Top 10 des séries « plaisir coupable »

Comme la définition de plaisir coupable varie selon les esprits, nous tenterons ici de la circonscrire à cette notion presque impalpable de plaisir mélangé à la culpabilité de ne pas regarder quelque chose de plus qualitatif, ou tout simplement d’inédit. Une série plaisir coupable n’est donc pas foncièrement mauvaise, mais l’on sait, tout au fond, qu’on pourrait franchement faire mieux. Et pourtant, on y retourne, on en redemande. Voici à quoi l’on juge un plaisir coupable, en tout cas pour cet article : à l’instar d’un fast food, on sait pertinemment que ce n’est pas très bon, mais l’on y retourne bien volontiers. Voici les séries qui, pour nous, sont des modèles du genre.

10 – Pretty Little Liars (2010-2017)

Ça commence avec une jeune fille qui disparaît lors d’une soirée entre amis, ça se poursuit avec un mensonge et des menaces signées A-, et ça se termine en grand n’importe quoi. En sept saisons, PLL pour les intimes aura offert le meilleur comme le pire du thriller pour ados. Si les premières saisons passionnent, la série perd ensuite le fil de sa propre intrigue en multipliant les ressorts narratifs plus qu’aberrants. L’enquête s’étiole au gré des conflits insignifiants entre protagonistes et des relations tumultueuses d’Aria et cie. Et la révélation de l’identité du corbeau n’a pas manqué de faire sourire, même les puristes, tant son dénouement semblait forcé. Mais qu’importe, PLL reste un modèle du genre, la tourmente perpétuelle d’ados déjà trop vieux pour en être, dans un univers apocalyptique où les seules règles qui comptent sont celles de l’audimat. Passionnant, éreintant, parfait pour avoir l’impression de réfléchir sans le faire. A voir aussi pour le générique, aussi kitsch que culte.

Disponible sur Netflix.

9 – Revenge (2011-2015)

Signée ABC, Revenge est une adaptation moderne d’un célèbre roman d’Alexandre Dumas père, Le Comte de Montecristo. Dans cette série, on suit l’arrivée dans les très chics Hamptons d’une inconnue richissime, Emily Thorne, qui s’avérera être la fille d’un homme que les habitants ont autrefois piégé et fait condamner à leur place. Série jouissive par excellence, comme toute celle qui parle de vengeance, Revenge possède ce petit supplément d’âme qui fait que l’on s’accroche, en dépit des circonvolutions certainement inutiles qu’emprunte Emily pour se venger. L’héroïne ira même jusqu’à se MARIER avec le fils de son ennemie… Faire monter la sauce, c’est compréhensible. Sur quatre saisons, peut-être moins. Toujours est-il que l’on suit l’araignée tisser sa toile avec délectation, dans un pas de deux formidable porté par Madeleine Stowe (L’Armée des douze singes) et Emily VanCamp (Captain America). A voir pour la fin, jouissive, comme prévu.

8 – Teen Wolf (2011-2017)

Souvent reléguée à son statut de fantasy pour ados, Teen Wolf a, sous ses atours de Wolfman pour prépubères, un charme totalement indéniable. Passé la première saison mielleuse, la série se révèle sombre et tortueuse juste ce qu’il faut pour accrocher le téléspectateur. Si Scott, le personnage principal, n’est pas un modèle de charisme, la série peut en revanche se targuer d’avoir su développer des personnages secondaires franchement réussis, de Lydia à Allison, en passant par Stiles, rôle qui révèlera aux yeux du monde Dylan O’Brien. Plus encore, la série parvient à créer sa propre mythologie à partir de rien, et fédère une fan base solide qui lui permettra de pousser jusqu’à six saisons, là où la plupart des séries MTV ne survivent pas plus de deux ans. Un bel exploit pour cette relecture foutraque mais délicieusement jouissive du mythe du loup-garou, qui aura su convoquer au fil des années un bestiaire impressionnant mais parfois déroutant au service d’une intrigue menée tambour battant. Teen Wolf est un modèle de rythme, classique mais diablement efficace. Un plaisir coupable pour les amateurs de sang et de scènes où on ne voit pas grand-chose.

Disponible sur Netflix.

