Les final girls : entre stratégie et mauvais choix

La survivor girl ou final girl est l’un des personnages types les plus répandus dans le genre du film d’horreur. Tout film d’horreur qui se respecte contient ce personnage féminin qui malgré tout ce qui lui arrive parvient à s’échapper, survivre et même dans certains cas à tuer le boogeyman.

Néanmoins, il faut reconnaître que, malgré sa présence dans la plupart des films du genre, la final girl n’est pas toujours très douée pour la survie.

L’on peut distinguer, dans cet archétype, plusieurs catégories. Tout d’abord, il existe la « fille mignonne » dont l’unique objet est de survivre au moins jusqu’aux trois quarts du film pour faire plaisir à l’audience. Il y a également celle qui n’a aucune idée de ce qui se passe autour d’elle mais qui parvient toujours à s’en sortir, la fille qui prend toutes les mauvaises décisions et enfin la final girl par excellence : celle qui réfléchit à bon escient avant de finalement se faire éventrer.  La survivor girl aura aussi été détournée dans plusieurs films parodiques du genre comme dans Scary Movie avec Cindy ou bien Dana dans The Cabin in the woods.

Commençons par les final girls à la plot armor, celles dont la survie dépend davantage de la volonté des scénaristes que d’une véritable stratégie. Ainsi, dans Quarantine, remake du film REC, l’on suit le personnage d’Angela, journaliste en plein reportage sur des pompiers lorsqu’un virus contamine l’immeuble dans lequel l’héroïne et son équipe se trouvent. Malgré son temps d’apparition à l’écran, Angela est en réalité morte aux yeux des spectateurs dès la vingtième minute du film tant les choix de la protagoniste se révèlent absurdes. La survivor girl semble complètement ignorante de la gravité et du danger de la situation. Au lieu de quitter l’immeuble et d’arrêter son tournage dès les premiers signes d’alerte, Angela se meut en Daphné de Scooby-Doo et mène l’enquête avec l’aide de son cameraman, seul personnage sensé du film qui refuse de suivre l’héroïne dans ses choix désastreux à plusieurs reprises. Celle-ci met en effet régulièrement en danger la vie des autres en plus de la sienne simplement pour assouvir sa soif de gloire dans le milieu de la presse.

q2

C’est donc malgré ses mauvais choix qu’Angela parvient à survivre, contrairement aux pompiers entraînés et aux personnages bien plus prudents qu’elle. Même si le sort de l’héroïne reste incertain à la fin du film, elle reste la dernière survivante, la final girl que ses anges gardiens de scénaristes auront préservée en dépit du vraisemblable.

 

Second exemple, même si elle n’est pas l’héroïne du film : Helen Rivers (Sarah Michelle Gellar) dans I know what you did last Summer, l’un des personnages principaux. Helen reste plutôt rusée tout au long du film et arrive à survivre aux trois quarts du film, ce qui est plutôt incroyable compte tenu du fait qu’elle n’est qu’un personnage de second rôle face à Julie (Jennifer Love Hewitt).

I-know-what-you-did-last-summer-tv-series

Helen aurait pu finir sur la liste des final girls, si elle n’avait pas fait l’erreur fatale de se retourner pour voir si le tueur était derrière elle… Apres toutes ces péripéties, c’est comme ça que se termine le sort de notre douce Helen qui n’était qu’à quelques mètres de sa liberté avant de se faire tuer.

 

Même si nous ne pouvons pas la qualifier de « final girl » compte tenu de la définition du terme, nous allons quand même faire une petite analyse du personnage de Wendy (Shelley Duval) dans Shining. Wendy fait partie de celle qui se mettent dans le pétrin toute seule. Son mari Jack (Jack Nicholson) était déjà agressif et alcoolique quand elle décide tout de même de le suivre avec son fils, victime par le passé de l’alcoolisme et de la violence de son père,  dans un hôtel sans issue, sans parler du fait que dernier ait été construit au dessus d’un ancien cimetière indien.

192334-shining

Bref, Wendy a déjà fait un faux pas en décidant de partir, mais ce qui est plus important dans notre analyse ce sont les choix qui vont suivre. Wendy sera restée, jusqu’au climax de la folie de Jack, aveugle quant à son changement de comportement. En effet, la folie de Jack se met en place progressivement, et compte tenu de ses déviances passées, le moindre signe de changement aurait du provoquer un déclic chez Wendy. Déclic qui ne viendra que trop tard, malheureusement pour elle. Peut être que la hache dans la porte était le seul déclic possible ?

Les Survivor girls par excellence sont finalement, sans grande surprise, celles qui réfléchissent. Elles prennent les bonnes décisions et bien qu’elles aient rarement l’avantage physique, elles parviennent à survivre !

 

Prenons le premier exemple, l’un des plus mythiques du genre : « Halloween » (et sa ribambelle de suite) de John Carpenter.

Dans ce premier volet d’une longue saga, Michael Myers s’échappe de l’asile psychiatrique où il était retenu depuis l’enfance, après avoir tué sa soeur le soir d’Halloween. Michael Myers (Nick Castle) est un personnage glaçant, malgré le côté « simpliste » du film, comparé aux attentes actuelles. Michael est massif mais mutique. La rage et le goût du sang qui l’animent ne sont jamais expliqués ou justifiés. Le masque de celui ci participe grandement à son coté mystérieux et animal. Dans La nuit des masques  (premier de la saga),  après s’en être pris à plusieurs personnes, Michael se dirige vers son ancien quartier, lieu de son premier meurtre.

