Metropolis : Le chef-d’œuvre mal compris de Fritz Lang

“La proposition de Maria demandant que le cœur serve de médiateur entre la main et le cerveau aurait pu être aussi bien formulé par Goebbels. Lui aussi en appelait au cœur pour les objectifs de sa propagande totalitaire.”

De Caligari à Hitler, Siegfried Kracauer

Le cinéma allemand a connu deux grands âges d’or au cours de son histoire. Il y a eu le Nouveau cinéma allemand qui va des années 60 jusqu’au début des années 80, mais il a eu droit également à un cinéma très prolifique durant les années 20, c’est-à-dire sous la république de Weimar. L’Allemagne a subi une terrible défaite pendant la première guerre mondiale mais son cinéma n’a pas été énormément touché par les sanctions. Au contraire, elle devient une de plaques tournantes du septième art.

Et c’est sous cette période que sort un nouveau film, une œuvre fondatrice dans l’histoire du cinéma.  Si aujourd’hui, il fait l’unanimité auprès des critiques et des historiens, Metropolis a été une catastrophe tant au niveau de la critique que de sa rentabilité. L’œuvre a conduit à d’intenses débats à commencer par son message idéologique. Film marxiste pour les uns, fasciste pour les autres, qu’en est-il réellement? 

Fritz Lang

Fritz Lang est considéré comme l’un des réalisateurs les plus importants du cinéma allemand et même mondial. Né en 1890 à Vienne en Autriche-Hongrie, Il se rend en Allemagne en 1910 pour suivre des études d’art. C’est après un séjour à Paris qu’il se décide de se lancer dans l’aventure cinématographique après avoir assisté à la projection d’un film de Louis Feuillade.

Sa carrière de réalisateur décolle véritablement après la première guerre mondiale. En 1919 sort son premier film La Métisse. S’ensuivra après un certain nombre de films divers et variés du fantastique (Les Trois Lumières) à l’espionnage (Les Espions) en passant par la science-fiction (La Femme sur la Lune). Au cours de cette période, malgré la défaite, l’Allemagne est une des principales capitales artistiques du continent européen. Paradoxalement, si l’Allemagne est sévèrement sanctionnée par les vainqueurs de la Première guerre mondiale, le cinéma allemand est très prolifique sous la république de Weimar. Elle voit la naissance de la plupart des cinéastes et acteurs les plus talentueux que le septième art ait connus : Ernst Lubitsch, Billy Wilder, Marlène Dietrich, Friedrich Murnau, Emil Jannings ou encore Georg Wilhelm Pabst. En 1926, Fritz Lang se lance dans la réalisation de ce qui est considéré comme un des films les plus importants de sa carrière, Metropolis. Pour concurrencer les productions hollywoodiennes, l’UFA fait construire dans les studios de Babelsberg à Potsdam un gigantesque plateau de 2200 m2 pour le tournage de ce film de science-fiction. 

Inspirations

Il est difficile de savoir où il doit être classé dans les mouvements artistiques de l’époque. Très souvent, on a tendance à la rattacher à l’expressionnisme.

L’expressionnisme allemand, j’en avais déjà parlé dans deux de mes articles (ici et ), est un mouvement qui se caractérise notamment par son usage très esthétique de l’ombre et de la lumière, d’exploration de thèmes tels que la folie, la paranoïa, l’angoisse, le double. On y retrouve certaines de ces caractéristiques dans Metropolis. Le thème du double et de dualité entre le bien et le mal est représenté par le personnage de Maria et de L’Androïde de Rotwang ayant pris les traits de la femme. On retrouve également un usage très prononcé de l’éclairage et des ombres notamment dans la scène de poursuite entre Maria et Rotwang dans les catacombes de la ville. Mais qualifier l’œuvre de Lang d’expressionniste serait aller un peu vite en besogne car il n’a jamais accepté qu’on lui impose pareille étiquette. Francis Courtade disait de lui :

“Lang s’est toujours défendu d’avoir été expressionniste. On peut le comprendre : un vrai créateur n’aime pas les étiquettes et d’autre part, Lang n’a réalisé qu’un film qui puisse être entièrement qualifié d’expressionniste. Mais l’expressionnisme, consciemment ou non, l’a marqué”

En réalité, Metropolis pioche un peu dans trois des principaux mouvements artistiques de l’époque : l’Expressionnisme, la Nouvelle Objectivité et le Futurisme. 

La Nouvelle Objectivité se caractérise par un certain réalisme. Le but étant essentiellement de dénoncer socialement les conditions de vie de la classe ouvrière, critiquer la bureaucratie et l’élite politique… Difficile de ne pas voir le caractère “Neue Sachlichkeit” de Metropolis.

