Ari Aster : un nouveau maître de l’horreur est né

À seulement 33 ans, l’américain Ari Aster s’impose aujourd’hui comme l’un des nouveaux maîtres de l’horreur. Ces dernières années, les adorateurs du genre n’ont pas pu passer à côté de ce nouveau phénomène, révélé et soutenu par la boîte de production A24.

Avec seulement deux films à son actif, Ari Aster est aujourd’hui, avec Robert Eggers (lui aussi révélé par A24) et Jordan Peele, l’un des réalisateurs du genre horrifique le plus en vogue. Tout commence en 2018 avec Hereditary, film qu’il écrit et réalise. Il met en scène l’excellente Toni Collette (Little miss sunshine, Sixième Sens) en une mère devant faire face à un terrifiant secret de famille.

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Ici, on a du mal à croire qu’il s’agit seulement d’un premier long-métrage. La direction d’acteurs est magistrale : Toni Collette est à couper le souffle en figure maternelle prête à tout pour sauver sa famille et le père et le fils, respectivement interprétés par Gabriel Byrne et Alex Wolff, sont tout aussi bons.

La réalisation est, elle aussi, tout aussi bonne. Elle n’est jamais scolaire, jamais plate, jamais vue et revue. Au contraire, l’on a l’impression d’assister à quelque chose d’inédit et de nombreux plans nous restent longtemps dans la tête après le visionnage. Le suspens et l’horreur sont parfaitement mis en scène et on retiendra surtout cette séquence où le jeune Peter décapite accidentellement sa soeur. La caméra ne nous montre rien. Elle reste simplement fixée sur le visage de Peter qui prend conscience, petit à petit, de l’horreur de la situation, le visage baigné dans la lumière rouge des phares de sa voiture. Ce long silence, l’inamovibilité de la caméra que l’on voudrait retourner pour nous montrer concrètement la situation plutôt que le visage hébété de Peter, toute cette frustration et cette violence enregistrées en un seul moment, fait de ce plan l’un des plus puissants du film.

L’écriture est aussi le point fort de Ari Aster : comme dans tout bon scénario, tout a son utilité, tout se recoupe et se rejoint et on peut même s’amuser à repérer tous les petits indices et les set-up payoff dont le film est parsemé. Par exemple, si vous avez l’oeil suffisamment aguerri, vous pourrez sans doute remarquer que lorsque Peter et sa petite soeur Charlie se rendent à la soirée où cette dernière va mourir, les personnages entrent dans une chambre dans laquelle des jeunes regardent un film. A ce moment précis, on voit sur l’écran de leur ordinateur un personnage en train de se faire… décapiter. D’ailleurs, quelques scènes avant, c’est Charlie qui s’amusait à décapiter un oiseau à l’aide d’une paire de ciseaux. De la même manière, on remarque qu’une lueur, seulement perceptible une fois que l’on sait ce qu’elle représente, semble suivre la petite Charlie partout où elle va. Ces petits détails sont la spécialité du réalisateur. Jeu de piste confirmé ensuite par Midsommar. Hereditary a reçu un accueil plus que favorable de la part des critiques qui s’accordent à dire qu’Ari Aster a réussit un brillant exercice de style.

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En 2019, Ari Aster revient en force avec Midsommar dans lequel Dani (Florence Pugh) et Christian (Jack Reynor) vont, avec d’autres amis, dans un village isolé au fin fond de la Suède, assister à une cérémonie qui n’a lieu que tous les quatre-vingt dix ans.

Midsommar commence en fanfare avec ce qui est très certainement l’une des meilleures introductions de film d’horreur. La jeune Dani est très inquiète car sa petite soeur, jeune fille instable et bipolaire, lui a envoyé un mail troublant. Elle appelle donc son petit ami Christian, jeune homme qui n’est plus amoureux d’elle, attablé avec des amis dans un fast-food, parlant avec eux de sa volonté de rupture. Malheureusement, la petite soeur de Dani s’est suicidée, tuant ses parents en même temps. La mise en scène de cette introduction vous laisse scotcher au siège. On retient surtout la découverte des corps par les pompiers avec ces plans au ralenti qui nous feraient presque sentir le gaz dans l’air de la maison et la musique de Bobby Krlic où des violons jouent le son des sirènes des camions de pompiers.

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En quelques minutes, Ari Aster pose toute la problématique du film et ses enjeux, ceux qui auront une répercussion sur la scène de fin. Le traumatisme familial de Dani, la rupture avortée entre elle et Christian : comment quitter quelqu’un qui vient juste de perdre sa famille entière ? Christian n’aime pas Dani, la traite mal, oublie son anniversaire et la trompe, et c’est sa lâcheté qui le perdra, dans une ultime scène finale où la force mentale de Dani l’emporte sur la masculinité toxique de Christian.

La force de Midsommar c’est aussi d’être un film d’horreur qui se passe uniquement en plein jour. Prenez n’importe quel film d’horreur : les trois-quarts des scènes horrifiques sont tournées la nuit, dans des pièces sombres et inquiétantes et l’on joue de cette obscurité, celle qui fait peur à tout homme depuis la nuit des temps. Ici, non. Ici, tout est en plein jour, au soleil, dans des prairies verdoyantes. Tout le monde est habillé de blanc, des fleurs dans les cheveux. Pour appuyer la démarche, la lumière est blanche et totalement surexposée. Midsommar est le premier film d’horreur où l’obscurité n’est pas utilisée. L’horreur réside ailleurs. C’est simple mais il fallait y penser.

A l’image d’Hereditary, les acteurs sont géniaux avec surtout une mention spéciale pour la jeune Florence Pugh, interprète de Dani. Du côté de l’esthétisme du film, rare sont les films d’horreur avec un tel niveau de détails : costumes, décors, symétrie des plans, tout est là. L’horreur, elle aussi, est très esthétique puisque les meurtres sont mis en scène.

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En outre, le film apporte une réflexion sur le bien et le mal en tant que valeurs imposées par notre société. Ari Aster pose un regard neutre sur cette communauté suédoise dont les membres qui atteignent l’âge de 72 ans se suicident en se jetant du haut d’une falaise. Pour eux, finir sa vie en maison de retraite est une chose barbare tandis que le suicide permet d’échapper à une fin de vie « légumesque ».

Pour résumer, Ari Aster s’est imposé en seulement deux films comme le nouveau maître du genre, tant par la qualité cinématographique de ses oeuvres que par le renouveau qu’il apporte. Ses longs métrages sont un souffle inédit dans un genre laissé à l’abandon, noyé par des films où des prêtres hurlent des formules latines en brandissant des croix.

2M

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