Mostra de Venise : Jour 3 et 4

Deux nouvelles journées riches en émotions au Festival de Venise. Voici nos avis sur les films vus.

The Laundromat, de Steven Soderbergh

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Mathias : 7/10

Nouveau film de Steven Soderbergh, cinéaste éclectique qui s’attaque ici au scandale des Panama Papers à travers le combat d’une victime qui a perdu son mari dans un accident de bateau, et interprétée par Meryl Streep. Un film qui se veut didactique, tout l’opposé du Costa Gavras, et qui aborde l’économie mondiale de façon presque ludique mais toujours avec cet humour corrosif propre à Soderbergh. C’est donc un film très drôle, mené tambour battant par les deux piliers de cette affaire, incarnés avec brio par le duo Gary Oldman-Antonio Banderas. Un brûlot satirique contre l’économie mondialisée et l’évasion fiscale servi par un parterre de stars (on trouve aussi Sharon Stone, Matthias Schönaerts etc), qui joue fortement sur sa dimension méta en mentionnant le réalisateur du film prétendument évadé fiscal ou en se terminant sur le plateau du film dénué de décor. Ce sont les riches qui se moquent encore le mieux des riches. Sans surprise, Meryl Streep crève l’écran et Soderbergh sublime ses acteurs à travers une mise en scène léchée. Reste que le récit manque parfois de clarté (notamment sur l’affaire chinoise), mais rien de bien méchant.

Pierre : 7/10

Deuxième film de Steven Soderbergh pour Netflix après High Flying Bird, The Laundromat raconte les coulisses de l’affaire des Panama Papers. Présenté et raconté par Gary Oldman et Antonio Banderas (qui cabotinent comme jamais pour notre plus grand plaisir), le long-métrage séduit tant par sa forme que par son fond. Pourtant, tenter de narrer ce scandale financier sans précédent n’était pas un objectif simple et il aurait été facile de s’y casser les dents. Mais la performance des acteurs et la mise en scène très pop (mention spéciale pour la scène d’intro, extrêmement réussie) rendent le film très accessible et permettent à un néophyte complet de s’intéresser au sujet. C’est sans doute aussi le défaut principal du film : ce traitement avec humour et la simplification de l’histoire rendent parfois la compréhension du scandale difficile, particulièrement lors des transitions entre les différentes parties du film. Enfin, on pourrait éventuellement regretter un certain manichéisme mais il est nécessaire dans un film aussi engagé et décalé. Avec une scène finale particulièrement savoureuse, le metteur en scène américain signe donc ici une bonne copie, diamétralement opposée, tant sur le fond que sur la forme, à celle rendu par Costa-Gavras dans Adults in the room.

N°7 Cherry Lane, de Yonfan

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Mathias : 2/10

Les mots manquent pour qualifier ce naufrage animé. Cherry Lane, qui nous vient de Hong Kong, est une étude grossière, clichée et pathétique du désir, notamment des quadra. Il met en scène un étudiant qui se retrouve pris dans un triangle amoureux entre l’élève à qui il donne des cours et sa mère. À mi-chemin entre le Hentai et Cinquante Nuances de Grey, le film se révèle très mauvais quand il n’est pas gênant. La qualité d’animation laisse franchement à désirer et selon une volonté étrange du réalisateur, les personnages se déplacent et parlent à une vitesse anormalement faible. Cet effort de lenteur ne fait que rajouter au malaise alors que les scènes affligeantes se multiplient, du simple rêve érotique (déjà risible) à l’étudiant sexy qui se fait lécher le téton par le chat familial. Seul point positif du film : la musique, franchement réussie. On n’en tire donc rien de nouveau, mais pire encore on n’en tire rien d’interessant. De la psychologie de comptoir, soporifique à souhait et particulièrement agaçante. À éviter de toute urgence.

Pierre : 5/10

Devant une salle aux trois quarts vide, nous avons assisté ce matin au spectacle No 7 Cherry Lane. Film d’animation hongkongais réalisé par Yonfan, on y suit la vie de Ziming, un jeune japonais étudiant la littérature anglaise et à qui tout sourit. Il rencontre bientôt Mme Yu et donne des cours à sa fille, Meiling. Le film raconte le triangle amoureux se mettant en place entre ces trois personnages. D’une infinie lenteur, notamment dans l’animation, le film en rebutera plus d’un (la moitié des personnes présentes se sont endormies ou ont quitté la salle avant la fin de la projection). Pour autant, le film n’est pas dénué d’intérêt et il explore de façon très intéressante les fantasmes d’une femme quarantenaire attirée par un étudiant de 20 ans son cadet, d’ailleurs non sans rappeler La Nouvelle Rêvée d’Arthur Schnitzler. Les cadres sont souvent réussies et la formidable musique rendent le film particulièrement agréable à regarder si l’on réussit à adhérer au rythme. Oui mais voilà, cela ne fait pas tout et le film est doté d’un scénario particulièrement vide et est truffé de symbolismes et d’images abscons pour quiconque ne connaît pas la culture locale. Allez le voir, pourquoi pas, mais buvez un café avant ou vous dormirez deux heures durant.

