Dix films injustement encensés

Après dix films qui devraient être réhabilités, voici dix films injustement encensés. Pour toute réclamation, adressez vous à notre service client.

The Revenant, d’Alejandro González Iñárritu (2015)

The Revenant pourrait se résumer ainsi : Di Caprio rampe dans la neige pour enfin gagner un Oscar. Avec son scénario réduit à peau de chagrin, le film mise sur un trip rocambolesque (attaque d’ours plus vraie que nature et autres péripéties), tourné par des températures glaciales. On salue la performance, autant de l’acteur que du réalisateur, mais au delà du geste, on ne conserve pas grand chose si ce n’est la terrible impression d’avoir souffert pour rien. Il manque quelque chose à The Revenant, un souffle divin qu’il cherche en permanence, levant ses caméras virtuoses vers le ciel dans l’espoir de recevoir la grâce. Mais il n’en reste qu’un sentiment de grandiloquence pas franchement agréable, un film de performance, un film pour la performance. Même la photographie sublime d’Emmanuel Lubezki (directeur photo fétiche de Terrence Malick) n’aura pas suffi à sauver cette revisite gratuite et ultra violente de Davy Crockett, toujours percutante mais jamais incisive.

 

The Grand Budapest Hotel, de Wes Anderson (2014)

Film somme de Wes Anderson, The Grand Budapest Hotel fait figure de terrain de jeu pour le réalisateur qui y réunit tous ses fétiches : casting deluxe, décors mélangeant les styles et les techniques, personnages hauts en couleur, quête obsessionnelle de la symétrie… Le film coche toutes les cases du style Anderson, mais laisse songeur quant à sa pertinence en tant que tel. Un pseudo film d’aventure, servi par un récit multi-enchâssé, qui brasse large et sent la naphtaline tant Anderson y recycle les clefs de son succès. Un film mort, déjà, sans âme, comme des marionnettes que le cinéaste se contente de faire bouger dans un décor grossier en papier mâché. Un film où le burlesque tant recherché se vautre dans un humour vaguement subtil, qui ne parvient pas à masquer le terrible pessimisme, sans doute involontaire, du film. Non, Wes Anderson ne se renouvellera pas, et ce film est en la confession. Un aveu de culpabilité terrible de la part d’un cinéaste autrefois si inventif, qui se complaît désormais dans ses plans symétriques et ses blagues faciles. Un film testament, ni plaisant, ni divertissant. TGBH est comme un vieux cadre, qu’on laisse sur une commode parce qu’il nous rappelle que fut un temps, la vie était belle au pays de Wes Anderson.

 

Baby Driver, d’Edgar Wright (2017)

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Baby Driver raconte l’histoire passionnante d’un ado pilote trop cool qui sauve des braqueurs trop cool dans des courses poursuites trop cool puis rencontre une fille trop cool dans une ville trop cool sur de la musique trop cool. Le caustique Edgar Wright, que l’on avait connu subtil et drôle dans ses précédents films, chausse les gros sabots pour un hommage appuyé et lourdingue à la pop culture, à grand renfort d’indie rock tonitruant, où l’iPod côtoie la bonne vieille cassette audio. Comme si Carly Rae Japsen avait réalisé James Bond. Trop effrayé par la pureté de son idée de départ, Wright tente de donner à ses personnages une profondeur inattendue, aussi navrante que ratée. Trop rétif à l’idée de souffrir la comparaison avec Drive, le cinéaste enlise son polar dans une quantité indécente de fun. Ansel Elgort, brillant cancéreux de Nos Etoiles Contraires, fait du mutique à la Gosling mais n’oublie pas de secouer le doigt en rythme. Les courses-poursuites sinueuses s’enchaînent dans les rues d’Atlanta, mais le scénario lui suit une belle ligne droite et même la réalisation nerveuse du britannique ne sauve pas le film de la sortie de route. Baby Driver est un polar creux, enrobé dans une tonne de sucre à baby-boomers, mal écrit et surjoué. Il paraît qu’Edgar Wright a travaillé dix ans sur ce film. Tout ça pour ça.

