Mostra de Venise : Jour 5, 6 et 7

Derniers jours de nos envoyés spéciaux à la Mostra, avec plus ou moins de succès…

About Endlessness, de Roy Andersson

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Mathias : 2/10

Il paraît que les films d’Andersson sont drôles et métaphoriques. Il paraît qu’il pose de grandes questions qui captivent les spectateurs. Dans ce film, le suédois nous propose une réflexion sur l’éternité, comme le laisse supposer le titre. Comment ? En enchaînant de petites scènes qui n’ont semble t il aucun rapport entre elles. Pourquoi faire ? Pour, semble-t-il encore, nous montrer qu’à l’échelle de l’éternité tous les événements ont la même importance, de la femme qui casse son talon dans la gare au suicide d’Hitler en passant par l’exécution des prisonniers du goulag. Seulement voilà, le cinéaste essaye de dire de trop grandes choses pour une telle économie de moyens. À moins qu’il ne fasse qu’enfoncer des portes ouvertes à grand budget alors qu’une citation sur un souvenir de la Cité des Sciences aurait suffi. De la psychologie de comptoir saupoudrée d’un peu de physique quantique, un format rebutant qui montre ses lacunes en réalisation, un scénario pseudo-philosophique qui traduit la pauvreté du propos. Voilà le cocktail explosif que les plus hardis d’entre vous oseront appeler un grand film, si ce n’est un essai cinématographique. Les autres verront à coup sûr le vide abyssal que cachent les sempiternels plans fixes du réalisateur. L’éternité attendra.

Pierre : 8/10

Autant prévenir d’avance, si vous n’aimez pas la contemplation, vous risquez d’être déçu. A l’exception d’une scène étant un très léger travelling, l’intégralité des plans d’About Endlessness de Roy Andersson sont des plans fixes. Chacun des plans d’une ou deux minutes raconte une saynette choisie. Elle renvoie à une durée écoulée différente : courte (lorsque l’on évoque l’attente de la personne sensée venir nous chercher à la gare), moyenne (lorsque l’on évoque un prêtre ayant perdu la foi au fil des années), longue (lorsque l’on évoque le temps nécessaire pour qu’une ville se transforme en ruine), voire infinie (lorsque l’on évoque la première loi de la thermodynamique). Des saynètes qui ont également une importance différente : très banale (lorsqu’il s’agit de la réparation d’une voiture en panne), moins banale (lorsqu’il s’agit d’une femme se faisant agresser par un homme affirmant l’aimer), voire historique (lorsqu’il s’agit d’Hitler admettant sa défaite dans son bunker). Parfaitement hétéroclites, elles sont pourtant toutes traitées de la même façon, en moins de deux minutes, en plan fixe et avec une voix off expliquant la scène. Tout cela pour poser une question : qu’est-ce qui mérite d’accéder à l’éternité ? Comment se fait-il que l’humanité conserve la marche de prisonniers vers les goulags mais oublie le cinquantenaire racontant qu’il a rencontré un de ses anciens camarades de classe ? Ne méritent-ils pas tous les deux d’être conservés ? Ils sont pourtant tous les deux des miroirs de l’humanité, chacun à leur manière. Le patchwork constitué par l’ensemble des saynètes pourrait être une des multiples versions de l’éternité, si tenté que de telles versions existent. Sans apporter de réponse définitive mais incitant plutôt à la réflexion, le cinéaste suédois signe ici un film profond qui vous travaillera longtemps. Avec peut-être un deuxième lion d’or au bout ?

 

