Top 10 des films de plus de 4h qui valent votre temps

10/ Napoléon d’Abel Gance – Durée : 5h30

Du courage, il en faut pour regarder un film muet de 5h30. Oui mais voilà, Napoléon est un chef d’œuvre de cinéma, ni plus ni moins. Un film à l’histoire très compliquée, comme tous les films sur Napoléon semble-t-il. On se rappelle par exemple du projet titanesque mais avorté de Stanley Kubrick. Film de milieu de carrière par le très prolifique Abel Gance, Napoléon est un projet monstrueux sur lequel le cinéaste français souhaite innover à chaque instant. Il inventera ainsi le premier travelling à cheval et d’autres procédés aussi farfelus qu’innovants. D’une modernité exceptionnelle, le film existe dans de très nombreuses versions, entre celles remontées par Gance lui-même et d’autres montées après sa mort, suite à des opérations de restauration. Littéralement obsédé par Napoléon (il lui consacrera au moins quatre films directement), Abel Gance voulait faire de Napoléon son chef d’œuvre. C’est chose faite avec la version de 5h30 montée par le British Film Institute en 2016. Napoléon est un film fleuve, passionnant et ultra moderne, une vraie leçon de cinéma, porté par la prestation magnétique et silencieuse d’Albert Dieudonné dans le rôle de l’Empereur maudit.

9/ Docteur Mabuse le joueur de Fritz Lang – Durée : 4h57

Chef d’œuvre de l’expressionisme allemand, auquel le réalisateur refusait pourtant d’être associé, Docteur Mabuse le joueur n’est pas le film le plus connu de Fritz Lang. Si les cinéphiles n’ont tendance à retenir que Metropolis et M le Maudit, Docteur Mabuse est pourtant l’un des très grands films du cinéaste allemand. Il met en scène un criminel, le Docteur Mabuse, créé pour la littérature par Norbert Jacques. Le Docteur Mabuse n’a qu’un but : étendre son pouvoir sur tout Berlin afin de contrôler la ville. A travers une succession de péripéties toutes plus folles les unes que les autres, faites de manipulation mentale et de fraude boursière, Fritz Lang décrit le parcours criminel d’un génie obsessionnel, mais fait aussi le portrait de la République de Weimar, fragile régime de l’Allemagne post-Première Guerre Mondiale. Qu’est ce qui justifierait 5h de votre temps ? L’innovation permanente d’un cinéaste de génie qui aura toute sa vie refusé les étiquettes que l’on tentait de lui accoler. A l’instar d’Abel Gance, Fritz Lang est terriblement en avance sur son temps et nous le fait savoir avec cette fable épique sur un homme aux mœurs discutables. Un film qui en aura inspiré bien d’autres après lui.

8/ Il était une fois en Amérique de Sergio Leone – Durée : 4h11

Dernier film de Sergio Leone, et dernier volet du triptyque « Il était une fois… », Il était une fois en Amérique est un formidable film de gangsters, peut-être le meilleur jamais réalisé. On y suit l’amitié de Max et Noodles, interprétés par James Woods et Robert De Niro, deux mafieux liés par un pacte dont les chemins ne cessent de se croiser et se séparer. Le film est tout simplement sublime, à chaque instant, de la musique en passant par la réalisation envolée d’un cinéaste en fin de carrière qui prouve qu’il n’a absolument rien perdu de son talent et de sa fraîcheur. Il était une fois en Amérique est une fable épatante sur une vie hors du commun, et tous ceux qui gravitent autour. A 55 ans, Sergio Leone prouve qu’il est encore et toujours l’un des cinéastes les plus novateurs de son époque, et livre un admirable chant du cygne, dont vous savourerez les 4h11 avec un plaisir non dissimulé. Un chef d’œuvre, sublimé par la bande originale du légendaire Ennio Morricone, qui n’a encore aujourd’hui rien perdu de son charme envoûtant.

Disponible en version courte sur Canal VOD

7/ 1900 de Bernardo Bertolucci – Durée : 5h20

Film maudit de Bertolucci, qu’il aura du maintes fois retravailler, 1900, ou Novecento en VO, se veut la chronique d’un siècle tout entier, à travers le regard schizophrène d’un personnage dédoublé. L’un est pauvre, l’autre riche. Ils sont nés le même jour, et vont grandir ensemble, avant de prendre conscience de leur différence de classe et d’expérimenter un siècle de grands tourments chacun à leur manière. Le film, résolument transgressif, est porté par l’improbable duo formé par De Niro et Depardieu. Un morceau de vie épique, une route semée de rencontres aussi intenses que fascinantes. C’est toute l’histoire de son pays que Bertolucci ausculte à travers ses deux personnages, du fascisme à la guerre en passant par la lutte des classes. 1900 porte aussi la marque de son réalisateur qui, fort du succès du controversé Dernier Tango à Paris, se permet de poser un regard cruel sur sa terre natale et met en scène toutes ses folies, d’une double masturbation de Depardieu à De Niro à Donald Sutherland violant un enfant et tuant un chaton. Sans aucun doute le plus grand film d’un cinéaste aussi factieux que talentueux.