 

Blade Runner, de Ridley Scott (1982)

Légende de la science fiction, Blade Runner est de l’avis général le chef d’oeuvre de Ridley Scott, depuis tombé en décrépitude. Et Blade Runner ne manque pas de qualités, qu’elles soient formelles comme réflexives. Oui mais voilà, le film laisse aussi un goût désagréable d’inachevé. Scott commet l’erreur flagrante de n’exploiter réellement aucun des questionnements de son film. Il construit une première partie classique, efficace, de la pure SF aujourd’hui quelque peu désuète mais honnêtement réjouissante. La seconde partie du film se transforme en une traque sans but, en quête des fameux réplicants qu’il faut éliminer. Harrison Ford s’interroge, tuer ? pas tuer ? Obéir ? Pas obéir ? Et pendant ce temps, le film piétine. Et quand enfin il livre un commencement de réflexion, le générique démarre. Et donc, tout ça pour ça ? Un monologue déchirant sous la pluie, une confrontation tant attendue, et puis plus rien. Le pire reste encore que Denis Villeneuve, bien des années plus tard, réussira l’exploit de contourner encore ces questionnements à l’aide d’un bébé caché. Double raté.

 

A History of Violence, de David Cronenberg (2005)

Le canadien Cronenberg a, quelque part au milieu des années 1980, abandonné son obsession pour la science fiction, pour se livrer à quelques fables sociales radicales, avec plus ou moins de succès. Si Crash et Maps to the stars sont de bons exemples de l’ère post SF de Cronenberg, A History of Violence fait figure de verrue dans sa filmographie. Un film plat, en forme de réflexion philosophique sur la violence, qui dissèque toute sorte de relations dans un ensemble brouillon, les fesses entre deux chaises. Incapable de trancher entre le conte métaphysique et la farce satirique, mais aussi incapable d’en réaliser la synthèse, Cronenberg se prend les pieds dans le tapis et tombe dans un premier degré sidérant de vacuité. Un film qui parle de violence, et ne dit pas grand chose dessus, pas même sauvé par l’interprétation virtuose de Viggo Mortensen. Non, vraiment, on se serait passé de ce poncif pseudo-philosophique.

 

Pulp Fiction, de Quentin Tarantino (1994)

Palme d’or 1994, Pulp Fiction a acquis le statut de film mythique au cours des années. Pour autant, on se demande toujours ce qui a bien pu pousser le jury cannois à récompenser ce film. Pulp Fiction ne manque pas de qualités : son scénario inventif, la réalisation survolté de Tarantino, les prestations électriques d’un casting au diapason… Ici, il s’agirait plutôt d’un problème de liant. Car si tout fonctionne pris séparément, il se dégage du film une étrange impression de manque de fluidité, comme si Tarantino peinait à trouver un rythme de croisière abordable. Au gré des trois histoires, qui ne se mêlent finalement que très peu, il alterne les moments brillants et ceux franchement sans intérêt. Une juxtaposition incongrue de sketchs, servi par des dialogues dont l’abondance frise le ridicule (et pourtant Tarantino fera pire). Comme bien souvent chez le cinéaste, on en fait des caisses en espérant que ça passe. Ici, ça ne coule pas franchement de source.

 

Jules et Jim, de François Truffaut (1962)

Truffaut mythique, dont le titre est devenu synonyme de ménage à trois (constaté de mes propres yeux en Finlande), Jules et Jim est l’un des films de la Nouvelle Vague qu’il fait bon avoir vu. Jules, Jim et Catherine forment donc le fameux trouple, dans un film qui ne dit rien de plus que son synopsis. Si Jeanne Moreau brille dans ce trio amoureux, elle est peut-être la seule raison de revoir ce film, dont la réflexion sur le sentiment amoureux se limite au strict minimum. Une bluette sympathique mais pauvre, dénuée de toute profondeur alors même que le sujet l’y invitait, franchement pas aidée par le jeu d’acteur niveau 0 du casting. Là où chez Bresson, la mécanique du discours trahissait une volonté du cinéaste, dans Jules et Jim elle ne fait que renforcer l’impression terrible que le film est creux, presque froid, un comble lorsque l’on parle d’amour à trois. Finalement, on n’y croit pas, ils jouent, on le sait, on le sent, et l’amour n’est plus qu’un vague souvenir, dans un film qui pourtant nous promettait de l’avoir au coeur. Rajoutez à cela une voix off pénible et didactique, une évocation désinvolte de la guerre et une fin ridicule, et vous obtenez Jules et Jim, un film important mais rasoir.