Guest of Honour, de Atom Egoyan

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Mathias : 2/10

Que de navets en cette matinée du 4 septembre. Après l’indigeste pamphlet d’Andersson, au tour d’Atom Egoyan de nous servir son ridicule mélodrame digne d’un téléfilm de l’après midi sur M6. Un film mal fichu, à la trame décousue quand elle n’est pas sans intérêt (on pense à toutes les scènes de contrôle sanitaire…). Les acteurs jouent tous mal ou presque (mention spéciale à la fille dont on ne mentionnera pas le nom, qui aurait certainement dû regarder un chef d’orchestre ou deux avant d’en jouer une), et caricaturent leur personnage sans leur apporter aucune nuance. Impossible dans ce cas là de s’attacher à quiconque, excepté peut être au lapin Benjamin qui, il faut l’avouer, livre la meilleure prestation de l’œuvre. La musique fait étrangement penser au générique de Petits secrets en voisin, ce qui est loin d’être un compliment. La réalisation est quant à elle d’une platitude à faire pâlir la Belgique, si bien qu’on doute que le film ait pu sciemment être sélectionné dans un festival international de cinéma. Peut-être était-ce par charité, ou parce que David « Lupin » Thewlis a accepté de se prêter à cette mascarade. Si c’était du second degré, le film serait probablement un chef d’œuvre d’humour tant on rit fort devant les tribulations d’un inspecteur sanitaire pas plus inquiet que ça que sa fille veuille rester en prison. Malheureusement, c’est très sérieux, et c’est très mauvais.

Pierre : 3/10

À ce jour le plus mauvais film vu à la Mostra 2019. Guest of Honour conte l’histoire d’un père veuf et inspecteur sanitaire hanté par l’incarcération de sa fille pour abus d’autorité sur sa classe d’élèves musiciens. Au programme, vous trouverez des oreilles de lapin frites, du verrillon et nombre d’autres joyeusetés, toutes plus affligeantes les unes que les autres. Le scénario, sous forme d’histoire raconté à un prêtre après la mort du père, possède tous les écueils possibles : c’est inutilement sinueux, inintéressant et ridicule. Rajoutez une mise en scène digne d’un mauvais téléfilm et des acteurs au diapason de la nullité et vous avez la recette de ce qu’il ne faut pas faire lorsque vous réalisez un film. Seul point positif parmi cette océan cet abîme de médiocrité : David Thewlis (Professeur Lupin dans Harry Potter pour les intimes) est solaire en père courage un peu (beaucoup) à l’ouest. Un porte-bonheur sûrement plus efficace que n’importe quelle patte de lapin mais c’est malheureusement bien trop peu pour sauver le film du naufrage. À enterrer au plus vite.

The Painted Bird; de Vacláv Marhoul

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Mathias : 6/10

The Painted Bird, c’est le film qu’on nous avait vendu comme le coup de poing de la sélection officielle. Une fresque ultra violente sur un enfant qui traverse l’Europe de l’Est pendant la Seconde Guerre Mondiale. Imaginez un cross over entre Rémi sans famille et Mad Max. Ça vous donne un film sublime formellement parlant, réalisé avec soin mais qui tombe malheureusement dans de trop nombreux travers. Tout d’abord, le film peine à toujours justifier son propos et légitimer sa violence. Loin d’être gratuite, celle-ci n’est pourtant jamais totalement nécessaire, et place le spectateur dans l’inconfortable situation de voyeur. Un torture porn sur un sujet qui se veut grave mais qui finit par lasser. À chaque épisode, marqué par la rencontre d’une personne, on se demande quel malheur va encore pouvoir frapper ce pauvre enfant. Violé, torturé, vendu, viré… que d’épreuves pour un final touchant mais sans grande surprise. Si le film voulait éclairer de son point de vue les atrocités de la guerre et nous montrer que le trouble atteint tout et tout le monde, il ne fait finalement qu’enfoncer un grand nombre de portes ouvertes, nous montrant ce que n’importe quel livre aurait pu nous apprendre, une bonne dose de sensationnalisme en plus. Dommage.

