La Flamme : Beauf et Bof

C’était le risque assumé de Jonathan Cohen : adapter Burning Love, série satirique américaine parodiant le Bachelor, en réunissant ce que le comédie française fait de mieux. Résultat : casting cinq étoiles pour une série plan-plan, qui progresse sur une voie balisée vers une destination sans intérêt. Est-ce rabat-joie de dire que la série est mauvaise ? Peut-être, parce qu’il est vrai que La Flamme est drôle. Le problème étant qu’elle n’est que cela, et uniquement cela. Enlever les vannes à la série, c’est la réduire à peau de chagrin. La création de Cohen n’est qu’un enchaînement vaguement cohérent de blagues plus ou moins réussies, sans aucun liant, aucune véritable substance.

Oui, c’est drôle, mais entre les passages où l’on rit, il n’y a pour ainsi dire rien, du vent, l’amère impression de voir une bande de potes branchés du cinéma français se moquer d’un phénomène télévisuel dont bon nombre de créations, parfois très qualitatives, s’étaient déjà moqué avant eux. La Flamme laisse l’étrange sentiment d’être pris de haut par des snobinards du cinéma. Tout cela sans même évoquer à quel point il est vain de caricaturer un genre qui est déjà caricatural en soi. La Flamme parodie ce qui est déjà une parodie, et tombe dans un piège que Jonathan Cohen n’avait sûrement pas vu venir : c’est sa série qui semble pathétique, et non les émissions qu’il s’évertue à moquer. La série enchaîne les caméos prestigieux, laissant envisager que tout le budget est parti dans le casting, et rate à peu près tout le reste, de l’écriture au montage en passant par la réalisation low budget. 

Eux-mêmes le disent

La Flamme n’est plus donc que le constat d’un navrant échec, un feu de paille qui perd tout réel potentiel comique en deux épisodes. S’il y a quelques prestations à sauver, on pense à Florence Foresti, truculente en aveugle championne de bowling, le reste n’est qu’un ramassis de vannes foireuses ou brillantes, agencées sans la moindre cohérence, jetées au visage du téléspectateur en espérant que ça le fasse rire, parce que c’est Pierre Niney ou Gilles Lelouche qui le fait. Force est de constater que la série échoue à faire rire durablement, préférant un comique jetable des plus éphémères. Si c’est tout ce que Jonathan Cohen peut tirer du formidable objet de sociologie qu’est la télé réalité, alors sans doute ne vaut-il pas mieux que ceux dont il se moque.

S’il y avait une leçon à retenir de cette expérience douloureusement drôle, c’est certainement que la parodie n’est efficace que quand elle sait prendre un peu de hauteur. Avec son humour ras les pâquerettes, comme les jupes de Chatéléré, Jonathan Cohen échoue à faire décoller cette simili-série, trop premier degré pour son propre bien.  On lui préfèrera, de loin, l’excellente Unreal, dont nous vous parlions ici, qui disséquait le genre, en son temps, avec une acidité et un humour que Cohen rêverait d’égaler. 

Mathias Chouvier

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