 

Le Loup de Wall Street, de Martin Scorsese (2013)

Ca commence par un tube de cocaïne dans les fesses, et le message nous apparaît déjà nettement : Papi Scorsese n’a rien perdu de son mordant, et mieux encore il sait faire autre chose que des films de gangsters pas marrants. Nul n’en doutait, et nul n’avait besoin de cette farce grand guignolesque et beaucoup trop longue pour en être convaincu. Di Caprio fait du Di Caprio, multiplie les mimiques crispantes et déploie des trésors d’énergie pour nous convaincre d’adhérer au film. Jean Dujardin pique une tête, Dieu seul sait pourquoi. McConaughey se frappe la poitrine, même interrogation. Le film s’enfonce dans une vulgarité outrancière, pas (ou pas autant) nécessaire, tant son propos l’était à la base. Scorsese ressemble finalement à Madonna, une icône qui tente l’impossible pour conjurer de le mauvais sort, celui qui nous lie tous : le temps qui passe. Cette débauche de pyrotechnie de la part du cinéaste n’était point nécessaire pour nous convaincre de la vivacité de son talent. Au lieu d’un film intelligent et satirique, Scorsese accouche d’une réflexion limitée et clinquante sur le monde de l’argent. Une version tuning et sous stéroïdes de Casino. Plus dure sera la chute, certes, mais trois heures n’étaient pas nécessaires pour dire ça.

 

Eternal sunshine of the spotless mind, de Michel Gondry (2004)

Michel Gondry signe une fable à la Boris Vian, forme de métaphore sur la maladie d’Alzheimer, dans laquelle un couple ne supportant plus les souvenirs de leur relation houleuse, fait appel à Lacuna, un procédé lui permettant de s’en débarrasser à tout jamais. Mais alors que les souvenirs remontent pendant le processus, Joel lutte car il redécouvre celle qu’il aimait et pourquoi il l’aimait. Et le propos du film avait tout pour être captivant. Mais Gondry ne réussit qu’à le rendre brouillon, noyé dans une réalisation type pub pour le café, où Jim Carrey et Kate Winslet inversent les rôles. Il devient le type sérieux et amoureux et elle la loufoque aux cheveux rouges. Si le film parle d’Alzheimer, il le fait mal. Si le film parle d’amour, il le fait trop. Si le film se veut subtil, il s’apparente finalement à de la psychologie niveau « Freud pour les nuls ». Un film visuellement déplaisant, qui rappelle que Gondry n’est efficace que quand il est drôle. Et si certains moments touchent la grâce dans le film, le reste relève du sermon sans grande consistance. Un mariage étrange (et forcé) entre Black Mirror et Titanic, une thérapie de couple au rabais.

 

Interstellar, de Christopher Nolan (2014)

Sujet difficile à aborder, tant Interstellar est adulé à Salles Obscures. Signé Christopher Nolan, il y est vaguement question de fin du monde, d’équations, de voyage dans l’espace et d’une bibliothèque magique. Un film prétentieux et pimpant, qui se veut au fait de nombre de théories scientifiques (sur les trous noirs, les planètes habitables) mais qui noie tout enjeu dramatique dans ce prêchi-prêcha technique, comme si Nolan avait pioché son scénario dans un manuel d’astrophysique. Comme à son habitude (cf les Batman), Nolan nous impose sa trame musicale lourde à chaque instant, même quand on n’a rien demandé. Il insiste, avec cette ligne de basse typique de Hans Zimmer (et de Nolan donc), sur la gravité de la situation, comme si le spectateur était trop indigent pour comprendre tout seul. « Vous entendez, l’heure est grave », nous crie Nolan. Et puis voilà qu’ils partent, on ne sait où, et le film se charge de péripéties attendues mais sans intérêt. Le voyage pour le voyage, ça ne fonctionnait pas. Mais la rustine trouvée ne fonctionne guère mieux. McConaughey pleure, Damon se pointe (sûrement un cross over avec Seul sur Mars), Chastain réfléchit, Affleck jardine, Hathaway existe.

Et puis il y a cette fin, qui fait sourire malgré elle. Comme si Nolan s’était rappelé, quand même, qu’il ne réalisait pas un documentaire mais bien un drame, spatial certes, mais un drame tout de même. Dans un final quelque peu ridicule, le cinéaste tente de nous arracher une larme, sans oublier de donner une explication scientifique à cette séquence émouvante. Finalement, le vrai problème du film aura peut-être été de ne jamais réussir à choisir son camp. A vouloir mener trop de combats, Nolan a fini par tous les perdre.

Mathias Chouvier

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