Pour ce qui est du futurisme, c’est un mouvement artistique apparu en Italie en 1909. Le chef de fil s’appelait Filippo Marinetti. Les futuristes exaltent le progrès technologique et son triomphe, les villes industrialisées, la violence… Là aussi, l’influence est très claire. Metropolis est un film se déroulant dans une ville futuriste où la technologie est omniprésente.

Synopsis

Joh Fredersen, le maître de Metropolis et père de Freder, manigance au côté de Rotwang, un savant fou, pour stopper les velléités des ouvriers. Il espère compter sur la nouvelle création de Rotwang, un robot. Joh demande au savant fou de kidnapper Maria pour que sa machine puisse prendre sa forme et maintenir ainsi son emprise au sein des travailleurs. Rotwang a d’autres idées en tête. Certes, il kidnappe la fille mais va utiliser son robot pour provoquer une nouvelle révolution et renverser Fredersen.

Analyse

Comme nous l’avons dit, Fritz Lang s’est beaucoup inspiré sur le Futurisme dans la mise en scène de Metropolis. Il est vrai qu’on retrouve le thèmes des machines et des progrès technologiques. Mais à la différence de ces derniers, le réalisateur allemand a une vision très différente à ce sujet.

Commençons par le début, nous avons une ville futuriste. Pour la faire fonctionner, il faut faire fonctionner les machines. Elle nécessite dans ce cas une main-d’œuvre, un prolétariat, ceux qui n’ont pour seule chose que leur force de travail. Ils sont aliénés par leur travail. Qu’est-elle la première scène où l’on voit les prolétaires dans le film ? Ils apparaissent pour la première fois au moment de la relève, c’est-à-dire le changement d’équipe pour la maintenance des machines de la cité.

Les travailleurs font partie intégrante de cette vaste machinerie. Ils font corps avec elle. Quand on les voit pour la première fois, leur démarche est totalement mécanique. Ces individus ne sont plus des êtres vivants, ce sont des rouages, des objets. Ils sont remplaçables, quand l’un d’entre eux tombe malade, asphyxié par la vapeur des machines.

Le progrès technologique n’aurait pas permis d’améliorer le sort et la condition humaine. Toute vie a disparue dans ces corps humains. Ils servent désormais de vivres à leurs propres instruments de travail. Les machines deviennent des divinités servant corps et âme leurs nouveaux maîtres. Les travailleurs sont sacrifiés à la manière des rituels païens. Ces êtres humains sont maintenant des machines, ne faisant qu’un avec le reste de l’architecture et de ces différentes composantes mécaniques.

A l’inverse, le monde des nantis est un vrai paradis. La technologie a conduit à l’amélioration du confort de vie d’une partie de la population, la classe dirigeante de la cité. Pour ce qui est des enfants, ils s’amusent dans de vastes jardins aux côtés des jeunes filles, font du sport…

Dès les premières scènes du film, Fritz Lang construit une opposition, une dualité entre deux mondes, chose très habituelle dans un cinéma expressionniste. Lorsque le monde des bourgeois vit dans la lumière et dans la verdure, celui des prolétaires est un monde de ténèbres, de catacombes et de souterrains.

Lang pose la question de notre rapport à la modernité et au progrès technologique. Le mot “Metropolis” peut être littéralement traduit par ville-mère. Elle aurait pour fonction de protéger, de veiller à la sûreté et au confort de ses habitants. Est-ce réellement le cas? On a vu que non. Les travailleurs sont malheureux, aliénés par les machines de la cité. Pire encore, les nantis et les prolétaires sont incapables de communiquer entre eux. Le dictateur Fredersen ferme les yeux sur ce que subissent les populations ouvrières. Metropolis est une ville morte. Elle est à l’agonie. Ce soit disant “progrès technologique” conduit en réalité à la séparation et à l’isolement des classes sociales. Comment remédier à cela dans ce cas? On y voit très nettement dans le film une opposition entre le paganisme et le christianisme.