 

Martin Eden, de Pietro Marcello

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Mathias : 6/10

Troisième adaptation du célèbre roman de Jack London, Martin Eden version 2019 dépoussière le héros misanthrope et en livre une version plutôt bien fichue. On y suit un jeune marin peu cultivé qui se plonge dans la littérature pour séduire une jeune bourgeoise. Côté réalisation, Pietro Marcello produit une œuvre qualitative, à la mise en scène soignée et patinée pour lui donner un aspect pellicule. Globalement, costumes et décors sont assez réussis et le casting est au niveau du roman. Si le film parvient à rester assez proche du livre, il n’évite pas pour autant les travers de l’adaptation car Martin Eden est avant tout un roman basé sur la psyché de son personnage principal. Mais dans le genre, le film s’en sort plutôt honorablement. Si l’acteur principal en fait parfois un peu trop, il parvient tout de même à s’imposer dans le rôle de cet antihéros. En somme, un film sympathique, pas mémorable mais plutôt agréable à voir.

Pierre : 6/10

L’un des trois films italiens en compétition officielle à cette Mostra 2019 est Martin Eden, adaptation du roman éponyme de Jack London. Réalisé par Pietro Marcello, on y suit, comme dans le roman de Jack London, l’ascension sociale du jeune marin Martin Eden à travers l’éducation puis l’écriture. Globalement, le film est plutôt réussi, les acteurs sont tous très corrects (même si l’acteur principal, Luca Marinelli, en fait parfois trop) et la mise est globalement léchée. Toutefois, le metteur en scène force trop sur l’aspect rétro qu’il veut donner au film, et semble avoir rajouté du grain à l’image en post-production, ce qui donne un rendu un peu ridicule. De plus, on a parfois l’impression d’avoir de légers anachronismes (sur les voitures notamment), ce qui dérange sensiblement lors du visionnage. Le vrai point fort du film vient de son matériau de base, on éprouve tour à tour empathie et lassitude pour ce personnage misanthrope en lequel tout un chacun se reconnaîtra un peu. Pas un grand film, mais il vous donnera à coup sur envie de découvrir le livre si vous ne l’avez jamais lu.

The King, de David Michôd

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Mathias : 8/10

Et si Netflix tenait enfin son grand film ? Présenté en hors compétition, The King aurait mérité sa place dans la sélection officielle. Tout y est favorable : une réalisation très soignée, des acteurs impeccables, un rythme soutenu et haletant… La copie des David Michôd est plus que soignée. Le film a su avec justesse tirer le meilleur de trois pièces de Shakespeare pour pondre cet hybride, entre film médiéval, film de guerre et film politique. A l’aise dans tous les registres, le film s’avère aussi particulièrement bien écrit pour que chaque partie soit équilibrée et n’empiète pas sur l’autre. Les scènes de combat sont pour une fois très crédibles (même si beaucoup inspirées de Game of Thornes…). Chalamet, Edgerton et tous les autres livrent une performance quasi parfaite, pour nous livrer 2h30 de spectacle décoiffant, passionnant et rudement bien mené. Si la réalisation est de facture très classique, elle s’avère néanmoins efficace et léchée. Seul petit bémol : le film n’est jamais surprenant. Difficile pour un film d’histoire me direz vous ? Difficile n’est pas impossible. Mais si l’on n’accepte de ne pas être surpris, le film se savoure avec un plaisir non dissimulé.

Pierre : 8/10

David Michôd présente cette année en hors compétition The King, adaptation de Henry IV et Henry V de Shakespare. On y retrouve donc Henry V, d’abord fils quasi renié par son père, qui devient finalement roi d’Angleterre avant d’entrer en guerre contre le Royaume de France. Porté par un casting quatre étoiles (Joel Edgerton, Ben Mendelshohn mais surtout Timothée Chalamet, royal), le long-métrage est à la fois un film de guerre, un film politique et un buddy-movie (oui on exagère un peu mais l’amitié entre Henry V et Sir John Falsfaff est malgré tout très touchante). Malgré une mise en scène somme toute très classique, le réalisateur australien nous conte une belle fable faite de cadres à la lumière très travaillée et de transitions tout en fondu enchaîné. Le film est long, presque 2h20, mais le rythme est très bien travaillé et on ne s’ennuie à aucun moment. On déplorera toutefois le rôle du Dauphin de France attribué à Robert Pattinson, ridicule avec son faux accent français ultra prononcé et en totale roue libre. Défaut tout à fait mineur, il n’empêche que The King est, à défaut d’être l’un des plus originaux, l’un des films les plus réussis de cette sélection.

À venir : des navets de fin de festival, tenez vous prêts !

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