Huit séries méconnues à rattraper de toute urgence

The Outsider (2020)

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Série la plus récente de la liste, The Outsider est une adaptation grandiose (et c’est assez rare pour le souligner) du roman éponyme de Stephen King, paru en 2018. Elle met en scène un flic, incarné avec flegme mais puissance par Ben Mendelsohn, qui enquête sur le meurtre ignoble d’un petit garçon. Alors qu’un homme au-dessus de tout soupçon est très vite confondu par son ADN, les enquêteurs découvrent qu’une vidéo de surveillance et une dizaine de témoins le situent à 100km de la ville au moment du meurtre. L’inspecteur Ralph, aidé d’une improbable équipe notamment la troublante Cynthia Erivo, tente alors de percer le mystère. Créée par Richard Price, The Outsider est une synthèse assez osée mais diablement efficace entre True Detective (saison 1) et Ça. Price tire du roman de King une série noire particulièrement aboutie, qui soigne ses ambiances et dresse un portrait terrible de la peur elle-même. La série force le respect en parvenant à instiller paisiblement le fantastique dans une histoire d’une ignoble banalité. Comme si la peur elle-même pouvait vous tuer. Elle est à ce point retors qu’elle parvient même à nous convaincre que le vrai message, c’est que le monstre se cache partout, tapi dans l’ombre, attendant la moindre occasion de s’emparer de vous. Une série fantastique, servie par la réalisation ultra léchée de Jason Bateman notamment, qui passe derrière la caméra avec succès.

Disponible sur OCS.

 

Limetown (2019)

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Limetown est l’adaptation cette fois-ci d’un podcast incroyable (disponible sur Spotify) et diffusée sur Facebook Watch, plateforme du réseau social du même nom, encore assez anonyme en France. Elle raconte l’histoire d’une journaliste, Lia Haddock, qui enquête sur la disparition d’une ville toute entière quelques années auparavant, ville qui abritait un éminent centre de recherches en neurosciences. Portée par Jessica Biel, qui se révèle magistrale dans le rôle, la série peut aussi se targuer de seconds rôles de choix, comme Stanley Tucci par exemple. L’intrigue se révèle passionnante et particulièrement bien construite, flirtant en permanence avec un surnaturel old school, entre La Quatrième dimension et Erin Brokovich. Limetown est une excellente surprise, tant dans son déroulement que dans son dénouement. La série évite le piège de la fin bâclée et exploite son concept avec force et conviction, enchaînant les révélations aussi surprenantes que jubilatoires. Alors que Lia remonte le fil de Limetown, elle découvre une machination tentaculaire dont elle ne ressortira pas indemne. La réalisation de Rebecca Thomas, loin d’être insipide, finit de parfaire cette première série Facebook franchement prometteuse, dans laquelle intrigue et casting sont au diapason.

Disponible sur Facebook Watch (gratuit pour tous les utilisateurs de Facebook).

 

The Sinner (2017 – actuellement)

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Deuxième série avec Jessica Biel de ce top, qui aura donc décidément su choisir des projets de qualité, The Sinner se concentre, à chaque saison, sur un crime qui en apparence n’aurait jamais du avoir lieu. La première saison se focalise ainsi sur une mère de famille, Cora qui tue de façon totalement inexplicable un homme sur la plage alors qu’elle pique nique avec sa famille. Dans une première scène ultra violente, The Sinner met en scène un acte aux conséquences terribles. Cora est alors arrêtée mais semble incapable d’expliquer son geste. Il faudra toute la patience et la persévérance du trop rare Bill Pullman pour dénouer les fils de cette enquête sinueuse mais passionnante au fin fond de la psyché de Cora. Le premier épisode avait été accueilli froidement par la critique, mais le reste de la série s’évertue à déconstruire tout ce que l’on pensait connaître de l’histoire, dans une cohérence rarement égalée. Jessica Biel porte la série avec brio, livrant une performance sensible mais rude, face à un Bill Pullman tout aussi investi et juste. Une prestation qui lui vaudra d’ailleurs une nomination aux Golden Globes et aux Emmy Awards, récompenses qu’elle aurait largement méritées. La saison 2 est par ailleurs tout aussi aboutie. 