Quand Freder se rend pour la première fois dans les bas-fonds de la cité, les machines se transforment devant ses yeux en une terrible divinité païenne, Moloch. Cité dans la Bible, Moloch était surtout connu pour ses rites qui consistaient à sacrifier des enfants dans le feu. Rotwang aussi, bien que savant, ressemble beaucoup plus à une sorte de sorcier. Derrière son robot, on peut apercevoir un pentacle. Il ferait donc appel à des forces surnaturelles et occultes. Bien sûr, le plus important étant la légende de la Tour de Babel évoquée par Maria au milieu du film. Revenons un peu en détail sur cette légende. La Tour de Babel relevait de la volonté des hommes de toucher le ciel. Cette prouesse technique déplut grandement à Dieu qui décida de brouiller leur langue afin qu’ils ne puissent plus se comprendre. Le parallèle entre Metropolis et la tour de Babel devient finalement clair. Le progrès corrompt le cœur des hommes. Elle divise et amène à une impossibilité de communiquer. Dans le cas de la légende de Babel, l’incommunication est littérale. Les travailleurs ne peuvent plus se parler entre eux car parlant plusieurs langues différentes. Mais dans le cas de Metropolis, les classes sociales de la cité ont du mal à discuter et à s’écouter. Ils parlent le même langage mais ont du mal à se comprendre. Pour construire sa cité futuriste, Fritz Lang dit s’être beaucoup inspiré de la ville de New York où il disait ressentir une certaine attraction mais également une très grande peur.

Que peut apporter une telle modernité ? S’agit-il d’une amélioration, d’un progrès ou au contraire à y semer les germes d’un cataclysme ? La ville de Metropolis semble bizarrement dominée par des puissances païennes et occultes ce qui est assez paradoxal. Là où la technologie et les machines sont habituellement rattachés à l’idée d’une société qui avance vers un futur meilleur, la société de la cité est plutôt revenue à des croyances et à des rites archaïques venus du passé. Et face à cela s’oppose le christianisme. Ce que reproche essentiellement Fritz Lang, c’est une société basée sur des rapports froids, calculateurs sans aucune attache émotionnelle. Ce qui par le réalisateur est demandé est un retour à des rapports plus humains incarnés dans le film par les valeurs chrétiennes. Que le personnage féminin principal s’appelle Maria n’est pas anodin puisqu’il renvoie à la vierge Marie. Là où elle incarne l’innocence et la pureté, son double robotique, l’homme-machine de Rotwang, se rapproche bien plus de la prostituée, d’une démone, utilisant son charisme et son pouvoir d’attraction pour semer la discorde au sein des classes sociales de la cité. Elle utilise ses attributs féminins pour pousser les bourgeois au meurtre. Idem pour Freder Fredersen, bien qu’il soit issu des rangs des nantis, son rôle dans le film est très proche de celui du Christ, celui qui apportera l’amour, la réconciliation et la paix à Metropolis.

Mais qu’est-ce que cela signifie tout ça ? La ville de Metropolis ferait allusion à la révolution industrielle. Bien qu’elle s’inspire de New York, elle peut tout autant symboliser la ville de Berlin, une des principales capitales industrielles d’Europe. On aurait pu croire qu’elle  conduirait à une amélioration du confort de vie. Mais les sociétés ne se construisent pas sur de telles bases. Alors que beaucoup considèrent les problèmes humains résolus grâce au progrès. Rotwang ne l’a pas compris. Il était convaincu qu’elle permettrait de résoudre tous les ennuis mais la fin lui donnera tort sur ce point. L’ensemble du film se construit sur une opposition entre l’organique et le robotique, le christianisme et l’occultisme. On aurait tendance à oublier ce qui est essentiel dans la construction d’une cohésion sociale que la technologie ne pourra jamais apporter. Elle oublie la prise en compte de l’amour, le partage de valeurs communes, d’une esprit de cohésion et de solidarité, d’une certaine compréhension malgré les différences de classes sociales. A vouloir trop s’appuyer sur la technologie, on oublie la plus essentielle des choses, ce qui fait de nous des êtres humains.

De tout ce que j’ai écrit précédemment, on peut se poser la question du message politique derrière Metropolis. S’agit-il d’une œuvre marxiste faisant l’apologie de la lutte des classes ? Si j’ai écrit cet article, c’est en partie à cause de la vidéo de Durendal sur ce même film. Rageant sur le succès des films Parasite (Bong Joon-Ho, 2019) et Joker (Todd Phillips, 2019) qui à ses yeux insinue une vision haineuse des riches, il se décide de montrer ce qui selon lui est une meilleure réflexion sur la lutte des classes. Qu’en-est-il vraiment ? Metropolis est-il un film marxisant ? Regardons de plus près. Les masses ouvrières se révoltent suite aux manipulations du savant fou Rotwang et de son robot, les deux antagonistes de l’œuvre. Cette révolution amène à d’importants dégâts et à des morts. La lutte des classes conduit à des inondations dans la ville souterraine où leurs enfants sont en sécurité. Freder et Maria, les deux protagonistes du film, ne prônent pas la lutte et le soulèvement des foules.

