Cinq films auxquels vous n’aviez pas pensé pour Halloween

Le Cabinet du Docteur Caligari, Robert Wiene, 1920

Commençons par le tout début. S’il est difficile de dire quel a été le premier film d’horreur de l’histoire, Le Cabinet du docteur Caligari est considéré comme un des premiers films du genre.

Réalisé par Robert Wiene et sorti en 1920, il a été le point de départ du mouvement expressionniste au cinéma. Il se caractérise par des décors irréalistes, une opposition entre ombre et lumière, entre le bien et le mal, une exploration de thématiques liées à la psychologie : folie, paranoïa, dédoublement de la personnalité.

Quelle est l’histoire du film ? Un étrange personnage arrive dans la petite ville d’Holstenwall afin d’exhiber dans une fête foraine sa créature, un somnambule du nom de César. Alan et Francis, les deux personnages principaux du film, assistent à cette découverte. La nuit suivante, Alan est assassiné. Son ami, Francis, enquête sur son assassinat. 

Peut-être ne vous ai-je pas encore convaincu de regarder ce chef-d’œuvre du cinéma allemand. Il faut par ailleurs noter que, comme je l’ai dit au sujet de l’expressionnisme, les décors n’ont pas pour but d’être réalistes mais de refléter les peurs, l’angoisse, l’univers mental des personnages principaux. Et pour faire ces décors, Robert Wiene a décidé de faire appel à des peintres de la revue Sturm (une grande revue d’avant-garde des années 1910 – 1930) : Walter Reimann, Walter Röhring et Hermann Warn. Ce qui donne pour résultats un travail très original au niveau décoratif. Pour vous donner une idée, admirez la photo ci-dessus.

Disponible en VOD sur LaCinetek

La Monstrueuse parade, Tod Browning, 1934

Vous connaissez David Lynch ? Vous avez peut-être pleuré toutes les larmes de votre corps devant Elephant Man ? Si vous ne le saviez pas encore, il s’est beaucoup inspiré du film La Monstrueuse Parade réalisé par Tod Browning, connu aussi pour Dracula.

À cette époque, les grandes majors américaines produisaient de nombreux films aux sujets tabous, controversés, spectaculaires. C’est l’époque de Scarface, King Kong, Frankenstein, Baby Face. Une époque de liberté à Hollywood, avant la mise en place du code Hays.

La Monstrueuse parade est un film de monstres, certes, mais c’est un film de monstres bien particulier. L’histoire se déroule dans le cirque Tetrallini. Hans, illusionniste, est atteint de nanisme. Il est fiancé à la naine écuyère Frieda mais tombe amoureux de Cléopâtre, la trapéziste du groupe, qui elle-même se moque éperdument de lui et préfère le beau Hercule. Cependant, lorsqu’elle apprend que Hans a hérité d’une très belle somme d’argent, elle décide de le séduire et de l’épouser pour pouvoir l’empoisonner et récupérer l’héritage. 

C’est un film étonnement humaniste pour son époque. Les Browning offre une vision humaine et touchante des « Freaks », ces êtres humains qui étaient injustement considérés comme de véritables bêtes et maltraités. On comprend mieux d’où vient vient cette sympathie pour David Lynch à l’égard des « monstres » et des personnes souffrant de difformités ou de handicap.

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Les Diaboliques, Henri-Georges Clouzot, 1955

Vous détestez le cinéma français parce qu’ils font uniquement des drames ennuyants ou des comédies ringardes. Heureusement notre cinéma peut faire bien davantage, et le fait toujours aujourd’hui. J’aurais pu parler de Haute Tension, de Martyrs ou encore plus loin dans le temps des Yeux sans visage. Mais nous allons plutôt parler des Diaboliques, réalisé par Clouzot.

Henri-Georges Clouzot est un des plus grands réalisateurs du cinéma français, et même mondial. Il est le réalisateur de l’Assassin habite au 21, du Corbeau mais surtout du Salaire de la peur, film qu’il lui vaudra l’Ours d’or au Festival de Berlin et la Palme d’or au Festival de Cannes – chose très rare dans le monde du cinéma.

Les Diaboliques est considéré lui aussi comme un des films les plus importants de son époque. Il raconte l’histoire de Christina, une femme malheureuse à cause de son époux, un instituteur d’école tyrannique qui n’hésite pas à la tromper avec une des enseignantes. Christina décide de s’associer avec l’épouse de son amant afin d’assassiner l’homme qu’ils ont fini par haïr.