7 – Charmed (1998-2006)

C’est la senior de ce top. Charmed, véritable légende de la Trilogie du samedi soir sur M6, suit les aventures de trois sœurs, Piper, Prue et Phoebe, qui apprennent à la mort de leur grand-mère qu’elles forment à elles trois l’entité magique la plus puissante au monde, le Pouvoir des trois. Commence alors une vie faite de luttes acharnées et de potions en tout genre, dépoussiérant ainsi le mythe de la sorcière sur son balai. Charmed, c’est aussi l’une des premières séries à mettre en avant trois femmes indépendantes, patronnes et véritablement puissantes. Et si la série a, au cours des saisons, perdu cette fibre féministe, en raison d’un changement de show runner, elle n’en reste pas moins l’un des modèles du genre. On pardonne donc volontiers les effets spéciaux gênants des premières (et dernières) saisons pour apprécier les aventures rocambolesques de ces femmes, puissantes et guerrières, qui ont en leur temps fait la gloire d’une petite chaîne devenue grande : la CW.

6 – Riverdale (2017-)

Autre série de la CW, Riverdale est un modèle du genre, comme nous vous en parlions ici. Une série pensée, conçue, produite et réalisée dans le but précis de devenir un plaisir coupable. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que le but est plus qu’atteint, peut-être même trop pour son propre bien. Riverdale et ses showrunners ont compris quelque chose de capital : pour satisfaire le public d’aujourd’hui, mieux vaut s’affranchir de toutes contraintes, tant scénaristiques que dramatiques. Appliquant ce motto à la lettre, Riverdale s’est transformée en véritable jungle, fourmillante d’idées, parfois tout bonnement géniales, souvent très mauvaises. Un gloubi-boulga indigeste et indécent de tout ce qui fait l’essence de genres aussi variés que l’horreur, le fantastique et la série pour ados classique. Oui mais voilà, le plaisir est là. Peut-être par masochisme ou pour le vent de fraîcheur perpétuel, les spectateurs sont au rendez-vous (surtout sur Netflix) et la série continue de tracer son incongru chemin à travers l’épaisse forêt de la vraisemblance. Reste à savoir jusqu’où Riverdale pourra tirer la corde avant que celle-ci ne cède sous le poids de l’aberration.

Disponible sur Netflix.

5 – Elite (2018-)

Dernier coup de maître de Netflix, passé maître dans l’art du plaisir coupable sériel, Elite est aussi la seule série non-américaine de ce top. Ce qui en dit long sur la propension des américains à pondre des séries jetables. Elite, elle, nous vient de la péninsule ibérique. Elle met en scène un groupe d’ados défavorisés, propulsés dans le meilleur lycée du pays après une bourde sur le chantier de feu leur école. S’en suit une série de drames typiquement adolescents, à base de meurtre à résoudre et de relations interdites. Mais il ne faut pas bouder son plaisir, Elite réussit beaucoup de ce qu’elle entreprend. Et quand elle échoue, c’est encore avec un certain panache. La série a aussi le mérite de briser quelques tabous, en mettant en scène l’onanisme entre amis par exemple, ou encore une relation amoureuse entre un frère et une sœur qui feraient passer les Lannister pour des saints. Et si les clichés du genre sont toujours bien présents, si Elite n’invente rien, elle reste de très bonne facture et vous garantit un moment exquis, où votre seul problème sera de savoir si Guzman et Nadia vont enfin conclure.

Disponible sur Netflix.

4 – Gossip Girl (2007-2012)

Autre série dont nous vous avons déjà parlé (juste ici), Gossip Girl est LE plaisir coupable par excellence. On y suit les aventures de riches bambins dans les quartiers chics de la Grosse Pomme, entre coups bas et soirées endiablées. Ce qui l’empêche d’accéder toutefois à la première place est sans doute sa cible trop restreinte (difficile d’apprécier la série passé vingt-cinq ans…) et l’écriture qui perd en charme au fil des seps saisons. S’il est aussi délectable de voir des riches se prendre les pieds dans le tapis, c’est en grande partie parce que la série réveille le révolutionnaire qui sommeille nous, souhaitant par-dessus tout l’abolition de privilèges que l’on envie autant que l’on déteste. On aimerait être eux, on aimerait ne surtout pas être eux, et finalement cette attraction-répulsion fonctionne comme un parfait électuaire, que l’on gobe avec envie. Pour l’instant inégalé.  

Disponible sur Netflix.

