Les Apparences : L’enfer, c’est les pauvres

Grosse sortie côté cinéma français ce mercredi 23 septembre. Avec Les Apparences, Marc Fitoussi, surtout connu pour le sympathique Copacabana avec Isabelle Huppert sorti il y a 10 ans déjà, promettait un voyage chabrolien au coeur de la communauté française de Vienne. Un chef d’orchestre mondialement connu, incarné par le placide Benjamin Biolay, trompe sa femme, la truculente Karin Viard, avec l’institutrice de son fils. Celle-ci finit par le découvrir, forcément, mais décide de se battre pour son mariage et surtout pour sauver… les apparences. Car oui, tout ce qui compte pour cette épouse bafouée est de ne pas perdre la face, surtout lorsqu’elle constate comment ses insupportables bourgeoises de copines traitent celles dont le mari a fauté. 

Nous voilà donc embarqués dans une terrible descente aux enfers, faite de mauvais choix, quand ils ne sont pas incompréhensibles, de répliques cinglantes et de péripéties pour le moins navrantes. Fitoussi lorgne outrageusement du côté de Chabrol, sans jamais ne serait-ce qu’en effleurer la maestria. Il bat la campagne contre une élite aussi stéréotypée que détestable, ne parvenant jamais à rallier le spectateur à son combat. Dans ce film boursouflé, rien ou presque ne fonctionne. De l’antipathique chef d’orchestre, blasé quand il parle, blasé quand il fait l’amour, blasé quand il se bat, aux personnages secondaires tous plus caricaturaux les uns que les autres, l’écriture des personnages manque cruellement de vigueur. Biolay fait du Biolay, notre Ryan Gosling national. Dommage qu’en trente ans de carrière musicale, et autant de Victoires de la Musique, il n’ait jamais appris à articuler. Seule Karin Viard, comme bien souvent, s’en tire avec les mains à peu près propres, se démenant pour donner corps à ce personnage insipide, que l’on ne parviendra à plaindre. Pour le reste de la galerie, on croirait revoir l’inimitable Valérie Lemercier dans Les Visiteurs, une certaine idée de l’élite sans nuance aucune.

Sauf qu’ici, ça n’a rien d’une farce. Ou peut-être que si ? Le film hésite constamment entre tragique et comique, sans jamais parvenir à être tragi-comique. Sans doute parce que rien dans ces changements de tonalité n’est volontaire. Sans doute aussi parce que la caricature est tellement grossière qu’elle en devient risible. Marc Fitoussi signe un film perdu, qui suit un chemin tout tracé sans toutefois savoir où il va. En témoigne cette suite saugrenue d’évènements qui conduisent à une fin grand-guignolesque, aussi prévisible que redoutée. Le film échoue dans les grandes largeurs à maintenir un rythme convenable qui aurait pu sauver cet amas navrant de clichés sur le couple et la bourgeoisie.

Mal écrit, mal interprété, la réalisation du cinéaste franco-belge n’allège guère l’addition déjà salée de ce long-métrage, éprouvant sur le fond, fastidieux sur la forme. Fitoussi filme Vienne avec la fadeur d’un téléfilm allemand, et multiplie les décors aseptisés qui trahissent le manque crevant d’âme de ce long-métrage. Ajoutez à cela d’énormes ficelles scénaristiques (difficile de ne pas rire devant la scène du mot de passe) et vous obtenez Les Apparences, énième dénonciation grossière du « tous pourris » anti-élite, qui échoue sur tous les plans ou presque. Ni les personnages pour la plupart exécrables, ni la réalisation sans intérêt, ni le script inutilement alambiqué ne parviennent à sauver ce film du marasme dans lequel il sombre deux heures durant. Preuve s’il en fallait que n’est pas Chabrol qui veut. 

Mathias Chouvier

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