Dix films qui seront réhabilités dans 30 ans

Conspués à leur sortie, nous faisons pourtant le pari que ces films suivront le même destin que Showgirls il y a trente ans, détruit par la critique, qualifié de pire film jamais montré, mais réhabilité en tant que chef d’oeuvre par des réalisateurs comme des critiques. Petite sélection de films injustement mal aimés, incompris ou visionnaires, qui trouveront grâce aux yeux des cinéphiles dans un futur plus ou moins lointain.

 

Southland Tales, de Richard Kelly (2006)

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Vous n’avez rien compris à ce film ? C’est normal. Southland Tales semble parler de fin du monde. Mais il prend des chemins ultra tortueux pour se rendre jusqu’à l’apocalypse. On ne comprend globalement rien mais on sent qu’il y a du génie là dessous. Preuve en est cet improbable casting où se côtoient Sarah Michelle Gellard, inoubliable Buffy Summers, Dwayne « The Rock » Johnson, Justin Timberlake et Seann William Scott, le Stifler d’American Pie. A Venice Beach, un groupe irréel de personnages rendus amnésiques par une faille spatio-temporelle tentent de retrouver le fil de leur vie avant la fin imminente de notre monde. Hué comme rarement avant lui lors de sa projection à Cannes, Southland Tales est un film dingue, incompréhensible, mais on sent que quelque part sous cet amas d’absurdité se cache une profonde réflexion sur l’état actuel de la société. En espérant que quelqu’un la comprenne un jour.

 

Batman et Robin de Joel Schumacher (1997)

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Il y a quelque chose de fascinant dans ce Batman, qui prend le contre-pied total de tout ce qui avait été fait avant lui. Il a ainsi été reproché à Joel Schumacher d’avoir voulu faire de Batman un héros tout public, effaçant par là même la brutalité et le cauchemar qui hantaient les films de Burton. Et si tout le monde s’était trompé sur les intentions de Schumacher ? Premièrement, pour la première fois les héros sont hypersexualisés. Batman et Robin ont chacun une combinaison ultra moulante, contrastée, qui dessine leur corps jusque dans les moindres détails et Batgirl laisse entrevoir ses courbes via les contrastes de sa combinaison. Le film réunit un casting jugé totalement raté, au second degré pourtant affolant, de Schwarzy en M. Freeze à Uma Thurman en Poison Ivy. Mais c’est encore George Clooney qui offre la meilleure prestation en Batman libidineux et caustique. Batman et Robin n’est peut-être pas le navet souvent présenté mais plutôt un film ambitieux pour donner une autre image de Batman, moins héros qu’homme, moins frigide qu’érotique. Pas un Batman tout public mais au contraire un Batman pour adultes. Un film au kitsch assumé, inhérent au genre superhéroïque, que Marvel et DC auront par la suite tenté de noyer sous une tonne de premier degré, avant de le faire revenir par la porte de l’humour. Visionnaire, Schumacher ?

 

Da Vinci Code de Ron Howard (2006)

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Littéralement détruit par les critiques à sa sortie, Da Vinci Code est pourtant un passionnant film d’enquête qui a le mérite de temporiser le message anticlérical du roman dont il est l’adaptation. On y suit un expert en symbolisme, le professeur Langdon, entraîné contre son gré dans une quête millénaire : celle du Saint Graal. Entre révélations chocs sur Jésus et enquête périlleuse, Da Vinci Code mène tambour battant une croisade intelligible et intelligente contre une forme de scepticisme, le mal du siècle, sous la caméra oubliable mais dévouée à son sujet de Ron Howard, réalisateur plus souvent décrié qu’acclamé. Servi par un casting alléchant (Tom Hanks, Audrey Tautou, Ian McKellen, Jean Reno…), le film prend le parti de la tolérance sans mièvrerie, chose que les puristes de Dan Brown n’auront jamais digéré. Oublions le torchon de l’américain : gloire au film nuancé.