Disponible sur Netflix.

 

Bad Banks (2018 – actuellement)

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Bad Banks est une création Arte, ce qui est presque à chaque fois synonyme de qualité. Portée par Paula Beer, actrice franco-allemande révélée dans le film Frantz de François Ozon, Bad Banks suit les aventures d’une trader ultra douée, en apparence licenciée mais en secret envoyée en tant qu’espionne dans une autre banque. À mesure que la jeune trader recueille des informations sur les transferts suspects de la concurrence, elle prend conscience de la pourriture qui gagne le milieu et décide de prendre ses patrons à leur propre piège. Conçue comme un thriller, Bad Banks est une série impeccable, à l’écriture ciselée et particulièrement intelligente. Un renouveau sériel outre-Rhin porté par l’excellente Paula Beer, aussi crédible que talentueuse. Bien que la série puisse sembler assez technique pour qui n’est pas un spécialiste de la finance, Bad Banks fait un effort cohérent et mesuré de vulgarisation, de sorte que même le moins initié des spectateurs pourra suivre aisément les aventures de ces requins immatures. Une série qui réinvente soigneusement le cliché du « tous pourris », l’appliquant ainsi même à son personnage principal pour montrer que non, la finance n’est pas un ennemi. Seuls ceux qui la détournent le sont.

Saison 1 disponible sur Netflix, Saison 2 en cours de diffusion sur Arte.

 

The Path (2016-2018)

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The Path met en scène Aaron Paul post-Breaking Bad en haut gradé d’une secte qui commence à douter de la doctrine qu’il a lui même prêchée des années durant. En apparence inoffensive, la secte révèle vite ses secrets sordides et autres manipulations. Aaron Paul tente alors de sauver sa famille tout en donnant le change, mais sa femme, la délicate Michelle Monaghan, semble décider à le ramener dans le droit chemin. Si les saisons suivantes tournent un peu en rond, la saison 1 aborde avec pragmatisme et une neutralité inouïe les mécanismes d’endoctrinement qui conduisent à se livrer corps et âme à une secte. Mais encore et surtout, la série questionne les fondements même de la croyance, et dissèque le lien qui nous unit à l’inaccessible. En regardant Aaron Paul s’éloignait, la série plonge dans la psychologie du fidèle pour en comprendre les rouages, et regarde ce que provoque un grain de sable qui s’y glisse. Lentement mais sûrement, les personnages se détachent, aussi mystérieusement qu’ils ont commencé à croire. Et c’est ainsi l’occasion pour The Path de mettre en scène l’une des plus belles réflexions sur la foi que l’on ait vu sur le petit écran, exception faite de The Leftovers.

Disponible sur Amazon Prime.

 

UnReal (2015-2018)

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Dans un genre tout à fait différent, UnReal est une portrait brillant et terriblement grinçant d’un monde que l’on juge tous sans réellement le connaitre : la télé-réalité. Si la série donne raison à beaucoup d’idées reçues des néophytes en la matière, UnReal montre aussi les aspects psychologiques et médiatiques très complexes qui infusent ce milieu. On y suit l’équipe backstage d’une émission que tout le monde connaît, encore très populaire aux Etats-Unis : le Bachelor. Créée par Sarah Shapiro, elle-même autrefois productrice de télé-réalité, la série met en scène l’équipe chargée de réaliser le programme et orienter les candidats pour faire de l’audience. Parmi cette équipe, la productrice, brillamment interprétée par Constance Zimmer, et sa subalterne interprétée tout en nuance par Shiri Appleby forment un duo féministe 2.0, prêt à tout pour se débarrasser de l’insupportable et lunatique producteur en chef, mais aussi pour faire de l’audience. La série met au jour les techniques de manipulations mentales les plus perfides utilisées par la production pour faire des candidats de véritables pantins, domaine dans lequel Shiri Appleby excelle, livrant une prestation d’une justesse inattendue. Mais UnReal se garde bien de tout manichéisme et dénonce un milieu pourri jusqu’à la moelle, où candidats comme producteurs sont prêts à tout pour faire le buzz, où alcool et drogues sont les maitres mots, où le féminisme n’empêche pas une femme de pousser une autre à coucher pour des images croustillantes. Une série dingue, qui montre l’envers du décor avec une précision et une justesse glaçante, versant aussi bien dans la satire mordante que dans le documentaire. A voir pour la saison 1 seulement, les autres étant franchement dispensables.

