Quel avenir pour le cinéma après la crise ?

Commençons fun, commençons statistiques : l’économie mondiale représente environ 87 trillions de dollars de transactions, dont une part finalement assez réduite de 63 milliards pour les arts, le sport et les musées (source : New York Times). Notre système se base sur un principe simple : les dépenses d’une personne sont les revenus d’une autre. Or, comme nous le savons tous, les cinémas sont actuellement fermés : il n’y a ainsi plus d’entrée de trésorerie.
Mais surtout nous souffrons tous d’un problème évident d’obscurité et d’enfermement, choses que nous ne trouvons acceptable qu’au cinéma…


Conséquence : de nombreux studios de production ont décidé de reporter voire tout simplement annuler la sortie de films qui étaient très attendus (A Quiet Place 2, James Bond, Mulan pour n’en citer que quelqu’uns).
Les fanatiques des salles obscures se retrouvent ainsi obligés de se tourner vers leurs ennemis de toujours : les sites de streaming (encore et toujours). Certaines sociétés ont même décidé de proposer leurs services gratuitement le temps du confinement (nos héros nationaux Canal + et Orange, avant le fiasco TF1 malheureusement).
Mais la décision qui a peut être pu surprendre le plus grand monde, c’est la sortie en VOD de certains films. « The Hunt » ou encore « The Invisible Man » seront ainsi disponibles sur internet très prochainement. Pour s’assurer des revenus, Universal n’a pas hésité à « sacrifier » la sortie de certains films, et in fine peut être avec un résultat assez satisfaisant qui poussera peut-être d’autres à les imiter…
Si de plus en plus de studios sont convaincus par cette approche, et si les résultats financiers permettent à ces sorties sur internet, de satisfaire les cahiers de charges des exécutifs, peut-être que le prochain virage de notre industrie la dirigera vers une ère où seuls les films d’une certaine ampleur, les films sûrs d’engendrer un retour sur investissement conséquent verront le jour en salles.

Mais ce qui m’a poussé à écrire cet article ce n’est pas cette perspective inquiétante, mais bien l’appel de solidarité de certaines personnalités au cinéma mais aussi certains de mes amis (non cinéphiles) qui me faisaient remarquer que… eh bien les sorties au cinéma manquent.
Peut être que cette fermeture temporaire (et bien sûr tragique) des salles de cinéma sera l’occasion pour les spectateurs comme pour ceux qui prennent les décisions, de réellement prendre conscience que le cinéma n’est pas un mode de divertissement comparable au streaming, mais bien un médium à part entière.

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Bien sûr, pour certains films, le spectateur sera bien content de les voir tranquillement à la maison sans dépenser 50 euros pour une sortie en famille. Mais surtout et je l’espère, peut être se rendra-t-on compte de l’importance de l’expérience dans les films. Le public,  après avoir été privé d’une véritable expérience durant laquelle ils sont transportés à des années, des kilomètres de chez eux, dans un endroit où ils rencontrent des inconnus, où ils s’attachent et pleurent pour eux, où ils sont enfin capables d’oublier qu’ils possèdent un téléphone portable, peut-être se rendra-t-il compte que le cinéma n’est pas une alternative au streaming mais bien une aventure à part entière…

 


Malgré cela, il faut garder en tête que c’est aussi parce que le cinéma est un business que Christopher Nolan (qui a aussi traité le sujet quelques jours avant moi ici) obtient 150 millions pour réaliser un film sur les rêves lucides, que l’on obtient des expériences si spectaculaires.
Peut être cette crise forcera-t-elle les salles de cinéma à revoir leur business model…
Avant la crise actuelle déjà les choses n’étaient pas forcément rassurantes : si John Fithian le président de la National Association of Theater Owners a déclaré que les nouvelles technologies n’étaient pas une vraie menace, que les places achetées ont continué de grimper et que les chiffres du box office aussi, ce n’est qu’une vérité relative, le nombre de tickets vendus ayant baissé de 25% depuis 2002 (année record)… et maintenant débarque le coronavirus.
Pour certains cela va accélérer l’ascension des sites de streaming. Les studios vont être de plus en plus réticents à passer par des parties tierces de distribution. L’action de AMC a par exemple baissé de 59% le dernier mois. 
Mais pour d’autres, plus optimistes, cela peut permettre le retour de la sortie au cinéma comme un moment privilégié de partage, puisque Netflix Party atteint ses limites assez rapidement finalement.
C’est bien souvent en temps de crise que les plus grandes innovations des hommes ont émergées, celle ci n’est pas une exception. Elle forcera peut être, voire sans doute les exploitants de salles à revoir leur business model, pour continuer d’être attrayants pour ceux qui, une fois le confinement terminé, voudront rire et pleurer ensemble, dans les salles obscures.


Alexandre Hamzawi

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