 

La saga Twilight (2008-2012)

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Ici, c’est toute une saga qu’il s’agirait de réhabiliter. Twilight, c’est l’oeuvre de la mormone Stephenie Meyer. Une oeuvre dont la profondeur a bien souvent été sacrifiée, à tort, sur l’autel de la mièvrerie par une critique très premier degré. Car, enfin, on parle d’une jeune fille qui tombe amoureuse d’un être immortel, qui touche du doigt quelque chose que chacun désire secrètement. De là, Edward peut se poser la question : m’aime-t-elle moi ou aime-t-elle ce que je pourrais lui offrir ? Si la question n’est jamais abordée dans la saga, il faudrait être dénué de tout bon sens pour ne pas se la poser. Bella ne regarde pas l’idiot du lycée qui lui court après mais se trouve tiraillé entre l’homme loup et le vampire. Car au-delà du physique, c’est une forme de pouvoir qui l’attire. Elle veut y goûter et finira par le faire. La saga Twilight soulève nombre de questions trop souvent éludées, sur la quête du pouvoir, sur la discrimination, sur cette forme d’amour qui transcende les différences, sur la quête du bien et sur le déterminisme. Twilight est un objet foisonnant d’étude sociologique, trop souvent et injustement ramené à son statut de saga pour adolescents.

 

Cats de Tom Hooper (2019)

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Pour des raisons évoquées dans un article précédent (à lire ici), Cats devrait sans aucun doute être reconsidéré dans quelques années, que ce soit pour son kitsch assumé et flagrant, pour sa conception houleuse et aventureuse ou encore pour son incroyable sens du spectacle. A l’instar du Rocky Horror Picture Show, midnight movie culte, Cats deviendra incontournable lorsque l’on comprendra que son formalisme novateur et son esthétique ahurissante, pour ne pas dire effrayante, étaient simplement de l’avant-garde.

 

Cartel de Ridley Scott (2013)

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Certains disent que Ridley Scott est tombé en décrépitude depuis quelques années. Il est vrai que ses récentes réalisations ont pour la plupart déçu. En particulier Cartel, volontiers taxé d’oeuvre sans âme, creuse et inutilement sanglante. Au contraire, il faut voir dans Cartel la tentative audacieuse d’un cinéaste expérimenté et déjà âgé de se réinventer. Ridley Scott aligne un casting cinq étoiles : Brad Pitt, Cameron Diaz, Michael Fassbender, Penelope Cruz et Javier Bardem. Film cruel comme rarement chez Scott, Cartel est aussi une aventure plutôt bien ficelée, dont le scénario régressif met en avant les personnages, plaçant leur choix au centre de l’échiquier pour mieux les analyser. Une étude poussée des caractères, engoncée dans un film noir et sanglant. Beaucoup ont critiqué la faiblesse du scénario, oubliant toujours l’esprit malicieux qui anime Cormac McCarthy, ici à l’écriture. Un film que Tarantino n’aurait sûrement pas renié. 

 

Passion de Brian de Palma (2012)

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Il fut un temps où Brian De Palma faisait l’unanimité. Ce ne fut pas le cas de ses dernières réalisations, dont le mystérieux (et apparemment catastrophique) Domino mais aussi Passion. Sorti en 2012, ce film marque un quasi arrêt de la carrière du cinéaste par la suite, tant les critiques se sont avérées fraîches. Certains lui reprochent d’être filmé comme un vulgaire téléfilm allemand, d’autres la vacuité intersidérale de son intrigue. Passion est pourtant un véritable film-somme de l’oeuvre de De Palma. Il y ramasse tous les motifs qui l’obsèdent, de la dualité brûlante et érotique au fameux split screen, marque de fabrique de l’américain. Passion raconte l’histoire d’un rapport de force qui s’inverse, d’une proie qui devient chasseur, d’un employé qui devient maître, ou comment la passion nous soumet totalement même lorsqu’on l’exerce avec autorité. Une passion vorace pour un film qui prend le parti esthétique de la froideur et livre quelques scènes éblouissantes dans un duel d’anthologie entre la nordique Noomi Rapace (incroyable dans Millenium) et Rachel McAdams, tout aussi impressionnante.