A la place, ils proposent de réconcilier les deux partis, les classes prolétaire et bourgeoise. La lutte des classes est donc présentée de manière péjorative dans Metropolis. Le message du film est après tout que le médiateur entre la tête et les mains doit être le cœur. Il est ici question de collaboration des classes, un concept politique que l’on rattache le plus souvent avec les mouvements fascistes. L’idée est assez simple. Les fascistes sont par essence nationalistes. Il estiment que rien n’est au-dessus des intérêts de la nation. La lutte des classes considère à l’inverse que le concept de nation est une chimère qui nie la conflictualité et les rapports de force au sein de la société. Les marxistes se révèlent finalement être des ennemis des fascistes ne pouvant conduire qu’à l’affaiblissement du pays voire à sa destruction. Face à la division que peut entraîner les luttes entre classes sociales, le fascisme propose une alternative. Au lieu de passer par des révoltes, on propose une collaboration entre les classes dirigeantes et les classes dirigées. Ce principe d’organisation de la société implique donc la mise en place d’une entente cordiale, chose à laquelle adhèrent totalement Maria et Freder.

Fritz Lang n’était pas quelqu’un de très politisé à cette époque bien qu’étant probablement nationaliste. L’écriture du film a cependant été confiée à son épouse, Thea von Harbou, très proche des milieux nazis. Elle rejoindra d’ailleurs la NSDAP en 1934. Lang n’a jamais accepté la morale de Metropolis :

“Personnellement, je n’aime pas beaucoup le film. On ne peut plus dire aujourd’hui que le cœur est le médiateur entre la main et le cerveau. C’est faux, la conclusion est fausse, je ne l’acceptais déjà pas quand je réalisais le film.”

Ce qui est aujourd’hui considéré comme son chef-d’œuvre sera un four commercial. Il va néanmoins attirer l’attention des principaux dignitaires nationaux-socialistes à commencer par Goebbels… et Hitler. Il voulait faire de Fritz Lang le cinéaste officiel du IIIème Reich, chose qu’il refusera. Ce que l’on peut en tout cas dire à ce sujet, c’est que le cinéaste allemand avait probablement une conscience politique très limitée ne sachant pas à cette époque ce que pouvait constituer le nazisme comme danger. Donc pour revenir sur le vlog de Durendal, Metropolis n’est pas une œuvre antifasciste. Jamais il ne lira cet article mais je voulais revenir dessus pour pouvoir le corriger.

On pourrait penser que le film ne s’inscrit pas dans les thématiques de Fritz Lang en raison de son histoire. Pourtant, même si le cinéaste n’adhérait pas à l’idéologie véhiculée dans Metropolis, il reste qu’il continue dans le développement des thèmes qui parcourt sa filmographie.  On retrouve déjà une influence expressionniste dans le domaine de l’éclairage. On peut aussi noter un intérêt notable pour l’architecture, Fritz Lang a fait des études en architecture, et a su avoir un contrôle sur les maquettes et les décors du film, ce qui est loin d’être négligeable en raison de l’importance de la cité de Metropolis dans l’intrigue de l’œuvre. Un important travail sur les décors et les maquettes a été mené sur ce point.

Et enfin, il y a l’ensemble des thématiques qui traversent son œuvre. Les histoires de Lang sont de véritables tragédies. La tragédie est un genre de théâtre mettant en scène des personnages en lutte contre leurs passions humaines et leur destin. Lang est convaincu qu’une animalité est présente au sein de l’homme, de pulsions pouvant conduire à sa destruction et de toute civilisation. La pulsion qui intéresse le plus Fritz Lang est la pulsion de mort (mais pas uniquement). Les auteurs de cinéma sont pratiquement tous influencés d’une façon ou d’une autre par leur propre expérience personnelle. Si cette pulsion qui tend vers la mort peut faire penser aux horreurs de la Grande guerre et du XXème siècle, Fritz Lang a été très affecté par le décès de sa première femme. Au moment de l’enquête, les policiers en ont conclu qu’elle ne s’était pas suicidée mais qu’elle s’était tuée par accident. Les circonstances ne sont pas très claires mais il semblerait qu’elle soit morte à la suite d’une dispute avec son mari quand elle aurait découvert la liaison qu’il entretenait avec sa maîtresse de l’époque, Théa von Harbou.

