Mostra de Venise : Jour 1 et 2

Récit de deux journées bien remplies à la Mostra de Venise, avec l’avis de nos deux reporters pour chacun des films vus. 

 

Seberg, de Benedict Andrews 

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Mathias : 6/10

« Biopic », s’il en est, sur Jean Seberg, actrice iconique d’À bout de souffle de Godard, Seberg met en vedette Kristen Stewart dans le rôle de l’actrice en question. Une prestation plutôt très convaincante pour l’ex de Twilight qui incarne ici une figure du cinéma français, partagée entre ses engagements pour les droits des noirs aux États Unis et sa notoriété nouvelle qu’elle peine à gérer. Le reste du casting s’en sort aussi plutôt bien, même le frenchy Yvan Attal qui incarne le mari de Jean Seberg. Mais le film manque globalement de rythme et les événements s’enchaînent sans vrai liant si ce n’est la paranoïa (justifiée) de l’actrice. Côté réalisation, Benedict Andrews soigne sa copie et ses cadres mais l’ennui se fait tout de même sentir au milieu du film. Pas mal pour un deuxième film.

Pierre : 5/10

Benedict Andrews nous livre avec Seberg son deuxième film, présenté en hors compétition à la Mostra de Venise 2019. Soyons honnêtes, ce film ne révolutionne pas le genre du biopic puisque l’on suit bien sagement les pérégrinations de Jean Seberg à Hollywood entre 1968 et 1972. Campée par une Kristen Stewart peu inspirée et souvent en surjeu, on ne dépasse pas souvent le niveau d’un thriller très moyen. Bien que le sujet du long-métrage soit son soutien manifeste aux mouvements de lutte pour les droits civiques des noirs aux Etats-Unis et l’enquête du FBI qui en a résulté, on s’ennuie bien vite et on se demande si on aurait pas mieux fait d’aller voir autre chose. Reste que, malgré une réalisation assez classique, le metteur en scène compose quelques uns de ses cadres de façon remarquable. Enfin on ne boudera pas notre plaisir de voir débarquer notre Yvan Attal national en un Romain Gary mari de Jean Seberg. Bref, un film au final très oubliable.

 

J’accuse, de Roman Polanski

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Mathias : 8/10

Presque sans faute pour ce Polanski plutôt abrupt, tant dans sa réalisation que dans son traitement. Le réalisateur sait poser sa caméra et n’hésite pas à se rappeler au souvenir de ceux qui le croyaient fini. Un film sur l’affaire Dreyfus, sans sentimentalisme ni grandiloquence, proche des faits et palpitant de bout en bout. Sans musique ou presque, Polanski parvient à nous toucher tout en délicatesse, en montrant la fragilité de l’homme sous les grades de l’armée. Côté casting, toute la Comédie Française ou presque est réunie, donc le niveau est élevé. Jean Dujardin et Louis Garrel sont tous deux particulièrement bluffants. Polanski réussit donc à nous passionner pour une histoire dont tout le monde connaît le déroulement et l’issue. Si le film lui tenait autant à cœur, c’est aussi parce que cette affaire fit ressortir en son temps l’antisémitisme latent de toute une partie de la population française, lui-même étant juif. Cependant, on ne peut s’empêcher de voir dans cette analyse d’une erreur judiciaire une tentative pour Polanski de se comparer à Dreyfus. Intentionnelle ou non, cette sensation gâche un peu le plaisir du long métrage, au demeurant très réussi.

Pierre : 8/10

Roman Polanski. La simple annonce de son dernier film en compétition à la Mostra a créé un petit scandale, Catherine Deneuve ayant de son côté appelé à différencier l’homme de l’artiste. Après visionnage, il apparaît toutefois bienheureux que le directeur du festival ait insisté pour avoir J’accuse ! en compétition officielle. Il s’agit en effet d’un film majeur du cinéaste polonais. Toujours très investi dans la cause juive, il prend ici le parti de raconter la machination de l’affaire Dreyfus du point de vue du colonel Picquart. Jamais grandiloquent malgré l’ampleur du sujet, le metteur en scène réussit le tour de force de nous captiver de bout en bout et referme petit à petit le piège sur le personnage principal, sans pour autant faire de son film un banal thriller. Les acteurs sont tous formidables, Jean Dujardin et Louis Garrel en tête (un prix d’interprétation pour un des deux ne serait clairement pas volé). Les costumes sont magnifiques et sublimés par les cadres de Polanski, tout plus réussis les uns que les autres. Seul gros bémol, les transitions de la première partie du film font plus penser à un épisode d’Hercule Poirot qu’au dernier né de Polanski. En tout cas, c’est un film à ne surtout pas manquer.