6/ Alexandre Le Grand de Théo Angelopoulos – Durée : 4h00

Pour un cinéaste aussi difficile d’accès, Alexandre Le Grand est peut-être la meilleure porte d’entrée. Réputé pour son style contemplatif, Angelopoulos adopte ici un style plus politique, plus mordant. Sans rapport avec l’empereur macédonien, ou presque, Alexandre Le Grand raconte l’histoire d’un bandit qui revient en héros dans sa ville natale après la capture de diplomates anglais et la découvre transformée en commune autogérée. S’en suivent alors des représailles qui poussent Alexandre à prendre le pouvoir. Enivré par sa propre puissance, Alexandre se transforme peu à peu en véritable dictateur. Sans doute le film le plus percutant du cinéaste grec, Alexandre est une tragédie admirable, une autopsie cruelle des dérives totalitaires du socialisme par un cinéaste plutôt habitué à dénoncer les dévoiements bourgeois de la société. Angelopoulos délaisse ici ses sujets de prédilection pour un quasi film d’aventures sous format de constat amer. Partout où l’on regarde, la pourriture. Un film plus que jamais d’actualité pour un cinéaste (et un cinéma) qui gagne largement à être connu.

5/ Fanny et Alexandre d’Ingmar Bergman – Durée : 5h17

Véritable chef d’œuvre du cinéaste suédois, Fanny et Alexandre a presque des allures de film pour enfants. Il raconte l’histoire d’un frère et une sœur, Fanny et Alexandre, dans la Suède du XXème siècle, alors que leur mère se remarie avec un pasteur après le décès de leur père. Les enfants passent alors de l’univers enjoué du théâtre familial à l’austérité religieuse imposée par leur beau-père. Le film ressemble à s’y méprendre à un bestiaire de toutes les obsessions de Bergman. Le réalisateur y conjugue l’amour pour se terre natale avec cette quête existentielle propre à son cinéma. A travers les yeux d’un enfant, Alexandre, Bergman interroge les rapports de force qui se nouent dans notre société. Fanny mais surtout Alexandre contestent une autorité qu’ils ne comprennent pas, et remettent en cause une foi que l’on croyait inébranlable. Le cinéaste instille, comme à l’accoutumée, une dose de fantastique en convoquant fantômes et divination, pour faire de Fanny et Alexandre un film visuellement très riche qui frôle souvent le délire. Film fleuve, film somme, prenez cinq heures de votre temps pour vivre au rythme des péripéties de ce chef d’oeuvre de Bergman.

Disponible en version longue sur LaCinetek

4/ Das Boot de Wolfgang Petersen – Durée : 4h42

Das Boot, que l’on retrouve parfois sous le titre Le Bateau, parle comme son nom ne l’indique pas d’un sous-marin allemand durant la Seconde Guerre mondiale. Le cinéaste allemand Wolfgang Petersen, papa de L’Histoire sans fin et de l’abominable Troie, signe ici l’un des plus grands films de guerre jamais réalisé, déconseillé aux claustrophobes mais indispensable pour tous les amateurs du genre. Das Boot est un huis clos tendu au possible, qui inspirera toute une génération de films, d’A la poursuite d’Octobre Rouge en passant par le récent Chant du Loup. Monté à maintes reprises, pour la télévision sous forme de série notamment, la grande force du film est sa reconstitution ultra minutieuse de la vie dans un sous-marin, aidé il est vrai par le conseil de personnalités ayant connu cette vie. Das Boot est une adaptation ultra bien rythmée d’un roman allemand, qui sait prendre son temps quand c’est nécessaire, et fait montre d’une modernité admirable lors des scènes d’action. Mais c’est surtout pour cette impression de chaos permanent, de tumulte perpétuel que le film vaut. Sans forcer le trait, Petersen signe sans aucun doute son meilleur film, abrupt, rêche, dynamique mais contemplatif. Un regard amer sur une guerre qui n’était pas si loin en 1981, dans une Allemagne encore divisée, meurtrie et marquée par les stigmates du conflit. Toujours indispensable.