3 – Grey’s Anatomy (2005-)

Autre légende de la télévision, Grey’s Anatomy en est à sa dix-septième saison en prime time, et s’il ne reste plus grand monde du casting originel, la série passionne toujours autant à travers le monde. Comment expliquer cette longévité exceptionnelle ? Par la recette imparable de la showrunner Shonda Rhimes : du drame, du drame, du drame, et un peu de médecine. Grey’s Anatomy a presque tout compris aux grandes lois spirituelles de la télévision, et connaît sa cible par cœur. Elle leur sert avec générosité ce qu’ils attendent chaque semaine : des cas médicaux compliqués, mêlés à des problèmes de cœur et un sens du rythme quasiment inégalé. Meredith Grey, campée depuis quinze ans par l’indétrônable Ellen Pompeo, est la colonne vertébrale de la série. Loin de se faire oublier, Grey’s Anatomy aura su marquer les esprits avec quelques épisodes restés dans les annales, tels que la fusillade dans l’hôpital, ou encore l’accident d’avion. Fait rare pour un grand network, le show n’hésite pas non plus à sacrifier ses personnages principaux pour faire avancer l’intrigue. On pardonnera donc les mièvreries à répétition, les coucheries peu crédibles, et cet abominable épisode musical, pour saluer cette série qui aura insufflé une vocation de médecin à bien des étudiants de PACES.

Disponible sur Amazon Prime.

2 – You (2018-)

La plus récente des séries de ce top, mais aussi l’une des plus intelligentes. You met en scène un libraire, Joe, un poil dérangé, qui s’éprend d’une cliente et met en œuvre des méthodes peu orthodoxes pour la séduire. Une série bien volontiers qualifiée de dangereuse à sa sortie, accusée de romantiser les stalkers, et par extension le stalking, cette pratique née avec l’avènement des réseaux sociaux qui permet à tout un chacun d’espionner l’élu de son cœur avec une facilité déconcertante. Si on laisse de côté le propos douteux qui lui est reproché, You est une série qui a tout compris. En deux saisons seulement, la petite production Netflix a réussi à s’imposer comme un hit international, à grand renfort d’ambiguïté et de double sens. C’est aussi l’une des rares à avoir compris que le plaisir pouvait venir d’une moralité douteuse, flirtant sans cesse avec l’illégal, titillant la fibre criminelle et psychopathe en chacun de nous. La culpabilité comme principe actif de l’addiction, la catharsis comme source de plaisir. Une recette vieille comme le monde, qui n’avait été que trop rarement exploitée jusqu’ici. You l’exploite elle, et le fait bien. Souvent surprenante, la série aura même réussi une saison 2 encore plus ambiguë, entre féminisme et male gaze, entre folie douce et pur délire. You est une série que vous vous en voudrez d’aimer, au sens propre donc, la définition-même du plaisir coupable.  

Disponible sur Netflix.

1 – Desperate Housewives (2004-2012)

Comment ne pas terminer ce top par le meilleur soap de tous les temps ? Desperate Housewives, c’est huit saisons de drame, huit saisons de péripéties parfois (souvent) capillotractées mais toujours terriblement bien rythmées. C’est aussi quatre femmes, quatre héroïnes, quatre archétypes qui transcenderont littéralement leur personnage pour en faire des icônes de la pop culture. Susan, Bree, Lynette et Gabrielle, un quatuor rentré dans les annales du petit écran. Desperate Housewives est un modèle du genre, classique dans sa forme (une saison, une trame commune, un cliff hanger de mi saison, une fin en apothéose), innovante sur le fond. Marc Cherry, son créateur, s’est amusé huit saisons durant à tordre le cou aux banlieues chics, sacralisant l’image de l’impasse tranquille typiquement américaine pour mieux y instiller le poison du secret. Séquencée avec génie, pensée avec humour, vendue avec flair, Desperate Housewives est le parfait exemple du plaisir coupable, que l’on regarde autant par détresse que par envie. Elle est aussi intergénérationnelle que drôle, aussi inventive que risible, aussi dramatique que cynique. La série reste donc un modèle inégalé dans ce savant mélange d’ingrédients, et si toutes les saisons ne sont pas égales, on peut reconnaître aux auteurs d’avoir su construire des personnages, principaux comme secondaires, tout simplement mythiques. Maîtresse en sa demeure.

Disponible sur Amazon Prime.

Mathias Chouvier

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