 

Ema, de Pablo Larrain 

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Mathias : 7/10

Drôle de film que le dernier né de Pablo Larrain (déjà réalisateur du très réussi Jackie). À mi-chemin entre Sexy Dance, Verhoeven et Winding Refn, le cinéaste chilien concocte une fable sociale sur un couple de danseurs qui traverse une crise alors que leur enfant adoptif commet un geste grave. Un film suave et prenant, qui confirme le talent de son réalisateur, tant la mise en scène est soignée. Esthétique sans être excessive, Larrain sublime son Chili natal et compose des plans de toute beauté. Le casting n’est pas en reste, entre un Gael Garcia Bernal très convaincant et la révélation Mariana Di Girólamo. Reste qu’on peine vraiment à saisir le message du film, bien que l’on sente qu’il ait quelque chose à dire. Peut être s’agit il d’un beau portrait de femme, qui doit s’affranchir de toutes ses contraintes et s’accomplir en tant que femme pour réussir à être une mère et une petite amie. Peut être même est ce une célébration de la féminité (au sens propre) comme nécessaire au bien être. Quoi qu’il en soit, c’est réussi, bien qu’un chouïa trop sinueux.

Pierre : 6/10

Suite à Jackie, déjà présenté en compétition en 2009, Pablo Larraín revient à Venise pour présenter Ema. Difficile de décrire ce film, tant on a du mal à en comprendre le but. Ema est une jeune danseuse pyromane ayant adopté un enfant avec son compagnon puis l’ayant abandonné après qu’il ait volontairement essayé de brûler sa sœur (oui oui on vous promet, on n’invente rien). Porté par Gael Garcia Bernal et Mariana Di Girólamo, le long-métrage semble au premier abord très abscons tant on ne voit pas où le réalisateur chilien veut en venir. Il alterne des scènes de danse, de sexe, de dispute, d’incendies en une sorte de grand maelström assez indigeste, bien que superbement réalisé. On y verra sûrement un message très féministe en sous-texte, mais l’absence de scénario rend le tout difficilement regardable par moment. À voir pour son esthétique seulement donc.

 

Joker, de Todd Phillips 

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Mathias : 8/10

Très attendu à la Mostra, Joker n’a pas manqué de transporter le public. Longuement applaudi à la fin de la projection, le film mérite les honneurs qu’on lui fait tant il réussit son pari, à savoir livrer un portrait nuancé de l’un des méchants les plus connus du monde des super héros. Lourde tache que de reprendre le flambeau après Heath Ledger (Jared Leto s’y était déjà cassé les dents). Mais sans surprise, Joaquin Phœnix trouve sa propre voie et livre une prestation infaillible et brillante. Côté mise en scène, Todd Phillips fait un quasi sans faute et accouche d’un film sombre, maîtrisé et particulièrement soigné. En ajoutant une dimension sociale au scénario, le film se fait tout autant le portrait d’une époque que d’un monstre, qui sont le reflet l’un de l’autre. On a presque pitié pour le Joker, cet enfant maltraité, cet homme moqué, cette idole des temps modernes. On retrouve à travers cette histoire une critique de la société actuelle, sans oublier d’y voir un parallèle avec la montée des fascismes. Défi relevé pour Joker donc, qui a su évolué au delà de son cadre héroïque pour transcender son sujet.

Pierre : 6/10

Probablement le film le plus attendu de cette sélection par le grand public, le Joker de Todd Phillips a reçu des critiques dithyrambiques et une standing ovation remarquable. Précisons d’emblée que cela n’a rien à voir avec les films proposés par DC Comics ces dernières années. Budget plus restreint, scénario particulièrement poussé et mise en scène moins lisse sont tous au rendez-vous dans ce film que beaucoup décrivent déjà comme un chef-d’oeuvre. Ne nous emballons pas, il s’agit là d’un bon film racontant l’origin story de la Némésis de Batman. Le sous texte sur le ras-le-bol du peuple ignoré par ses dirigeants est intéressant mais on est loin d’atteindre des sommets du genre. Joaquin Phoenix livre lui une prestation incroyable qui semble lui ouvrir tout droit le chemin des Oscars. Toutefois la réalisation est too much et le film n’est souvent pas passionnant. On saluera l’humanité avec laquelle est traitée le personnage, on a bien de la peine pour lui, mais cela n’en fait pour autant pas un grand film. Ça se laisse regarder mais ça s’oubliera assez rapidement.