Pierre : 5/10

La promesse de ce Painted Bird semblait belle : on s’imaginait un film fleuve sur la Seconde Guerre Mondiale à travers le regard d’un jeune juif ; ce n’est finalement pas exactement ce à quoi on a assisté. Pendant 2h50, Václav Marhoul filme les péripéties de cet enfant dans un monde où la guerre n’est en fait pas si présente en dehors d’une scène de massacre et de quelques scènes au milieu de militaires. C’est surtout un prétexte pour dresser un portrait de l’humanité d’une noirceur abyssale et délirante. L’Homme y est dépeint comme étant (entre autres) barbare, cruel, vil, démoniaque, violent, tueur, menteur, violeur, pédophile, zoophile… On pourrait continuer la liste sur des lignes entières tant le long-métrage transpire la misanthropie. C’est d’ailleurs le principal défaut du film. Au fil de ses pérégrinations, le jeune garçon rencontre une vingtaine de personnes, découpant le film en autant de segments se concluant toujours par des scènes d’une violence inouïe. Si cela était intéressant pendant la première heure du film, on tourne vite au voyeurisme pour les presque deux heures suivantes. Surtout que le long métrage est mis en scène avec un noir et blanc d’une beauté sidérante et des cadres extrêmement travaillés contrastant volontairement avec la violence qui s’en dégage. Heureusement, le film a le bon goût d’introduire quelques scènes plus légères permettant de redonner foi en l’humanité même si le message « il y avait des gentils aussi parmi les nazis » est éculé depuis plus de 50 ans. On voit bien que le metteur en scène tchèque cherche à dresser un portrait global de l’humanité et à montrer sa cruauté prenant le pas sur une fraternité dilettante (l’enfant lui-même est corrompu par cette violence qui règne) mais ce n’est pas très finement fait. Finalement, les plus belles scènes sont donc celles d’accalmie où notre personnage principal à la chance de tomber sur des gens à peu près sains (mention spéciale à la scène finale). Un demi succès donc pour ce qui s’annonce comme le film coup de poing du festival.

 

Mosul, de Matthew Michael Carnahan

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Mathias : 8/10

On a y été à reculons, mais finalement ç’aura été le meilleur film de la journée. Comme son nom l’indique, le film (fictif donc) se concentre sur une équipe d’élite du SWAT irakien (qui elle existe réellement) qui s’évertue à libérer la ville de Mossoul. Même si c’est une fiction, le film est d’une importance capitale car il est tout d’abord très bien documenté et nous permet donc de comprendre la réalité du terrain. Il s’acharne à nous faire comprendre que tout ce qui est montré existe ou a existé. De plus, le film est un monument de tension, qui vous colle à votre siège 1h40 durant. Une immersion qui se veut documentaire dans une équipe d’élite qui doit faire face aux terroristes de Daesh (« The so called State » comme le disent les protagonistes) mélangés à la population civile. Le film montre aussi une réalité beaucoup moins perceptible en occident, celle des populations qui continuent à vivre dans ces cités en ruines. Une réalité difficile à regarder en face, tant elle est rude. Côté acteurs, on y croit à chaque instant. L’ensemble du casting livre une performance à la hauteur de son sujet. On comprend toutes les difficultés du genre de mission que mène l’équipe du SWAT, tant on a nous aussi du mal à distinguer les ennemis des membres du groupe. Seul regret, que la fiction ait pu montrer ce qu’un documentaire aurait fait avec une force décuplée. Mais un tel documentaire n’aurait probablement jamais pu voir le jour. En attendant, Mosul est une excellente piqûre de rappel que la guerre est très loin d’être terminée.

Pierre : 7/10

Pour son premier long métrage en tant que réalisateur, Matthew Michael Carnahan (jusqu’ici scénariste, entre autre de Lions et Agneaux de Robert Redford et de World War Z de Marc Forster), il s’attaque à un sujet pour le moins casse gueule. Produit par Joe Russo, Mosul suit une brigade du SWAT local, qui s’est donnée comme mission de finir de libérer la ville irakienne de l’occupation de Daesh. Ouvertement basé sur de faits réels, le réalisateur fait en sorte que l’on se croit le moins possible dans une fiction. Filmé en caméra à l’épaule, les scènes de guerre sont si réalistes que l’on se croit perdu au milieu d’un champ de bataille. Ce n’est pas le seul point fort du film et on s’attache à ces hommes qui ont décidé de désobéir aux ordres de leur commandement pour libérer la famille des membres de l’équipe. On s’attache à ce jeune d’une vingtaine d’année enrôlé dans ce commando illégal après que son oncle ait été tué par Daesh. Et surtout, on éprouve une empathie sans borne pour ce colonel qui voit tous les membres de son équipe comme ses enfants après que toute sa famille ait elle aussi été assassinée par Daesh. Le film ne verse pour autant jamais dans le pathos et ne se veut pas non plus exhaustif sur le sujet. Il s’agit juste d’un morceau brute de la vie de ces hommes au milieu d’un champ de bataille d’une violence inimaginable. Le travail sur le son est particulièrement réussi, les mitraillettes pétaradant dans le lointain rythmant le film de façon étouffante. Indispensable pour sensibiliser à ce conflit. On regrette que le film ne soit sélectionné qu’en hors compétition car il aurait mérité un prix.

