Drunk, à consommer sans modération

À l’instant même où j’ai entendu le pitch du dernier film du cinéaste danois Thomas Vinteberg, j’ai compté les jours jusqu’à sa sortie. Le postulat du film se présente ainsi : selon le psychologue Finn Skarderud (cet homme existe) l’homme serait né avec 0,5 grammes d’alcool dans le sang en moins (il a vraiment dit ça).

J’ai eu la chance d’assister à la projection de Drunk en présence du réalisateur, et ce dernier a notamment pris le temps d’expliquer en prélude le cheminement de pensée qui l’a conduit à écrire le scénario de ce film décomplexé sur un sujet parfois sensible, touchant et surtout d’une agréable finesse. Le sujet du film peut apparaître frivole et un peu superficiel… et justement c’est le premier tour de force du film : il est d’une intelligence rare, surtout pour les standards d’aujourd’hui, et évite les écueils classiques des films qui veulent représenter l’ivresse et la fête, mais qui sont de toute évidence réalisés par des cinéastes qui ne vont jamais au-delà de deux bières au barbecue et rendent ces moments où un personnage est ivre à l’écran d’un embarras peu supportable.

Pour en revenir à la présentation du cinéaste danois, il a expliqué avoir constaté qu’à peu près tout dans notre vie est mesuré ou mesurable : nos pas, nos calories, notre productivité, notre travail scolaire, au contraire de – vous l’aurez deviné – l’ivresse. C’est peut-être pour ça, et même sûrement pour cela, que malgré tous les aspects négatifs de l’ivresse, nous en avons besoin.

Cet état où le contrôle n’a plus sa place, cette liberté qui nous permet d’oublier, au moins jusqu’à l’aube, qui nous sommes. Alors ce n’est pas l’alcool ou l’ivresse même qui est célébrée mais plutôt les moments de liberté totale qu’elle peut nous apporter, au même titre que la musique, la littérature, l’art, et bien entendu le cinéma.

Si le monde était privé de ces pitances qui nous font tourner la tête, nul doute que l’homme aurait bien, par sa géniale inventivité, trouvé de quoi remplacer l’alcool.

Un film qui brille par son intelligence donc, et par sa capacité à traiter un sujet qui peut être délicat, de manière potentiellement amorale, au lieu d’imposer une leçon sur les dangers de l’alcool à tous les spectateurs. Il brille aussi par son humour, puisque le film est vraiment très drôle : que ce soit au niveau des dialogues mais aussi du jeu des acteurs. Le long métrage est comique sans être une comédie, touchant sans être un drame.

Il ne romantise pas l’alcool et ne met pas non plus en garde le public : son seul propos est que l’alcool provoque un changement dans notre comportement qui apporte du bon, du mauvais. Finalement, l’alcool est souvent indissociable des évènements sociaux qui nous réunissent, consubstantiel à la célébration : comme magnifiquement symbolisé dans la dernière scène.

Drunk est donc pour moi, une œuvre qui triomphe par son esprit, sa réalisation : qui est soignée et surtout dans la manière dont elle choisit de représenter l’essence même de l’ivresse : un moyen parmi d’autres de s’évader. Une évasion dont les humains ont toujours eu besoin. Le film commence d’ailleurs par une citation de Søren Kierkegaard qui sera bien utile à sortir en soirée.

« Il faut savoir perdre le contrôle pour ne pas se perdre soi-même ».

Alexandre Hamzawi

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