 

Adults in the Room, de Costa-Gavras

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Mathias : 6/10

Costa Gavras le patriote est de retour avec un film éminemment politique sur la gestion de la crise grecque en zone euro. Avec en vedette le gouvernement nouvellement nommé de Tsipras, et notamment son Ministre des Finances, le franco-grec donne à voir les coulisses d’une négociation âpre entre l’Union Européenne et la Grèce lourdement endettée. Un film très complexe pour qui n’a jamais fait de droit européen, mais plutôt passionnant et bien fichu. Côté réalisation, rien de folichon mais une maitrise de tous les instants. Le format documentaire participe au côté haletant du film, même s’il se perd parfois dans les détails techniques qui n’intéresseront que les spécialistes du droit de l’Union. Costa Gavras rend aussi hommage à son pays à travers la musique, plutôt réussie et la dernière scène (métaphorique) clôt le film à la perfection. Malheureusement son film laissera probablement hermétique les non juristes tant il est technique, et le parti pris pro-grec pourra déranger les plus fervents supporters de l’Union Européenne. Un poil de pédagogie aurait été le bienvenu.

Pierre : 7/10

Rude film que le dernier-né de Costas Gavras. Narrant la crise grecque et le « sauvetage » du pays par la Troïka, le cinéaste franco-grec exprime ici tout son désamour pour cette Union Européenne ayant imposé des mesures d’austérité qu’il juge complément ubuesques. On suit Alexis Tsipras et le ministre des finances grecques dans cette fiction qui est loin d’être accessible à tous. De solides notions d’économie et droit européen seront nécessaires pour comprendre tous les aspects de ce qui est dénoncé comme étant une crise humanitaire sans précédent. Filmé de façon quasi documentaire, le film est très engagé et tombe parfois dans le manichéisme avec les gentils grecs d’un côté et les méchants européens de l’autre. Toutefois, le film mené tambour battant permet de comprendre tout un tas de règles, protocoles et jeux de pouvoirs influant sur le fonctionnement de l’Union Européenne, jusqu’à une scène finale grandiose résumant très bien cette crise.

 

Wasp Network, d’Olivier Assayas

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Mathias : 3/10

Assayas a du talent mais il est souvent inégal. Au sommet avec Sils Maria et Personal Shopper, le cinéaste a déçu avec Doubles Vies mais il tombe cette fois carrément dans le raté total. Au programme, un cercle d’espions pro-Castro infiltrés dans des groupes anti révolutionnaires aux États Unis. Assayas construit un récit beaucoup trop éclaté, trop lisible quand il n’est pas illisible, avec des personnages auxquels il est très difficile de s’attacher. Seule Pénélope Cruz inspire un peu de sympathie, malheureusement elle n’arrive qu’après les trois quarts du film. Les autres sont interchangeables voire détestables. Le point de vue d’Assayas semble étrangement pro-cubain, et même si l’on peut penser que le cinéaste voulait juste apporter de la nuance en montrant que dans les deux camps se dégageaient des intérêts légitimes, difficile de penser que le film est neutre. La réalisation est soignée mais quelque peu fade, à coup de fondus au noir chers au réalisateur et de séquences d’action maladroites si ce n’est dénuée d’intérêt. On a patiemment attendu que le film décolle, mais 2h10 durant l’avion cubain sera resté au sol. On en ressort avec l’impression que ça a duré le double, ce qui est rarement bon signe.

Pierre : 4/10

Quelle ne fut pas notre déception au sortir du nouveau film d’Olivier Assayas. Pourtant, sur le papier, Wasp Network avait tout pour nous ravir : une histoire d’espionnage sur fond de communisme Cubain, réalisé par Olivier Assayas et avec au casting Penelope Cruz, Edgar Ramirez ou Ana de Armas. Toutefois, malgré 30 premières minutes exposant très bien le cadre, le film ne décolle jamais et on sort de la séance en se demandant si ce qu’on vient de voir a bien duré deux heures et non pas cinq. On s’ennuie ferme malgré un scénario intéressant qui aurait pu être bien mieux traité. Le twist au milieu du film aurait pu servir à redonner du rythme à un film en perte de vitesse mais il n’en est rien et on somnole de plus en plus à mesure que le film avance. Les acteurs ont beau tous jouer très correctement, leur performance passe inaperçue tant les personnages sont mal traités. La réalisation n’a rien d’extraordinaire non plus et on se demande s’il s’agit bien là du même réalisateur que qui a signé Sils Maria ou Personal Shopper, pour ne citer qu’eux. Reste la musique, assez sympathique pour être signalée. Mais cela ne sauve pas le film du naufrage.

A demain pour de prochaines aventures !

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