 

Saturday Fiction, de Lou Ye

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Mathias : 6/10

Bonne surprise pour ce drame d’espionnage chinois qui nous a tiré du lit à 6h du matin. On y suit une actrice connue qui revient jouer une pièce déjà jouée à Shanghai, alors occupée par les Japonais. La jeune actrice se retrouve empêtrée dans une mission pour aider son ex mari retenu prisonnier par les Japonais. Prise entre deux feux, elle devra choisir son camp pour éviter un massacre. Alors que le long métrage commence comme un drame, il se termine en véritable film d’action, ce qui nous a véritablement surpris. Le rythme ne fait que croître jusqu’à un climax stupéfiant et d’une brutalité que l’on attendait pas. Côté réalisation, le noir et blanc est visuellement bluffant et les plans sont toujours assez travaillés. Rien de transcendant mais un film maîtrisé. C’est surtout par son actrice principale que le film brille. En effet, Gong Li livre une prestation de tous les instants, convaincante du début à la fin. Finalement, si le film n’est pas forcément mémorable, on passe un très bon moment devant ce projet ambitieux, qui ne saura pas convaincre tout le monde, ni tout le temps, mais qui ravira les amateurs du genre.

Pierre : 6/10

Saturday Fiction est le nouveau film de Lou Ye, présenté en compétition officielle. On y suit une jeune actrice retournant à Shanghai occupée par les Japonais pendant la Seconde Guerre Mondiale, officiellement pour jouer dans une pièce de théâtre. Officieusement, son rôle est de faire échapper son ex-mari et de récupérer des informations permettant de décoder les transmissions japonaises. Le vrai problème dont souffre le long métrage est son hétérogénéité. Il est divisé en deux parties distinctes, la première s’intéressant principalement aux répétitions de la pièce de théâtre et très peu à l’espionnage et l’inverse pour la deuxième. Le problème est que cela se ressent énormément au niveau de la mise en scène, on passe de plans séquences de théâtre très bien chorégraphiés et filmés à des scènes d’actions sanglantes et brouillons. Pour autant, le noir et blanc choisi par le metteur en scène est très soigné et sublime son actrice principale, Gong Li, qui livre ici une performance très réussie et qui mériterait sans doute une coupe Volpi. Reste donc que la tentative de mariage entre James Bond et le théâtre échoue de façon assez flagrante même si l’on ne boude pas notre plaisir devant le long-métrage.

 

Babyteeth, de Shannon Murphy

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Mathias : 6/10

Sorte de « Nos étoiles contraires » version cinéma indépendant, Babyteeth est la petite surprise du festival. On y suit une jeune fille, interprétée par le brillante Eliza Scanlen (déjà incroyable dans Sharp Objects) qui tombe amoureuse d’un dealer du dimanche alors que le cancer la ronge. Un film léger pour un sujet grave, bourré d’humour et jamais mielleux. Les personnages secondaires sont tout aussi savoureux (mention spéciale à la mère) et le film évite de nombreux travers de ce genre de film, notamment le pathos facile. Finalement c’est un film plutôt réaliste, dont on ne devine pas forcément toutes les ficelles mais qui ne surprend que très peu. Côté réalisation, c’est plutôt réussi et soigné, à forte consonance « ciné indé », mais sans grande originalité. Une copie honorable, à mi chemin entre le grunge d’American Honey et le romantisme à la Twilight, le tout à la sauce « Sundance ». Si le film s’avère finalement optimiste, la fin un peu trop convenue et pleine de bons sentiments déçoit autant qu’elle émeut. Ce que l’on retiendra donc de Babyteeth c’est donc sa belle tentative de sortir d’un genre ultra calibré, un chemin dont elle peine à s’écarter mais l’effort est à saluer.

