La Crème de la crème, une vision moderne de l’amour

La crème de la crème, sorti en 2014, est le troisième film de Kim Chapiron qui, après Dog Pound, s’intéresse à nouveau à la jeunesse actuelle et les doutes qui la dominent.

Au premier abord, l’histoire et les enjeux de cette comédie romantique semblent très prosaïques ou dénués d’arrière-pensée. Le film décrit dans le cadre d’une prestigieuse école de commerce le mode de vie de notre élite nationale dans ce qu’il a de mystérieux, de fascinant et d’attrayant.

la-creme-de-la-creme-1.jpg

Toutefois, l’adjectif qui prône finalement est « décadent » car dans ce cadre d’opportunités nos trois jeunes protagonistes, Dan, Louis et Keliya vont investir leur savoir et leurs ressources dans le développement d’un « marché du sexe ».

L’idée part ainsi d’une frustration : celle pour certains garçons de ne pas côtoyer autant de filles qu’ils le voudraient à cause du monopole exercé par les gendres idéaux qui peuplent le petit univers de l’école. C’est donc dans l’espoir d’enrayer ce système que Dan et Keliya vont, poussés par une illusion d’altruisme et de lutte des classes, commencer la construction d’un marché s’apparentant tout bonnement à du proxénétisme.

22265.jpg

L’œuvre vient nous abreuver de polos Lacoste, de soirées étudiantes branchées, de balades dans un verger Versaillais, de liasse de billet et de filles dénudées. Tout cela soutenu par un réalisateur qui fait preuve d’un sens de l’esthétisme et de la mise en scène remarquable et qui laisse à de nombreuses reprises l’image parler pour ses personnages, exprimant leurs travers et leurs passions.

La sexualité est débridée, banalisée et dénuée de tout sentiment. Elle laisse toute la place à la « loi du marché », si bien que la pensée de Kim Chapiron apparaît assez nettement. Bien au-delà de vouloir montrer une classe sociale et son mode de vie, le réalisateur nous parle de cette jeunesse désabusée. Jeunesse qui, dans son désespoir d’appartenir à un groupe, frôle, sans même le réaliser, le proxénétisme. Kim Chapiron nous parle de cette banalisation du sexe à l’ère du numérique, époque où l’amour ne semble plus avoir son mot à dire. Il nous parle de ces trois jeunes gens, très justement interprétés, qui personnifient le malaise et le décalage de toute une génération.

80387.jpg

Néanmoins, c’est finalement sur une note d’espoir que Kim Chapiron achève son film grâce au plan du baiser de Louis et Keliya. Un baiser imperturbable et langoureux qui occupe avec mérite la totalité de l’écran. Un baiser venant faire naître l’histoire d’amour entre ces deux personnages pourtant séparés par un fossé social. Un baiser comme on en fait peu au cinéma. Les lois du marché sont transgressées, les sentiments reprennent le pas sur les règles préétablies et la musique saisissante de Sébastien Tellier vient faire le lien entre ce dernier plan brutalement coupé et le générique de fin afin que l’image reste gravée dans l’esprit du spectateur.

 

Gaspar Carré

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s