Retour sur les Monts Fuchun

Le début de l’année 2020 aura été marqué par les plans séquences, avec deux grands films : 1917 et Séjour dans les monts Fuchun. Cependant si le faux plan séquence unique de 1917 donne l’impression de la progression d’un jeu vidéo, les longs plans de Gu Xiaogang nous plongent dans une œuvre d’art : la fameuse peinture éponyme de Huang Gongwang, du XIVe siècle. Tout comme l’œuvre de Gongwang se découvre peu à peu en déroulant le rouleau de plus de 6 mètres, le spectateur découvre la vie d’humbles habitants de la province du Zhejiang, plongés dans une transition sociale et économique.

sejour-dans-les-monts-fuchun-film-gu-xiaogang-critique-cinema

Le protagoniste principal, en effet, c’est l’argent. Pas une seule scène où l’on ne parle de lui, où son ombre ne plane. Il s’oppose aux histoires d’amour, sème le trouble entre les membres de la famille tous endettés les uns envers les autres, menace la classe ouvrière de Fuyang qui voit ses quartiers les plus pauvres détruits sans aucune certitude de pouvoir se reloger. Mais derrière la menace de la pauvreté, il y a la solidarité familiale, symbolisée par la grand-mère qui réunit tout son clan autour d’elle. L’ancienne génération a le sentiment de s’être sacrifiée pour la nouvelle, qui elle rêve d’obtenir la liberté que ses aïeux n’ont pas saisie.

20676261

Ainsi au gré des vicissitudes de l’existence d’une modeste famille chinoise, Gu Xiaogang nous promène dans un paysage magnifique qui a quant à lui vu passer des générations et des générations – le même que celui de Gongwang. Au chantier de destruction des immeubles insalubres, précipité par la perspective des JO de 2008, fait face le vieil arbre pluri-centenaire autour duquel se sont courtisés des générations et des générations. Dans le fouillis d’un appartement abandonné, un ouvrier découvre, ému, des photos d’anciens habitants inconnus. Les hommes sont de petits éléments dans un vaste décor. Pourtant ce décor lui-même semble presque menacé par la révolution urbaine en cours, et la dimension critique du jeune réalisateur est perceptible, malgré les contraintes d’un pays où la censure est encore puissante. Il dit lui-même s’être inspiré de sa famille, rendre hommage à ses parents qui tenaient un restaurant démoli lors de l’urbanisation forcée. Xiaogang n’est pas cependant un réactionnaire qui se complairait dans la nostalgie d’une vie rurale idéalisée. La musique, de Dou Wei, dont le réalisateur confie qu’elle lui a inspiré certaines scènes, mêlant électro et musique traditionnelle, donne le ton à cette peinture toute en nuances.

XVM4f02dc56-2af6-11ea-84bf-1e3a80e5f7b9

Séjour dans les monts Fuchun est un premier film ambitieux, une grande fresque sur la société chinoise contemporaine. Il devrait se suivre de deux autres chapitres pour former une trilogie suivant en temps réel les transformations de sa ville d’origine.

Rosalie Thonnérieux

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s