Disponible en version courte sur LaCinetek

3/ Le Tango de Satan de Béla Tarr – Durée : 7h30

Cinéaste contemplatif par excellence, Béla Tarr laisse derrière lui une carrière faite de chefs d’œuvre aussi difficiles d’accès que magnifiques. Le Tango de Satan est sans aucun doute le plus grand film du réalisateur hongrois. Ce film, hors normes, raconte l’histoire d’un petit village hongrois mis à mal par les éléments, délaissé du monde, qui attend désespérément le salut, d’où qu’il vienne. Sept heures trente durant, vous vivrez l’enfer de ses habitants, qui ont renoncé à vivre ou continuent à espérer que des jours meilleurs sont à venir. Le retour annoncé de deux personnages emblématiques, Irimias et Petrina, laisse présager le pire ou annonce le meilleur. Dans ce film d’une âpreté rare, véritable trésor de mise en scène, Béla Tarr prend le temps de construire sa réflexion, et pèse chacun de ses mots lorsqu’il évoque à demi-mot l’intangibilité de l’espoir et l’écrasante puissance du temps. Sous-couvert de dénoncer la Hongrie communiste, c’est une réflexion d’une profondeur rarement égalée, servie par une mise en scène à couper le souffle que nous offre le hongrois. Chaque minute du film se savoure, chaque plan se déguste. S’il nous avait déjà prouvé qu’il était le roi du plan-séquence, Tarr met ici la forme au service du fond pour ce film déchirant, beau à pleurer, sublimé par un noir et blanc mirifique. Une réussite aussi visuelle que sonore (cf tout le travail autour des sons de cloche) qui force le respect.

Disponible sur Cinéma(s) à la demande

2/ Shoah de Claude Lanzmann – Durée : 9h30

Seul documentaire de cette liste, et sans aucun doute le plus grand et le plus important documentaire jamais réalisé. Shoah raconte, près de dix heures durant, l’enfer des camps de concentration et d’extermination, à travers les témoignages bouleversant de nombre de victimes et survivants de la Shoah, mais aussi à travers le témoignage de nazis, à leur insu parfois. Avec cette impressionnant travail de fond, de recherche et de récolte, Claude Lanzmann signe un film intransigeant, bouleversant, sans aucune complaisance et qui propose au spectateur de regarder le mal droit dans les yeux pour mieux saisir toute l’horreur et la complexité d’une véritable machine à exterminer. Shoah est un documentaire qu’il faudrait dans l’idéal regarder d’une traite, pour ne pas échapper à son climat si particulier, pour ne pas oublier, ne serait-ce qu’un instant, le cauchemar éveillé qu’ont vécu ses témoins. Le film est aussi un modèle de documentaire, tant dans sa rigueur historique que dans sa capacité à s’extirper du modèle reportage pour devenir un vrai moment de cinéma. A l’heure où un français sur six dit ne jamais avoir entendu parler de la Shoah, le film de Claude Lanzmann est plus que jamais d’utilité publique.  

Disponible (en trois parties) sur LaCinetek

1/ Out 1 : Noli me tangere de Jacques Rivette et Suzanne Schiffman – Durée : 12h29

Out 1 est un projet monstre de Jacques Rivette et Suzanne Schiffman, un film de plus de 12h pour adapter à leur façon un roman de Balzac, L’Histoire des Treize. Ce roman est l’un des passages les plus singulier de La Comédie humaine de l’écrivain, car pour la première fois Balzac introduit du fantastique dans sa cathédrale littéraire. Le roman évoque grosso modo l’existence de treize hommes qui ensemble forment une société secrète et dominent le monde, sous la forme de trois courtes histoires. Rivette et Schiffman transposent cette histoire à notre époque à travers un film monstrueux divisé en 8 épisodes. Ultra représentatif de la Nouvelle Vague, ce très long-métrage suit la rivalité entre deux troupes de théâtre qui répètent leur prochain spectacle, alors qu’un groupe de treize individus semble ourdir un complot terrible. La particularité de ce film ? Outre sa longueur extrême, les acteurs se voient offrir une liberté de jeu absolue et improvisent la très grande majorité du temps. Rivette y réunit un casting dingue, le meilleur du cinéma français de l’époque, pour un film dingue, sans script, impossible à distribuer, impossible à vendre, mais qui n’en reste pas moins l’un des chefs d’œuvre de la Nouvelle Vague. Jean-Pierre Léaud, Bernadette Lafont, Juliet Berto, Eric Rohmer, Francoise Fabian, Barbet Schroeder et bien d’autres vous donnent rendez-vous treize heures durant avec toute une époque, tout un monde, pour un voyage palpitant au cœur de la Nouvelle Vague, guidé par ceux qui l’ont faite.

Disponible sur Google Play

Mathias Chouvier

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