J’accuse : Leçon d’histoire

Depuis Le pianiste et Macbeth, Roman Polanski s’est imposé comme l’un des grands cinéastes du film d’époque. J’accuse confirme ce titre et comme toujours, le réalisateur ne se contente pas de dépeindre froidement les faits historique en reprenant l’affaire Dreyfus déjà connue de tous. Il les met en perspective avec notre époque actuelle. Ce n’est cependant pas de cela dont il sera question ici comme il ne sera pas question du parallèle que l’on est trop facilement amené à faire entre le film et son réalisateur enlisé en pleine affaire juridique.

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J’accuse nous replonge au cœur de la France de la fin du XIXème, un cadre déjà très populaire au cinéma qui l’a fantasmé à de nombreuses reprises. L’on pense notamment aux adaptations d’œuvre littéraire célèbres tel que Les Misérables ou Bel-Ami par des productions anglo-saxonnes qui nous ont laissés une vision neutre et supra édulcorée de la période d’avant-guerre française. Il a fallu un cinéaste français pour rétablir la vérité sur cette époque grâce à une œuvre qui vient se placer aux antipodes du film historique américain lambda puisqu’elle est empreinte de la vision de son auteur, de se patte artistique.

L’on note un travail magistral opéré d’abord au niveau de la photographie. La lumière est volontairement tamisée et les couleurs presque ternes. Elles enveloppent le spectateur et l’entraînent dans ce vieux Paris, théâtre des machinations et des dissimulations orchestrées par des gradés en uniformes impeccables. Polanski rend par cela honneur au propos de son film qui se veut sérieux et réaliste à tout égard, bannissant toute forme d’édulcoration. Il a parié sur une œuvre sans presque aucun ressort comique, une oeuvre qui s’attache à conserver continuellement sa gravité. Ce pari étant largement remporté, l’on se rend compte de la qualité de J’accuse qui parvient à garder un rythme entraînant soutenu par une construction narrative irréprochable et l’usage audacieux de flash-back.

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Comme d’autres films de cet acabit, tel qu’un American Sniper dans un genre complètement différent, la musique est assez peu présente et ce même si c’est Alexandre Desplats qui est en charge de la bande originale. Cette dernière laisse ainsi toute la place aux bruits de bottes claquées en guise de salut militaire, aux brouhahas des conversations dans une salle de bal ou au bruissement de feuilles de papiers nerveusement triées. Si la musique au cinéma permet de sublimer une scène et de susciter nos émotions, elle peut aussi être surutilisée pour maquiller un vide narratif ou une pauvreté visuelle. Ici, le travail de composition de l’image et du son, qui s’entremêlent l’un l’autre, est d’une maîtrise telle qu’une bande originale trop ambitieuse serait inutile voir néfaste. La musique est donc maniée avec une grande intelligence et n’intervient qu’à certains points d’orgues du film afin de souligner l’aspect décisif d’une scène. La qualité des décors, des costumes et du bruitage n’en est que plus évidente.

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Avec J’accuse, Polanski renouvelle l’image du héro solitaire se démenant contre vents et marées qu’il affectionne tant. A l’image de Wladyslaw Szpilman dans Le Pianiste et du ghost writer dans le long métrage éponyme, Georges Picquart se retrouve isolé dans une atmosphère rendue volontairement oppressante qui va le mettre à l’épreuve. Le réalisateur ne s’intéresse pas tant à nous montrer son héros au travers de sa psyché qu’au travers de ses actes et en cela le film s’inscrit dans la continuité du Pianiste et de Ghost Writer. Dans cette optique, Jean Dujardin qui campe le rôle principal, adopte très justement un jeu impassible qui suppose finalement la robustesse et la grande force de volonté de son personnage. Il n’en fait pas moins un protagoniste contrasté et c’est là l’un des grands atouts de ce film : Georges Picquart admet à plusieurs reprises être lui-même antisémite ce qui ne l’empêche pas de poursuivre son combat pour Dreyfus. Polanski ne construit donc pas un protagoniste héroïque à tous les égards mais nous montre un homme confrontant ses préjugés à ses principes.

 

Gaspar Carré

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