 

La Neuvième Porte de Roman Polanski (1999)

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Peut-être le plus mal aimé des Polanski, La Neuvième Porte marque l’incursion du réalisateur dans le film d’aventure, et s’enrobe, à la différence du Bal des Vampires, d’un premier degré aussi délectable que rebutant. On y suit le parfait (et encore beau) Johnny Depp, à la recherche d’un manuel démoniaque censé ouvrir les portes de l’enfer. Au cours de cette quête, il croisera la vénéneuse Emmanuelle Seigner, personnifiant la mort. Polanski signe un vrai film d’aventure tout en y mêlant ses questionnements habituels sur la mort, la folie et l’obsession. Deux genres dont le mariage forcé a déçu beaucoup de critique mais qui est loin d’être dénué de charme, au contraire. La réalisation crépusculaire de Polanski rend cette quête tout bonnement divertissante, autant que captivante. On y retrouve sans surprise la finesse de réalisation, de cadrage et d’écriture des dialogues qui fait tout le sel de sa filmographie. Un film à largement reconsidérer.

 

Speed Racer des Soeurs Wachowski (2008)

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Les Wachowski ont souvent divisé la critique. Leurs dernières réalisations le prouvent. Mais ce qu’on ne peut leur ôter, c’est leur constance admirable à vouloir renouveler le genre qu’elles affectionnent, à coup d’innovations techniques et d’expérimentations burlesques. Speed Racer en est le parfait exemple. Ici, les sœurs abandonnent tout complexe et toute contrainte pour livrer un pur film d’action, divertissement assumé, fait de couleurs criardes et de scènes dopées. Sans se vanter d’une réflexion quelconque, le film dit pourtant quelque chose de ses auteurs qui étaient encore les frères Wachowski et feront toutes les deux leur transition après. Le film reste aussi fidèle à la série d’animation japonaise en tout point, épousant la courbe de sa parfaite vacuité pour ne livrer que ce que l’on voit : un pur et total divertissement, brouillon mais fou, le sommet du kitsch. 

 

Cinquante nuances de Grey de Sam Taylor-Johnson (2015)

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Film le plus mal aimé de ce top, il est peu probable que Cinquante nuances de Grey se voit un jour taxer d’autre chose que de « bluette aventureuse pour ménagère en manque de sexe ». Et il est vrai que le reste de la saga semble confirmer ce terrible pressentiment. Mais avant que les nuances soient plus claires ou plus sombres, il y avait effectivement des nuances. Pas de Christian Grey, mais d’Anastasia Steele. Et si le film choisit de sacrifier la petite voix intérieure d’Ana qui parasitait les livres, il gagne par là même en subtilité quant à l’ambivalence qui anime cette jeune femme, d’apparence humble mais attirée par le pouvoir et le contrôle, davantage maître qu’esclave. Dès le début, Anastasia contrôle, et même si le film choisit de rendre cela inconscient, le jeu excessivement candide de Dakota Johnson nous pousse à croire que c’est elle qui contrôle, en pleine connaissance de cause. Libre à vous d’y voir une jeune femme naïve séduite par un sado maso riche à millions. Mais le film, réalisé par une femme, suggère à plusieurs moments qu’Anastasia dirige vraiment ce tango malsain et attend le moment idéal pour quitter Christian et le plier à sa volonté. Ce n’est d’ailleurs peut-être pas un hasard si la réalisatrice n’a jamais rempilé pour la suite, en raison de différents créatifs avec l’auteure. Et si Cinquante nuances de Grey était en fait un manifeste féministe ?

 

Mathias Chouvier

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