Invisible Man : revisite sensationnelle

Leigh Whannell, réalisateur relativement inconnu (Insidious 3, Upgrade) s’attaque au mythe de l’homme invisible créé par l’auteur H.G. Wells il y a plus d’un siècle. Produit par Blumhouse, dont les anciennes créations horrifiques oscillent entre le très bon (Get Out, Split) et le discutable (Nightmare Island, Ouija), Invisble Man s’avère être bien plus qu’une simple adaptation du roman de Wells. Whannell y revisite le mythe en le tournant vers la femme, sans toutefois le féminiser.

En effet, dans cette mouture 2019, on suit les aventures de Cecilia, mariée à Adrian, un pervers narcissique qui s’avère aussi être un génie de l’optique. Entièrement sous sa coupe, Cecilia décide pourtant de s’émanciper et s’enfuit de sa prison dès le début du film. Vivant dans la crainte d’être retrouvée, elle se terre chez un ami jusqu’à l’annonce de la mort de son ex conjoint. Soulagée, elle décide alors de reprendre le cours de sa vie, avant de finalement commencer à douter du suicide d’Adrian. Et s’il avait trouvé un moyen de se rendre invisible ?

Au moyen de ce pitch plutôt très bien ficelé, Leigh Whannell livre une version résolument moderne du mythe de Wells, ancrée dans son époque, sachant prendre à bras le corps le mouvement féministe dans un genre qui ne se prête que peu aux messages sociétaux. C’est avec une subtilité admirable mais une conviction sans faille que Whannell affirme la nécessaire émancipation des femmes, mais aussi dénonce le cauchemar du harcèlement et des violences conjugales que certaines d’entre elles subissent. Un film terriblement contemporain, qui allie à merveille message puissant et pouvoir de l’image. Bien qu’intitulé L’Homme Invisible, le film place Cécilia en véritable héroïne, luttant pour devenir visible, pour ne plus vivre dans l’ombre de quelqu’un. Un choix nettement plus judicieux que celui de féminiser l’homme invisible ne l’aurait été. Côté scénario, Whannell parvient à déjouer nombre d’attentes du spectateur, soit en les repoussant, soit en les balayant par quelques scènes aussi choquantes qu’inattendues. Loin d’être fainéant et prévisible, le film se révèle d’une inventivité folle, aussi bien visuellement que narrativement.

En terme de réalisation Whannell tire son épingle du jeu en composant un film subtil mais particulièrement réfléchi, dont la photographie léchée n’est pas sans rappeler quelques canons du genre. Mention spéciale à cette scène d’introduction, menée d’une main de maître, qui installe tension et terreur sans prononcer un mot. Le réalisateur soigne ses décors, ses plans, et si elle ne brille pas forcément par son originalité, il serait juste de reconnaître que la copie finale montre un réel effort de style. C’est surtout par son thème que Whannell peut étaler toute l’intelligence de sa mise en scène. En filmant dans le vide ou en faisant la mise au point derrière le personnage qui est en train de parler au premier plan, le réalisateur maintient jusqu’au bout l’incertitude quant à la présence de l’homme invisible. Les couloirs vides prennent alors une dimension rudement angoissante à mesure que la paranoïa nous gagne. Il est là, vous savez qu’il est là, la seule chose que vous ignorez, c’est où. Et peu à peu, comme Cecilia, le spectateur guette, affute son regard, aidé par la caméra habile de Whannell qui nous montre subtilement la voie vers cette présence.  Un canapé vide ne nous avait jamais autant fait peur.

C’est aussi au talent de la grande Elisabeth Moss (dont nous parlions juste ici : https://sallesobscuresassas.wordpress.com/2019/08/18/elisabeth-moss-une-actrice-est-nee/) que le film doit sa réussite. Elle s’y révèle, comme bien souvent, d’une justesse de chaque instant. Choisissant ses projets avec soin, Elisabeth Moss fait mentir tous ceux qui promettaient à ce film un destin funeste à l’épreuve des critiques. Elle y incarne une femme forte, intelligente, et construit un personnage cohérent et sensé, au delà de tous les clichés du genre horrifique. Un tour de force qui ne surprendra personne ayant déjà vu l’actrice auparavant, tant son talent ne fait aujourd’hui plus de doute.

En bref, Leigh Whannell surprend son monde avec ce thriller particulièrement inventif, sans prétention mais pourtant de très grande qualité. Un film ultra contemporain, qui embrasse les combats de toute une époque, à travers un mythe vieux de cent vingt ans, porté par une actrice de choix, et réalisé avec un soin tout particulier. Invisible Man se révèle donc être une excellente surprise, de celles qui montrent que non, originalité et genre horrifique ne sont pas deux notions incompatibles.

 

MC

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