements que les femmes peuvent subir encore de nos jours.

5. Wadjda (Haifaa Al Mansour, 2012)

Ce film réalisé par la Saoudienne Haifaa Al-Mansour s’affirme dans un féminisme certain par son récit et sa protagoniste. Wadjda est une enfant de 12 ans qui déroge aux règles sociales établies : elle écoute du rock et porte des Converse. A l’aube de la puberté, elle ne veut qu’une chose: s’acheter un vélo pour pouvoir faire la course avec son ami Abdallah. Elle se voit refuser cet achat par sa mère car “les filles ne font pas de vélo”. Mais la petite fille est bien déterminée et s’inscrit au concours de récitation coranique de son école pour tenter de gagner la somme nécessaire à son achat.

Wadjda est aussi le premier film réalisé par une femme saoudienne, plein d’espoir et authentique, réflétant la réalité de la condition des femmes mais aussi des filles dans ce pays.

6. We want sex equality (Nigel Cole, 2011)

Dagenham, Angleterre, 1968. Dans l’usine Ford de Dagenham (55 000 employés, presque tous des hommes), 187 femmes travaillent à la couture de sièges. Un jour, elles décident de se rebeller, fatiguées de porter le fardeau de la discrimination sexuelle. De comédie cynique, We want sex equality devient aussi politiquement engagé et raconte les aventures d’un groupe de femmes assoiffées d’indépendance. Les femmes de We want sex equality sont armées d’une grande perspicacité et d’une brillante ironie. La soif de changement tourmente ses protagonistes qui, grâce à leurs grèves, seront à l’origine de l’adoption de la Loi sur l’égalité des salaires (1970) au Royaume-Uni. La grande force du film de Nigel Cole réside dans son ironie : raconter un thème dramatique comme l’inégalité des sexes sur un ton aussi brillant.

7. Papicha (Mounia Meddour, 2019)

Réalisé par Mounia Meddour, ce premier long métrage de la réalisatrice, se place dans l’Algérie de la décennie noire. Salué par la critique internationale, Papicha  subit cependant une grande censure dans son pays d’origine. La réalisatrice nous fait découvrir un fait historique à travers le quotidien d’une poignée d’étudiantes résidentes de la cité universitaire. Ces jeunes filles s’arment de courage face à la violente réalité d’être une femme dans les années 1990.  On suit  la résistance plus ou moins choisie et les difficultés qui accompagnent la vie de Nedjma, une étudiante qui rêve de devenir styliste, et de ses camarades. Papicha est un mot algérois désignant une femme libre, jeune, drôle et jolie, description à laquelle ces étudiantes spontanées répondent. Elles transmettent un féminisme certain qui anime leur espoir de vivre dans une Algérie meilleure, faisant étrangement écho à la volonté de la jeunesse algérienne actuelle du Hirak.

8. The Magdalene Sisters (Peter Mullan, 2002)

Comté de Dublin, 1964. Trois filles sont enfermées au sein du couvent des sœurs de Marie Madeleine pour différentes raisons : viol, enfant avant le mariage, vanité. En plus des tortures physiques qu’elles subiront, elles seront, avec les autres détenues, privées de tout droit et forcées à travailler tous les jours dans la blanchisserie du couvent. Non moins grave sera le préjudice moral qui leur sera infligé par les religieuses qui ne manqueront pas de les offenser et de les humilier aux moindres circonstances. Le film a attiré l’attention du public au moment de sa sortie, puisqu’il a fait la lumière sur l’existence de ces couvents, le dernier n’ayant fermé qu’en 1996, époque où les femmes vivaient pleinement et depuis longtemps en liberté. Le film de Mullan est un appel à la vérité et à la justice et met en évidence les responsabilités de l’Église qui, ironiquement, veut se montrer émancipée et avancée. 

9. Je danserai si je veux (Maysaloun Hamoud, 2016)

C’est un film plein de vie, le surprenant premier long métrage de Maysaloun Hamoud. Trois jeunes femmes arabes, amies et colocataires, vivent à Tel-Aviv,  une ville pleine de stimuli et de tensions, où le sexe, la joie de vivre et la culture clandestine sont omniprésents. Chacune d’entre elles essaie de vivre le quotidien et de s’affirmer de manière différente, dans un monde dominé par les hommes qui ne les considèrent que comme des épouses ou des mères. À travers les histoires de ces trois amies, la réalisatrice tente de montrer le chemin de l’émancipation des femmes malgré les nombreuses limitations à leur liberté et aux jugements des gens, dans une métropole entourée de coutumes et de traditions islamiques. 

10. Portrait de la jeune fille en feu (Céline Sciamma, 2019)

Considéré comme le meilleur film de 2019 par vos rédactrices ici présentes, Portrait de la jeune fille en feu de Céline Sciamma nous transporte dans la Bretagne du 18e siècle. On y retrouve Marianne, artiste peintre, qui doit tirer un tableau d’Héloïse, forcée de quitter le couvent pour être mariée.

Les protagonistes découvrent leur féminité, tandis qu’un féminisme certain est dépeint à travers le scénario. Les deux héroïnes viennent d’un monde dicté par les hommes, bien que très différents : le couvent d’Héloïse, et l’Église de façon plus générale,  et le monde artistique de Marianne, où  elle est obligée d’emprunter le nom de son père pour pouvoir diffuser ses œuvres. Sans expliciter ni nommer tous les sujets abordés, ce film, rebelle et fougueux, conte une histoire féministe forte, à travers les regards et les touchers des héroïnes, mettant à l’écran des images spectaculaires dignes d’un tableau.

Sara Karim et Yasmina Aksas

1 – Mignonnes est disponible sur Arte Boutique

2 – La favorite Canal +

3 – Une femme sous influence disponible sur Lacinetek

4 – Roma sur Netflix

5 – Wadjda sur Arte Boutique

6 – We want sex equality sur Canal +

7 – Papicha sur Canal +

8 – The Magdalene Sisters sur Canal VOD

9 – Je danserai si je veux sur Canal +

10 – Portrait de la jeune fille en feu sur Arte Boutique

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