Le cinéma de Nicolas Bedos ou l’exaltation des ardeurs

Dans la famille Bedos je demande : le fils. Choix loin d’être évident pour certain, il n’y a qu’à voir le tranchant de la carte « prétentieux narcissique, fils à papa et microcosme parisien » pour les plus mauvaises langues…. Et pourtant, je vous propose de faire fi du jugement hâtif que l’on pourrait se faire de ce golem télévisuel et de s’intéresser au plus important : son cinéma, son œuvre. Car oui, bien que maigre (deux films) il mérite un pas d’arrêt, du moins un article de quelques minutes. La sortie prochaine du désiré, attendu, chéri, troisième volet d’OSS 117 sous sa direction ne peut que me conforter dans mon choix.

Des dialogues aux petits oignons

Bedos c’est d’abord une plume, une verve et des saillies aussi cinglantes que comiques. Quel plaisir de retrouver un cinéma où la parole est de nouveau mise en avant. Il y a du Audiard là-dedans, une vieille odeur de pinard qui tâche, qui fait du bien aux papilles. Les joutes verbales s’enchaînent et n’en finissent pas, gardant ainsi le spectateur qui attend une surenchère, tenu en haleine : Le propre d’une belle écriture. Ces saillies sont souvent l’apanage de femmes fortes, dans la courte filmographie de Bedos. D’un côté son ex-compagne, Doria Tillier (oui oui, l’ancienne Miss Météo de Canal), incarnant avec brio une étudiante en lettres que dynamise l’existence d’un écrivain raté, dans Monsieur & Madame Adelman, et de l’autre la délicieuse Fanny Ardent, exaspérée d’un mari toujours tourné vers le passé dans La Belle Époque.

De l’irrévérence

Marre de ces films à l’eau de rose suivant inlassablement le même schéma, réduisant le renouveau à une nouvelle actrice ou à une nouvelle campagne publicitaire…. Oui marre ! Devant Monsieur & Madame Adelman, il flottait dans la salle une atmosphère délicieusement irrévérencieuse. On rigole de bon cœur d’une mère alcoolique, d’un père réac’ en passant par la déception de parents envers leur enfant trop bête, trop méchant… Cela fait du bien !

La confusion des époques

Ce film exhume des clichés pour s’amuser à les tourner en ridicule. Bedos aime les voyages dans le temps. Dans Monsieur & Madame Adelman, j’ai suivi pas à pas l’histoire d’un couple pétri par les années Mitterrand. L’ambiance évolue, le couple et les personnages avec. Cette fresque montre sans complexe les stigmates du temps sur un couple (évolution physique et psychique) avec ses hauts mais surtout avec ses bas. Il met quasiment à l’honneur la jalousie, la peur de la lassitude, la peur de ne plus plaire, de ne plus être à la hauteur, en présentant sans jugement ces vices apparaissant avec le temps. Une dose d’honnêteté et de misanthropie savamment jaugée qui prête à sourire. Toujours dans cette thématique du temps son film La Belle Époque traite de la nostalgie. Bercé au rythme de Janis Joplin, de plans tourbillonnants, de vapeurs d’herbe, de bottines rehaussées à l’insouciance, Bedos nous immerge dans un passé que sûrement peu de nos lecteurs ont connu mais que beaucoup regrettent.

Chaque larme refoulée aux coins de paupières flétries, pudiquement travestie en juron ou en bougonnement de fond de table (au choix) reflète la lamentation d’une époque, d’un souvenir, le manque d’une personne et d’une jeun esse insouciante que l’on ne peut se résoudre à oublier. Cette ode à la vieillesse, aux souvenirs, dénotant des vantards lendemains progressistes semblant toujours gagner sur la veille.

Le cinéma de Bedos révèle là un cinéma français puissant, un cinéma s’attachant à l’effervescence des passions, des commotions et à cette folle fureur de vivre. Il n’y qu’à voir la BO de La Belle Époque « Yes sir, I can boogie » : est-il utile de rajouter quelque chose de plus ? Il s’agit de demeurer et éprouver.

Marin Vitulo

Films disponibles en VOD sur Universciné.

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