Euphoria, ou l’enfer des paradis artificiels

Rares sont les séries (ou films) pour adolescents qui parviennent à capter la réalité de ce qu’est la jeunesse. Peut-être parce qu’elles ne sont jamais réalisées par de véritables acteurs de cette jeunesse, ou peut-être parce qu’elles aiment idéaliser ce qu’elle est. Toujours est-il qu’Euphoria, comme Skam avant elle, fait partie de celles qui ont vu juste au sujet de l’adolescence.

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Inspirée d’une mini série israélienne, Euphoria, créée par Sam Levinson, produite par Drake et distribuée par HBO, est une plongée fascinante dans la psyché adolescente, qui ne s’impose aucune limite et montre l’addiction sous toutes les formes possibles et imaginables. Une jeunesse qui n’a plus aucun tabou et qui est paradoxalement bourrée de complexes, exposée de toutes parts, sur les réseaux sociaux notamment. Mais aussi et surtout une jeunesse confrontée à toutes sortes d’addictions, certaines dont elle n’a même pas conscience, d’autres qu’elle s’impose volontairement : écrans, réseaux sociaux, substances en tout genre (la fameuse Molly), sexe, applications de rencontre, porno, ragots, soif de sang et tant d’autres.

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La série aborde aussi de front mais avec une facilité déconcertante la question de la quête d’identité, notamment sexuelle. Elle le fait comme la jeunesse d’aujourd’hui le ferait : de façon aussi décomplexée que naturelle, mais pas sans difficultés. Les traditionnels clichés du monde lycéen américain sont soigneusement mis en pièces, pour faire renaitre sur les cendres encore chaudes du stéréotype un portrait fidèle et imparfait de la jeunesse. La série ne se bride pas et traite le sexe comme les autres sujets, de manière frontale et non dissimulée (au sens propre du terme). On avait rarement vu autant de pénis à la télévision américaine (cf cette scène dans les vestiaires des garçons). Cette overdose phallique a quelque chose de rassurant, elle est le signe que toute liberté n’a pas encore été absorbée par la bigoterie et le bien pensant qui infuse la télévision américaine.

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La fameuse scène du vestiaire

Au-delà de son côté « trash » assumé, la série traite ses personnages avec une empathie qui a le don de la rendre digeste. Sans cela, Euphoria n’aurait été qu’un long trip sous acides franchement difficile à regarder. Mais au milieu de toutes ces drogues, on sent poindre une lumière à travers les nuages épais des démons adolescents, lumière que l’on croit être  l’humanité. Maintenir ces faisceau de droiture sans tomber dans la niaiserie, c’est la force d’Euphoria. Elle tire ses personnages des pires situations sans paternalisme ni sentimentalisme. Un portrait terriblement fidèle d’une adolescence livrée à elle-même qui ne sait que faire de cette liberté nouvelle, comme un enfant à qui on donnerait une arme espérant qu’il ne s’en serve jamais.

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Côté casting, la série a su faire des choix judicieux en mettant en vedette l’ex star de Disney Zendaya, aperçue récemment dans les nouveaux films Spider Man aux côtés de Tom Holland. Elle livre une prestation forte, habitée et particulièrement crédible en adolescente perdue, qui finira par apprendre de ses erreurs alors qu’avoir frôlé la mort lui fait autant d’effet que le décès de son poisson rouge. Un combat contre l’addiction interprété avec brio, qui casse définitivement son image de starlette Disney. Autre choix intéressant de la série : faire d’Eric Dane (aka D Mark Sloane dans Grey’s Anatomy) un Priape des temps modernes, idéal père de famille en apparence mais qui cache une sérieuse déviance sexuelle et une famille dysfonctionnelle derrière son image parfaite, comme la face sombre de son personnage dans la mythique série médicale.

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D’un point de vue formel, la série est aussi une franche réussite, réalisée avec le soin que l’on attendait d’une série HBO. Une réalisation colorée mais sombre, presque oxymoronique, à base de paillettes et de sueur, de lumière qui n’éclaire pas, entre réalisme exacerbé et monde onirique. Une identité visuelle très marquée qui contribue à faire de la série une reconstitution cruelle mais juste de l’adolescence, à mi-chemin entre l’apocalypse et les dramas du quotidien. Un examen cruel des paradis artificiels.

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