Dog Pound, la jeunesse au cachot

Pour son deuxième long-métrage après Sheitan, Kim Chapiron décide de poser sa caméra dans une prison pour délinquants juvéniles où il va suivre trois adolescents propulsés dans ce monde où la violence est omniprésente.

Si le déroulement de l’histoire en elle-même manque d’originalité, c’est la manière dont le réalisateur la traite qui fait toute la saveur de l’œuvre. On retrouve la sempiternelle bande bullies qui n’est jamais bien loin dans tout film sur l’univers carcéral qui se respecte, ainsi que les incontournables histoires de trafic de drogue, de viols et d’émeutes. L’exception à cela réside dans le personnage du gardien qui brise le manichéisme qu’on retrouve ordinairement dans ce genre d’œuvre, car malgré sa dureté, il travaille de tout cœur pour le bien de ses jeunes délinquants.

Il faut voir au-delà de ces lieux communs pour s’intéresser aux protagonistes eux-mêmes et leur évolution dans ce milieu. Davis et Butch se positionnent vis-à-vis de cette violence d’une façon diamétralement opposée.

Butch est animé par cette dernière. Il semble n’avoir connu que cela toute sa vie et baigne presque dans son élément au sein de la prison. Il rend coup pour coup, parle très peu, même à ceux qui lui tendent la main, et pousse les autres à la violence et la révolte.

Kim Chapiron dévoile ici un personnage façonné par un système qu’il dénonce ouvertement. Un système uniquement focalisé sur la répression des jeunes délinquants plutôt que leur réinsertion. Ce n’est pas un hasard si l’une des rares occasions de rédemption qui se présente à Butch est aussitôt balayée par lui-même. Il est incapable de se projeter au-delà des cloisons qui ont été bâties autours de lui. Il remet pourtant en cause l’institution carcérale mais uniquement de la manière qu’on lui a inculquée et qui l’enferme littéralement de plus en plus. La scène finale, cette porte ouverte sur le monde qui se referme brutalement, le souligne bien.

Davis et Angel sont dépeints beaucoup plus pacifiquement. Le réalisateur prend soin de les distinguer de Butch et de les rendre étrangers à la violence qui règne dans la prison. Davis est d’abord montré paisible, écoutant de la musique et faisant l’amour avec sa copine – contrairement à Butch dont la scène d’introduction qui le montre crevant les yeux d’un gardien averti immédiatement le spectateur de son conditionnement à la violence. Davis essaye tant bien que mal de s’accommoder au système. Il tente une approche amicale des caïds du dortoir, là ou Butch se venge férocement des coups qu’ils lui ont porté. Davis sera le seul personnage à apporter une touche de gaîté et de légèreté à cette œuvre.

[ /!\ Le paragraphe suivant contient des spoilers majeurs /!\ ]

Ironiquement c’est lui et Angel que Kim Chapiron décide de faire mourir. Davis se suicide suite à un viol après que les gardiens aient fait la sourde oreille à ses supplications d’appeler sa mère et Angel est victime d’un accident au cours d’une altercation avec un gardien. Encore une fois, ce n’est pas innocemment que Kim Chapiron rend en partie responsable le personnel pénitencier de la mort de ces deux adolescents dont le seul désir est de s’accommoder au milieu qui les entourent pour y survivre. Ils sont les victimes directes de la politique condamnatoire qui, plutôt que d’offrir une porte de sortie à cette jeunesse égarée, lui forge un esprit de violence et de rébellion personnifié par Butch. Ils sont conditionnés à la criminalité.

Kim Chapiron qui désire par-dessus tout coller le mieux possible à son propos, a effectué un long travail de documentation et de recherche sur la délinquance juvénile dans le but de proposer au spectateur l’immersion la plus réaliste possible. Tous les détenus montrés, à l’exception des trois personnages principaux, sont de vrais adolescents prisonniers qui tournaient dans le cadre d’une libération conditionnelle. Ils ne jouent donc pas un rôle et cela se ressent immédiatement. Les regards carnassiers, les sourires narquois et les cris haineux sont suscités par des émotions bien réelles que Kim Chapiron nous transmet par ce biais. C’est une expérience impressionnante qui suffit à elle seule à rendre ce film unique.

Quatre ans après Dog Pound, Chapiron s’intéressera à nouveau à cette jeunesse égarée avec La Crème de la crème dans lequel il décrira l’élite française d’une école de commerce prestigieuse. En traitant son sujet de prédilection à travers les deux extrémités du spectre social, il en fait un véritable problème de société sur lequel il faut se pencher dans une optique d’unification.

Gaspar Carré

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