Pierre : 5/10

On pourrait décrire Babyteeth comme « Nos Étoiles Contraires chez Andrea Arnold ». On y suit effectivement une jeune atteinte d’un cancer, qui s’amourache d’un junkie ce qui l’aidera à surmonter sa maladie. Sur le papier, il était difficile de faire mon original, tant le synopsis a l’air éculé. Malheureusement, on pourrait également faire ce reproche à la mise en scène. Shannon Murphy déploie ici tous les poncifs de la mise en scène du cinéma américain très indépendant et filme comme Andrea Arnold, en moins bien. Vous n’échapperez donc pas à l’image filmée à la caméra à l’épaule (et on veut que vous remarquiez que c’est bien filmé à l’épaule hein, ça donne un style de filmer à l’epaule), aux cuts et transitions abrupts voire impromptus et à la BO qui ne sert qu’à placer les morceaux préférés de sa réalisatrice sans qu’ils aient de réel intérêt (autrement appelé syndrome Guillaume Canet). Reste que si l’on retire tous ces défauts, le film est extrêmement touchant, notamment vers le milieu du film. Vous n’échapperez pas aux yeux humides lorsque la salle se rallume mais le long-métrage ne verse pas non plus dans le larmoyant à outrance. Un film somme toute très correct qui vaut surtout pour la prestation de ses deux acteurs principaux (les acteurs secondaires étant quelque peu en roue libre).

 

The Domain, de Tiago Guedes

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Mathias : 3/10

On nous avait vendu The Domain comme une saga familiale au Portugal à travers les années. Eh bien c’est exactement ce que le film s’avère être. Trois longues heures de tribulations d’une famille riche qui gère un immense domaine au Portugal et qui fait face aux changements politiques et sociaux du pays. Original, vous dites ? Pas vraiment. Regarder The Domain, c’est comme s’enfiler 7 saisons de Dallas à la suite, le kitsch en moins. Une fable sociale d’une longueur excessive, qui en plus de s’éterniser ne renouvelle jamais le genre. Les intrigues se situent environ au même niveau que celles de Demain nous appartient, vues et revues quand elles ne sont pas complètement inintéressantes. Une pauvre famille riches avec des problèmes de gestion de patrimoine, des enfants perturbés parce que papa ne les a pas assez aimés, un enfant caché (évidemment)… voilà le programme de ce qui pourrait être une saga de l’été sur TF1. Malheureusement, c’est un film sélectionné à la Mostra. En plus de ne pas renouveler le genre, The Domain tombe dans ses pires travers et devient un excellent exemple ce qu’il ne faut pas faire. Que reste-il alors ? Tout d’abord un jeu d’acteurs de très haut niveau, notamment l’acteur principal qui livre une prestation franchement épatante. Reste aussi la réalisation chiadée, qui s’avère parfois éblouissante (on pense à cette scène au crépuscule avec le cheval d’une beauté époustouflante ou encore à ces très longs fondus parfaitement maîtrisés). Plus belle la vie version film d’auteur, en somme.

Pierre : 5/10

Film-fleuve de 2h45, The Domain est le seul film portugais de la Mostra 2019. Et il tente d’aborder un sujet de taille, à savoir l’histoire économique, politique et culturelle du Portugal entre 1946 et 1996 à travers le prisme d’une famille de fermiers fortunés. Grandeur et décadence de la bourgeoisie dirait Godard-le-mégalo. Plus sobrement, Guedes choisit le titre The Domain comme délimitation de l’univers dans lequel évoluent les personnages. Véritable microcosme de la société portugaise, les différents personnages évoluent, se croisent et se recroisent à travers les aléas de l’histoire. La narration semble ici très proche de celle adoptée par Ken Follett dans sa trilogie du Siècle. On aurait pu penser cela difficilement retranscriptible a l’écran mais le film s’en sort plutôt bien. Tous ces défauts ne cachent pas l’énorme souci du film : il est trop long. Ou trop court. Trop long car le film épuise à nouer des intrigues familiales dont on voit le dénouement arriver dès la quarantième minute du film. Trop court car il n’exploite pas assez son postulat de départ : la description des transformations politiques, économiques et culturelles du Portugal. Il aurait probablement était plus judicieux de faire du long métrage une mini-série plutôt qu’un film. Restent que l’interprétation d’Albano Jerónimo d’un bourgeois puissant  puis déchu est particulièrement convaincante et que la mise en scène est soignée. Oui mais voilà, le fond rattrape la forme et cela ne suffit pas.