Lee-Curtis-as-Final-Girl.0.0

Laurie Strode (Jamie Lee Curtis) garde ce soir là deux enfants. Elle va se retrouver nez à nez avec le tueur sanguinaire. Malgré sa petite taille et le fait d’avoir deux enfants effrayés auprès d’elle, Laurie ne se laissera pas faire. On connait bien sûr la fameuse scène du cintre qui est certes, plutôt irréaliste… mais Laurie se révèlera astucieuse tout au long du film. Elle claque des portes par lesquelles elle ne sortira pas pour dérouter son attaquant, et dès que la situation s’y prête, elle permet aux enfants de s’échapper pour appeler de l’aide.

De plus, elle reste constamment en mouvement, car même si rester caché en attendant les secours semble être une bonne idée, cela peut vite tourner en sa défaveur. Myers a un côté animal, qui malgré son manque d’intelligence, lui permet de trouver ses victimes plutôt facilement. Alors rester caché en attendant les secours ne va pas aider Laurie, et elle l’a bien compris. Même s’il arrive qu’elle reste dans l’ombre, elle n’attend pas, elle se prépare malgré la peur, ce qui fait que contrairement à ses amis, elle a pu s’en sortir; ce qui ne sera pas sans conséquences psychologiques, comme le développe le dernier né de la sage sorti en 2018. Tout au long de ses rencontres avec Michael Myers, Laurie apprend et se développe, même s’il est plutôt triste de voir que sa vie est tournée autour du tueur masqué.

On peut noter que malgré la stratégie remarquable de Laurie, elle n’a pas (encore) pu mettre fin à son cauchemar…

 

Second exemple, Scream (1 à 4), cette série de films est l’un des piliers du « slasher » (genre que l’un de nos articles vous décrit avec brio juste ici). Le premier de la saga se déroule dans la ville Woodsboro, frappée par le meurtre très violent d’une jeune adolescente, premier d’une longue série. Le tueur de Woodsboro, surnommé Ghostface en raison de son masque mythique, est un tueur dont la motivation est clairement établie, contrairement à Michael Myers. Il suit un mode opératoire assez précis, qui commence avec un appel téléphonique, des questions troublantes et se termine par un meurtre à l’arme blanche. Il tue ses victimes de manière très graphique et sanglante.

sidney-prescott-660x330

Apres sa première attaque, le tueur se focalise sur Sidney Prescott (Neve Campbell), une jeune adolescente qui au moment des premières meurtres se retrouve seule chez elle. Contrairement au tueur d’Halloween, on ne peut pas parler d’un assaillant physiquement imposant. Avec Ghostface, tout est dans la stratégie, on est face à un tueur qui attaque pour faire peur avant de tuer. Ce tueur est donc particulièrement rusé, mais pas plus rusé que notre héroïne.

Sidney est la survivor girl par excellence. Elle réfléchit, de façon stratégique qui plus est, mais surtout elle ne prend pas de risque. Il est important de noter que le tueur l’attaque de nombreuses fois avant l’affrontement final, ce qui lui permet d’apprendre et développer toute une stratégie.

La première rencontre tourne vite en sa faveur, puisqu’elle en ressort sans une égratignure, et par la suite elle développe une vraie force lui permettant de mettre fin (le temps d’un film) à son cauchemar. C’est pourquoi Sidney est l’une, si ce n’est la plus connue des survivor girls. Elle ne passe à côté de rien et semble prête à tout. Dans la saga elle abat le tueur, mais n’hésite pas à lui tirer plusieurs fois dessus pour être sûre de son coup, chose rare dans un film d’horreur.

Tout au long de la saga, il est clair que Sydney se démarque par sa ténacité, plus difficile à éliminer que le chiendent. Malgré sa force stratégique, il faut prendre en compte la paranoïa qui s’installe, comme chez Laurie avant elle dans la saga Halloween. Dans le troisième film de la série, Sidney vie recluse mais, lorsque l’horreur reprend, elle ne perd pas ses anciens réflexes et retourne au combat.

Le développement en machine « anti-Ghostface » de Sidney est spectaculaire, elle devient plus stratégique, intelligente et forte que le Shériff Dwight « Dewey » Riley (David Arquette) qui est au contraire souvent à coté de la plaque et maladroit, et manque de mourir à plusieurs reprises.

 

Dernier exemple légendaire, Nancy (Heather Langenkamp) dans Les Griffes de la nuit (Nightmare on Elm Street, 1985). Un film mythique pour tous les amateurs du genre, qui contient notamment l’une des premières apparitions de Johnny Deep (dans le rôle de Glen Latz) sur grand écran.

Ce film des années 1990 raconte l’histoire d’adolescents, hantés dans leur sommeil par Freddy Krueger (Robert Englund) qui était un pédophile et serial killer sévissant quelques années plus tôt dans leur ville. Wes Craven amène l’horreur à un niveau jamais vu auparavant, en introduisant un assaillant irréel auquel il est pourtant impossible d’échapper.

A-Nightmare-on-Elm-Street-Nancy-and-Freddy-Banner-1200x676

Nancy et ses amis tombent dans l’horreur artificielle. Contrairement aux autres victimes, Nancy comprend vite le jeu de Freddy, elle comprend qu’il ne peut pas l’atteindre si elle est consciente et qu’elle ne montre pas sa peur. Si son stratagème lui échappe au début, le meurtre particulièrement sanglant de son petit ami lui ouvre les yeux, de la pire façon qu’il soit. Nancy se développe tout au long du film et ne reste pas une petite fille effrayée. Même si la fin du premier film nous laisse dubitatif sur le sort de notre protagoniste, son combat contre son bourreau reste parmi les plus mémorables du genre.

Clara Cht

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s