La mort, la culpabilité, le suicide et le meurtre sont au cœur de ses œuvres. La mort est un des principaux moteurs des histoires de Lang. Les personnages de ses films sont très souvent animés par des pulsions criminelles et meurtrières. M le Maudit commence par les meurtres de petites filles par un horrible assassin. Ce tragique fait divers conduit à l’installation d’une peur irrationnelle, d’une paranoïa des habitants de la ville où tout le monde soupçonne tout le monde et où on est prêt à se faire justice soi-même. Dans Les bourreaux meurent aussi, le film commence par la mort du haut-dignitaire nazi Reinhard Heydrich. Cet assassinat politique provoque la colère des dirigeants allemands prenant la décision d’exécuter un certain nombres de prisonniers. La mort amène à un jaillissement de toutes les passions et les folies humaines, des forces incontrôlables et irrationnelles, ce qui n’est pas sans rappeler que nous étions à une époque où la psychanalyse avait beaucoup de succès dans les cercles intellectuels. Dans le cas de Metropolis, on découvre qu’un personnage féminin est au cœur d’une animosité entre Joh et Rotwang. Tous deux ont aimé la même femme, Hel, morte en donnant naissance à Freder, le fils du maître de la ville. Le nom de la mère n’est pas anodin. Hel était la déesse de la Mort et des Enfers dans la mythologie nordique. Mais son décès prématuré va plonger Rotwang dans la folie. Obsédée par la femme qu’il a aimé, il va constuire un robot à son image. Il se servira de sa nouvelle création pour se venger de Joh, détruire Metropolis. Son aveuglement ne peut que conduire à la mort et à la désolation.

Mais on retrouve de toutes autres thématiques chères au réalisateur, la manipulation des foules par un surhomme mais aussi la corruption et le cynisme des pouvoirs politiques. Bien qu’étant peu politisé, Fritz Lang a toujours porté un certain regard sur la société de son époque et donc sur la république de Weimar. Très souvent, il évoque à travers ses œuvres  de la fragilité des sociétés. On aurait pu croire que la civilisation aurait réussi à domestiquer l’être humain et ainsi éviter que sa part animale prenne le dessus. Pour Lang, notre société ne garantit pas que nos pulsions puissent prendre le dessus un jour. Dans le pire, elles peuvent être utilisées, instrumentalisées par un surhomme. L’exemple le plus connu dans sa filmographie est le personnage du docteur Mabuse. Génie du crime, son intention est de prendre le contrôle de Berlin en profitant de l’inaction des élites politiques pour l’arrêter.  Ce schéma peut aussi correspondre à la figure de Rotwang. Il utilise sa nouvelle création, l’homme-machine afin d’attiser les passions humaines, ses pulsions les plus basses. Joh Fredersen ne fait rien contre lui car il est officiellement son allié mais le savant fou joue un double jeu et le détruira dans ses funestes desseins.

Le réalisateur et critique de films français François Truffaut disait du cinéma de Fritz Lang, que ses histoires plongaient toujours ses personnages dans une solitude morale où l’homme menait une lutte dans un univers mi-hostile, mi-indifférent. Le jeune Freder est lui aussi confronté à cette situation dans Metropolis. Il doit tout autant faire face à l’indifférence de son père qu’à la folie destructrice des masses prolétaires manipulées par Rotwang.

Héritage

Malgré son échec critique, commercial et son contenu idéologique, Metropolis est aujourd’hui considéré comme un des plus grands films du cinéma allemand et mondial ainsi qu’une référence dans le genre de la science-fiction.

Plusieurs œuvres font référence, s’inspirent ou rendent hommage à Metropolis. On peut citer Les Temps modernes de Chaplin, Le Roi et l’Oiseau de Grimault, Blade Runner de Ridley Scott, la saga Star Wars avec le droïde C-3PO et ou la ville-planète de Coruscant. Son prestige ne s’étend pas uniquement au monde du cinéma, la ville de Gotham dans le Batman de Tim Burton ou encore Dark City de David Proyas.

Pour la suite, Fritz Lang va recevoir pour proposition de la part de Goebbels de diriger le cinéma du nouveau régime nazi. Hitler aurait adoré Metropolis et les Nibelungen. Bien que certains historiens doutent de la véracité de cette discussion, Lang quittera l’Allemagne après l’arrivée au pouvoir du national-socialisme pour se rendre en France et puis après aux Etats-Unis où il continuera sa carrière.

Il ne retournera qu’en Allemagne à la fin des années 50 pour réaliser le dyptique Le Tigre du Bengale/Le Tombeau hindou ainsi que le troisième et dernier épisode des aventures du Docteur Mabuse.

Thibault Benjamin Choplet

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