 

Gloria Mundi, de Robert Guédiguian

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Mathias : 2/10

Incompréhension devant cette improbable fable sociale d’une nullité navrante, que l’on soupçonne fort d’être présente à Venise du seul fait de la petite aura de son réalisateur Robert Guédiguian. Elle raconte l’histoire d’une famille marseillaise dont la fille vient d’avoir un enfant (ladite Gloria) et qui fait face à des difficultés financières (on aurait dû sentir l’entourloupe à ce moment précis). Le scénario s’avère être sans intérêt aucun, et la réalisation sans saveur ne fait que souligner la platitude de cette histoire, jamais convaincante (cf cette scène de mort avec un ralenti digne d’un film de Bollywood qui déclenchera à coup sûr l’hilarité de la salle). Pire encore, à cette histoire déjà dénuée d’intérêt se rajoutent des scènes de vie quotidienne qui sont inutiles quand elles ne sont pas gênantes. On pense fort à cette scène de sex tape qui atteint des sommets de malaise. Si le film tente maladroitement de montrer que le petit peuple est écrasé par tout un système, il finit par caricaturer tous ses personnages (excepté celui de la mère), en en faisant des connards de riches, des employés qui ne font que se plaindre ou des ex taulards philosophes qui récite des haïkus comme on respire (énième malaise de ce film). En plus de son message cliché au possible, le film ne peut pas compter sur le soutien du casting, globalement mauvais. Si Anais Demoustier et l’actrice qui interprète sa mère s’en sortent très bien (seul point positif du film), le reste du casting est clairement en dessous du niveau attendu. Mention spéciale à l’acteur qui joue le gendre imbuvable, et qui n’aura pas su délivrer une seule bonne scène de tout le film. Chacune de ses apparitions provoque le fou rire, tant il est mauvais. Ses « wesh » et autres interventions nullissimmes rendent son personnage risible (L’actrice qui interprète sa petite amie ne fait d’ailleurs pas mieux). Tout ça pour un final d’une pauvreté confondante, qui laisse perplexe sur la présence de ce film en compétition à Venise. Gloria Mundi donne donc ses lettres de noblesse à la fable sociale ratée, une contre performante franchement impressionnante à ce niveau.

Pierre : 4/10

Nouveau film de Robert Guédiguian, Gloria Mundi nous présente, comme son nom l’indique, le cadre dans lequel évoluera la jeune Gloria qui vient de naître. Et là, attention préparez-vous. Entre un grand-père taulard, une grand-mère ex-prostituée, un père agressé, un oncle et une tante cocaïnomanes et une mère qui n’est pas en reste, on a du souci à se faire pour la petite. Sauf que voilà, le pari du film est de ce point de vue là plutôt réussi, on cerne assez bien le milieu modeste dans lequel va évoluer cette petite. Malheureusement, certains personnages sont extrêmement mal écrits et ridicules aux possibles. Dans la famille des personnages ratés (et très mal interprétés), je demande l’oncle, la tante et le père. Au contraire, la grand-mère, le grand-père et le grand-père bis sont tous les trois très réussis et touchants dans leur volonté de faciliter la vie de cette petite alors que la génération suivante semble n’en avoir que faire. Au-delà, le film tombe trop souvent dans le grotesque pour paraître un tant soit peu crédible, le comble pour un drame social. On sort de là en ne pouvant que constater que l’objectif du film est manqué.

