Elisabeth Moss : Une actrice est née

Habituez vous à entendre son nom car Elisabeth Moss est l’une des actrices les plus talentueuses de sa génération (n’ayons pas peur des mots). A 36 ans, l’américaine fait ses débuts en tant que premier rôle au cinéma. Pourtant, sa carrière a commencé il y a bien longtemps puisqu’elle avait seulement 14 ans lors de son premier grand rôle à la télévision. Mise en lumière plus tard par la série Mad Men, dans laquelle elle incarne Peggy entre 2007 et 2015, Elisabeth Moss explose véritablement en incarnant June, l’héroïne de la série acclamée par la critique The Handmaid’s Tale. Une prestation qui lui vaudra des retours dithyrambiques et lui ouvrira les portes d’une carrière dont elle choisit chaque projet avec soin. Retour sur le parcours atypique d’une actrice dominatrice.

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Une révélation du petit écran 

C’est tout d’abord en incarnant la fille du président dans la série « A la maison Blanche » que la jeune Elisabeth se fait remarquer. Dix ans durant, elle campera Zoey, la fille de Martin Sheen dans la série. L’occasion pour elle de se frotter à des grands acteurs comme son père de fiction ou Allison Janney (Oscar du meilleur second rôle en 2017). En parallèle, Moss joue dans des productions mineures au cinéma, de petits rôles souvent.

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Elle est ensuite choisie en 2007 pour incarner Peggy dans la série Mad Men, aux côtés de Jon Hamm ou encore Christina Hendricks. Véritable succès, à la fois critique et public, la série la place sur le devant de la scène, même si elle n’incarne pas le personnage principal. L’ensemble du casting gagne d’ailleurs de nombreuses récompenses, en tant que « Meilleure distribution », mais la jeune Elisabeth n’est pas encore honorée pour son talent individuel.

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La solution à ce problème viendra d’Australie, avec la réalisatrice Jane Campion (seule femme à ce jour à avoir jamais remporté une Palme d’or). Celle-ci lui confie en effet le rôle titre de sa série Top of the lake, aux côtés de Gwendoline Christie (Game of Thrones), Holly Hunter (La Leçon de Piano) et Nicole Kidman notamment. Une série profondément tournée vers la femme dans laquelle Elisabeth Moss incarne une inspectrice chevronnée qui chaque saison mène une enquête différente, et qui, avant même le mouvement Me Too, donnait une sacrée leçon de féminisme à un milieu largement dominé par les hommes. Campion y explore les figures de la mère, de l’épouse ou de l’adolescente sans jamais s’échouer sur les rochers du stéréotype. Un tour de force, qui préparera Elisabeth Moss au rôle qui fera d’elle une véritable star.

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The Handmaid’s Tale, ou la consécration 

Adaptation d’un roman (formidable) de la canadienne Margaret Atwood, The Handmaid’s Tale a pris tout le monde de court en 2017. Distribuée par Hulu, la série dystopique met en scène en monde où les Etats-Unis sont devenus une dictature religieuse du nom de Gilead après une crise de la natalité sans précédent, et où les femmes sont divisées en catégories bien définies (quand elles sont utiles à la société tout du moins) : épouses, marthas (comprenez servantes), éconofemmes (peu mises en avant dans la série, elles sont les épouses des hommes pauvres), tantes (chargées de l’éducation) et les servantes (dernières femmes encore capables d’enfanter). Les servantes (ou handmaids en anglais) sont attribuées à un couple, et violées régulièrement par leur Commandant dans le but de tomber enceinte et offrir au couple qui la possède le fruit de cette naissance. 

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De ce roman, Bruce Miller tire une série terriblement effrayante, mais surtout très éprouvante à regarder (rappelez vous la fin de l’épisode 1 saison 2…), qui résonne d’autant plus depuis l’élection de Donald Trump et les récents bouleversements que connait le pays en matière de droit à l’avortement. Une série qui se rapproche dangereusement de la réalité, et donne à voir un futur plombant où la femme n’est plus qu’un objet, peu importe sa condition sociale. En plus de cette matière première passionnante, la série peut aussi compter sur une réalisation particulièrement soignée et élaborée, une scénographie glaçante qui utilise à très bon escient les costumes rouges de ses servantes, ainsi qu’une bande originale choisie avec soin, toujours adaptée et corrosive comme il se doit (cf l’épisode 9 de la saison 3 et son utilisation judicieuse de la chanson « Heaven is a place on earth » de Belinda Carlisle). 

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Mais si la série est aussi réussie, c’est surtout grâce à son incroyable interprète principale, Elisabeth Moss. Elle y incarne l’héroïne, une servante prénommée June mais renommée Offred par Gilead, ou Defred en français (car elle appartient au Commandant Fred, elle est donc la propriété « de Fred » ou « of Fred »). Son interprétation d’une femme objet, violée, torturée, isolée mais qui jamais ne perdra espoir et continuera à chercher la lumière dans un univers aussi sombre que Gilead lui vaudra de très nombreuses récompenses (Golden Globe, Emmy et bien d’autres) ainsi que des critiques plus qu’élogieuses et unanimes.

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Elle s’y révèle profonde, expressive et juste à chaque instant. Le rôle d’une vie pour cette féministe convaincue, qui ne manquera pas de vous faire verser une larme sans avoir à prononcer un seul mot. Si tout le reste du casting est tout aussi excellent (on pense à la troublante Yvonne Strahovksi ou Ann Dowd, la glaçante Tante Lydia), la série met véritablement en lumière Elisabeth Moss en tant que grande actrice, capable de tout jouer, tout faire paraître. Et c’est ce rôle qui lui ouvrira les portes du cinéma, monde qu’elle n’avait jusque là que trop peu exploré. 

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A la conquête du cinéma

Depuis sa consécration avec The Handmaid’s Tale, Elisabeth Moss multiplie les apparitions au cinéma aux côtés de grands noms ou futurs grands noms. Ainsi, on a pu la voir aux côtés de Robert Redford dans The Old Man and the Gun, chez Jordan Peele pour Us, dans la Palme d’Or The Square de Östlund et prochainement chez Wes Anderson dans The French Dispatch. Mais c’est surtout avec Her Smell que l’actrice américaine risque de faire parler d’elle. 

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Dans ce film d’Alex Ross Perry, Elisabeth Moss incarne la chanteuse d’un groupe de rock qui ne parvient plus à toucher terre et part en vrille alors que le groupe est sous pression. Un film construit en cinq actes, cinq scènes, et qui fonctionne donc comme une pièce de théâtre, offrant une chance à l’actrice de faire montre de tout son talent. Elle s’y révèle fragile comme incroyablement forte et livre une interprétation en perpétuel mouvement, habitée et plus que convaincante 2h15 durant. Autour d’elle, on retrouve Cara Delevingne, Ashley Benson ou encore Amber Heard, et si le film surprend par son énergie folle, il ne serait rien sans la performance (aussi bien physique que chantée) d’Elisabeth Moss, qui n’a certainement pas fini de brûler les planches.

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Avec Her Smell donc, une grande actrice est née (au cinéma), mais ceux qui ont eu le privilège de suivre June dans sa rébellion contre la phallocratie religieuse de Gilead le savaient avant tout le monde. Une carrière à suivre de très près, à n’en pas douter. 

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