 

Doctor Foster (2015 – ?)

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Doctor Foster fut un hit au Royaume-Uni en son temps. Plus discrète, si ce n’est anonyme, en France, la série déroule une intrigue d’une banalité confondante, en apparence du moins. Une femme soupçonne son mari de le tromper et découvre bientôt le pot-aux-roses. Alors quel intérêt ? Eh bien loin de toutes les productions du genre, Doctor Foster base toute sa crédibilité sur celle de ses personnages. Au lieu chercher à étoffer son intrigue en péripéties inutiles, la série fait le pari d’une psychologie approfondie des personnages et nous présente trois protagonistes, la femme, le mari, la maîtresse, bien loin des clichés du genre. La série vaut surtout pour l’interprétation magistrale et implacable de Suranne Jones, dénigrée, surdouée, trompée mais surtout en colère. Sa prestation est de celle qui reste longtemps en tête, tant elle insuffle de subtilité et de complexité à son personnage. Le reste du casting est au niveau, surtout Jodie Comer, déjà très juste, qui explosera par la suite dans Killing Eve. Dans cette danse macabre à trois, tout le monde tire son épingle du jeu et permet à la série de se concentrer sur des enjeux trop souvent oubliés des autres modèles du genre : quid des amis en commun ? quid des enfants malmenés ? quid des obligations professionnelles lorsque l’on est au fond du trou ? Doctor Foster est d’une intelligence folle, égalant sans problème The Affair, l’un des piliers du genre. Après une saison 2 tout aussi brillante, la série n’est officiellement terminée et pourrait donc revenir dans une saison 3 surprise. 

Disponible sur Netflix.

 

American Crime (2015-2017)

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American Crime est une anthologie, quelque peu éclipsée par sa grande soeur flamboyante (et sans aucun lien) American Crime Story. Mais avant le show de Ryan Murphy, il y avait American Crime, une série suivant chaque saison un crime grave, ses tenants et ses aboutissants. Si la série n’avait rien de très original, elle vaut en grande partie pour les problématiques qu’elle aborde et la qualité globale d’interprétation. Nous vous conseillons surtout la saison 2, apothéose de la série. Dans cette saison, un jeune homme marginal se fait renvoyer du lycée après que des photos nues de lui commencent à circuler, et révèle soudainement à sa mère avoir été violé par l’un de ses camarades de classe. S’engage alors un bras de fer entre la famille du jeune homme, qui se rétracte puis confirme ses dires, le lycée représenté par sa proviseure intransigeante et la famille de l’accusé. De ce point de départ assez commun, la série tire un polar somptueux et magnifiquement interprété, où Felicity Huffman personnalise l’ambiguïté du système scolaire américain face aux violences sexuelles. Une série nuancée, constamment frustrante pour qui a soif de justice, mais menée d’une main de maître. Le combat scolaire se transforme bientôt en combat juridique, et tout le monde est malmené dans l’histoire. Les relations complexes qui unissent les différents personnages sont disséquées avec subtilité, dans cette anthologie qui gagne largement à être découverte.

 

Mathias Chouvier

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