 

La mafia non è più quella di una volta, de Franco Maresco

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Mathias : 7/10

L’un des rares films italiens de la compétition officielle est donc ce documentaire satirique sur la mafia sicilienne, autrement connue sous le nom de Cosa Nostra. Une fable hilarante qui met en scène des personnages savoureux, comme une célèbre photographe qui a pendant longtemps suivi la mafia à Palerme, mais aussi un présentateur télé couard et raté. À travers les célébrations de la mort de deux juges anti mafia assassinés à Palerme il y a presque trente ans, le réalisateur livre une œuvre ultra corrosive sur l’influence que possède toujours la mafia dans cette région d’Italie. Un documentaire tordant qui voit se succéder des personnages tous plus drôles les uns que les autres, qui traduisent chacun la peur qu’impose mafia alors même qu’ils organisent un concert pour dire non à la mafia (chose qu’ils n’oseront finalement jamais dire sur scène). Malgré un a priori négatif, le film s’avère être très intelligemment construit, toujours entre deux genres, entre la consternation et le rire. Un sommet de satire comme on en avait rarement vu. Mention spéciale à ce jeune chanteur, Cristian, qui provoque l’hilarité bien malgré lui à chacune de ses interventions. Reste que le film finit par tourner un peu en rond à mi-parcours, probablement pour nous faire prendre conscience de la gravité et la profondeur du problème, mais tout de même. Ça n’en reste pas moins une satire savoureuse et très réussie.

Pierre : 3/10

The Mafia is not what it used to be anymore est le seul mockumentaire en compétition cette année à Venise. Normal, ce n’est de toute façon pas un genre que l’on retrouve très souvent dans ce genre de festival. La sélection de celui-ci devait donc probablement sous-entendre qu’il était particulièrement bon, sinon exceptionnel. Il n’en est absolument rien si on le compare à l’étalon-maître du genre, C’est Arrivé Près de Chez Vous. Satire du double discours relatif à la lutte contre les mafias en Italie, on suit une photographe cherchant à commémorer l’assassinat de deux juges ayant lutté contre les mafias et les difficultés auxquelles elle fait face. On lui dit oui bien sûr, mais dès qu’il s’agit de réellement montrer que l’on est opposé à cette emprise de la mafia sur la société italienne, on ne peut plus rien faire. Le propos est donc intéressant sur le fond mais la forme est tout simplement insupportable. Le réalisateur compile pendant 1h40différentes versions la même séquence en boucle : la question posée de très nombreuses fois à différents personnages : « Pourriez-vous affirmer publiquement que vous êtes contre la mafia ? » La réponse est évidemment toujours non, avec des justifications plus ou moins cocasses. Entre ces séquences, on en trouve notamment une autre où l’on se moque à répétition d’un chanteur qui est tout sauf juste et talentueux. Aucun intérêt. Dommage pour un sujet aussi important.

Waiting for the Barbarians, de Ciro Guerra

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Mathias : ?/10

Dormi 1h sur 1h45. Impossible d’écrire dessus. Veuillez m’excuser.

Pierre : 3/10

Dernier film vu à Venise, Waiting for The Barbarians a conclu cette Mostra 2019. Waiting for The Barbarians ou comment finir en eau de boudin. Prenant place dans une ville frontière de l’empire britannique fin dix-neuvième/début vingtième siècle, on y rencontre un gouverneur qui s’efforce de maintenir une relation paisible avec les barbares. Arrive un colonel persuadé que lesdits barbares représentent une menace, rompant l’équilibre fragile préexistant. Sur fond de romance métisse, le long-métrage à surtout pour objectif de faire une critique de la colonisation. Oui sauf que Terrence Malick et Walt Disney sont déjà passés par là avec deux versions différentes de Pocahantas et ont bien mieux réussi. Sans intérêt pendant plus d’une heure (sur deux heures de film ça fait quand même beaucoup), ça ne décolle jamais et on reste au ras des pâquerettes, aussi bien scénaristiquement qu’au niveau de la mise en scène. Rajoutez un trio d’acteurs formidablement en sous-régime (Mark Rylance, Robert Pattinson et surtout Johnny Depp, plus affligeant que jamais) et vous aurez la recette parfaite du film que vous regretterez d’avoir vu. Il y a presque là de quoi voler le titre de plus mauvais film de la Mostra 2019 à Guest of Honour.

À demain pour notre débriefing du palmarès !

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