Rusty James, trésor méconnu de Coppola

Rusty James est un film à la fois expérimental et grand public, cinéphilique et populaire. C’est en ce sens qu’il semble paradoxalement crayonner une variation presque métaphysique de The Outsiders et non dépeindre son prolongement. Bien que le titre français du film fasse de Rusty James un personnage principal, l’expérience cinématographique et sensoriel réside principalement dans le personnage de son frère. Le Motorcycle Boy est condamné à une audition défaillante. F.F Coppola opte pour un aspect étouffé du son dans plusieurs séquences. Le Motorcycle Boy a une vue qui ne lui permet pas de distinguer les couleurs. Coppola adopte le noir et blanc. De plus, le jeu et la voix de Mickey Rourke sont volontairement en contradiction avec la vision de caïd que les autres ont de lui : il murmure la plupart de ses répliques avec une voix douce, apaisée et ses regards sont lointains et rêveurs.

Film peu connu, Rusty James est pourtant, selon Francis Ford Coppola lui-même, une de ses plus belles réussites. Ecrit et réalisé juste après le tournage de The Outsiders, ce long métrage s’inspire également d’un roman de S.E Hinton. Encore méconnu du grand public, Matt Dillon y interprète Rusty James, un petit voyou, qui rêve d’égaler les exploits de son frère, le légendaire chef de bande Motorcycle Boy (Mickey Rourke qui galérait jusqu’alors de petit rôle en petit rôle avant de devenir la star honnie et déchue d’Hollywood). A l’instar de The Outsiders, l’intrigue tourne autour de la dualité entre deux clans, entre deux frères. F.F. Coppola s’intéresse toujours à la délinquance juvénile et au mal être de la jeunesse américaine mais choisit ici d’axer son œuvre sur un seul et unique personnage. Il confiera d’ailleurs s’identifier au personnage de Rusty James, lui-même complexé derrière un aîné adulé.

Au-delà de la rigueur, le noir et blanc présente un caractère esthétique. Que cette sublimation soit celle du mythe de la jeunesse ou celle de la personnification des poissons (Motocycle boy observe dans une animalerie et des heures durant des poissons combattants dans leur bocal et ces scènes sont les seules colorisées du film), F.F Coppola atteint un idéal d’intemporalité et de modernité. Enfin, le noir et blanc permet de rendre hommage à toute la tradition cinématographique. Hommage qui se retrouve dans une scène de bagarre aux airs de ballets, référence à West Side Story

La violence devient un décors. Rumble Fish ou le titre original de l’œuvre reflète cette jeunesse rebelle ; ces poissons combattants qui se ruent sur leurs proies pourtant de la même espèce. Ces poissons qui agressent finalement leur propre image. Ces poissons qui rêvent sans doute de grand large, d’océan, d’espaces infinis où la violence est bannie par la liberté même. Cet océan que Motorcycle Boy a surement vu et aimé avant de revenir auprès de son père alcoolique et de son frère perdu.

L’accélération des plans nuageux. Certains dialogues. Les horloges, montres et pendules. Aporie entre un film sur l’ennui d’une adolescence en perte de repères et la nostalgie d’une jeunesse déjà perdue, la réalisation précipitent l’illusion de la fuite du temps. 

 

Conclusion

Mickey Rourke a prétendu que Coppola l’avait obligé à lire L’Etranger de Camus pendant le tournage. Détournant les films d’adolescents pour en faire un manifeste existentialiste, c’est comme si Coppola avait imaginé la rencontre improbable entre James Dean et Meursault.

Anna Carlier

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