Le genre du film est sujet à débats parmi les critiques. Il est cependant évident que ce film et la filmographie de Clouzot en général ont inspiré de grands cinéastes. Alfred Hitchcock s’est beaucoup inspiré des Diaboliques pour faire ses deux plus grands films : Sueurs Froides et Psychose. Je vous invite à chercher les différentes similitudes entre le chef-d’œuvre de Clouzot et Sueurs Froides, on trouve de nombreux points communs. Il faut aussi citer l’influence du réalisateur français sur le cinéma de Bong Joon-Ho. Enfin, il est aussi acclamé par le grand magazine Empire et la British Film Institute. Bref, un film à voir de toute urgence.

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Le Dieu d’osier, Robin Hardy, 1973

Vous avez peut-être aimé le film d’horreur Midsommar d’Ari Aster et vous le considérez comme un chef-d’œuvre. Me croirez-vous si je vous dit qu’il a volé plus d’une idée au Dieu d’osier ? Ce film a été réalisé par Robin Hardy, et est sorti en 1973. Il est aujourd’hui considéré comme l’inventeur du Folk Horror, sous-genre du cinéma d’horreur centré principalement sur des rites païens sanglants, des communautés recluses du reste de la civilisation, de sorcières, de démons… Bref, des choses très joyeuses. Parmi les films qui s’inscrivent dans ce genre, on peut citer Le projet Blair Witch, Le Bon Apôtre, The Witch, et, vous l’aurez compris, Midsommar. Ce dernier est un cas particulier, puisque de nombreuses scènes du film font écho à celui de Robin Hardy, que ce soit les rites païens et surtout la scène de fin (je ne vous en dirai pas plus).

Le Dieu d’osier a mis en place la plupart des codes de ce type de films. L’histoire est celle d’un sergent de police profondément pieux, qui enquête sur la disparition d’une petite fille à Summerisle. Il s’aperçoit très vite que les pratiques religieuses et le comportements des habitants de l’île est très loin de sa dévotion chrétienne.

Dès sa sortie, le film est un succès aussi bien auprès du public que de la critique. Il est aujourd’hui classé à la 96ème place des meilleurs films britanniques par la British Film Institute.

Le Dieu d’osier va ressortir en salles en France le 4 novembre 2020, avec des scènes inédites, car il avait malheureusement été coupé de certaines scènes en raison de sa longueur. Profitez-en pour aller le voir ou revoir – si tant est qu’un nouveau confinement ne vous en empêche pas.

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La Planète sauvage, René Laloux, 1973

Je me souviens avoir vu La Planète sauvage au cours d’une sortie scolaire. C’était un des dessins animés les plus dérangeants que j’aie vu de ma vie, mais je n’arrêtais pas de regarder, tellement sa force d’attraction était grande. Il est sûr que ce qu’il propose est très différent des dessins animés habituels de Disney.

Commençons d’abord par parler de son histoire. Les humains sont réduits à un état animal sur la planète Ygam. L’espèce est divisé en deux catégories d’individus : les humains domestiqués par le peuple qui habite Ygam, les Draags, humanoïdes géants à la peau bleu, et les humains libres considérés comme des nuisibles. Un jour, Terr, un humain domestique, s’échappe de sa maîtresse tout en lui dérobant son serre-tête – technologie utilisée par les Draags afin d’acquérir toutes sortes de connaissances. Le jeune humain espère avec ceci libérer son espèce de sa terrible condition et mener la révolution.

Le film a été réalisé par René Laloux en collaboration avec Roland Topor, un grand illustrateur français qui tire l’essentiel de son inspiration chez les surréalistes. Un détail très important en effet, car pour illustrer le sentiment de désorientation et de dépaysement, le duo s’est beaucoup inspiré de peintures comme celles de Salvador Dali. Les paysages du film sont très étranges. Vous ressentirez une certaine angoisse, une impression d’évoluer dans un environnement hostile où les êtres humains y sont totalement inadaptés. Ce sentiment est renforcé par la musique d’Alain Goraguer elle-même inspiré par le rock progressif, populaire à cette époque.

Si je ne vous ai pas encore donné envie de voir le film, sachez qu’il est considéré comme un des plus grands films d’animation jamais réalisés. Il a reçu le prix spécial du jury au festival de Cannes en 1973, et a aussi été acclamé à l’étranger par le grand critique Gene Siskel, le revue de cinéma Empire et le magazine Rolling Stone.

Disponible sur Youtube

Thibault Benjamin Choplet

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