Years and years : la peur du lendemain

On tient peut-être là la meilleure série de 2019 et elle est britannique (comme bien souvent). Years and years, c’est son nom. Créée par Russell T. Davies, la série suit une famille sur plusieurs années avec d’importants sauts dans le temps, pour montrer la lente déliquescence de la société. Contrairement à toutes les dystopies existantes, Years and Years ne s’intéresse pas au résultat mais au processus qui mène au chaos. Pour ce faire, elle part de l’actualité existante (le Brexit, la crise des migrants, l’instabilité politique etc.) pour montrer comment ces évènements vont conduire à l’effondrement de la société.

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Et le résultat s’avère particulièrement effrayant et troublant. La série nous met le nez dans tout ce qui cloche. A travers le personnage de Vivienne Rook, une inconnue qui devient une star de la politique en osant employer le F word à la télévision britannique, la série fait la critique acerbe de la politique spectacle. Car Vivienne n’y connait rien, mais ses phrases choc et les atermoiements du Brexit ainsi que d’autres évènements qui lui seront favorables vont la conduire au sommet de l’état, un peu comme un certain Donald Trump finalement. Et la ressemblance de Vivienne Rook, interprétée par l’excellente Emma Thompson, avec Marine Le Pen est assez frappante, trop pour être fortuite. De plus son parti s’appelle The Four Star Party, probablement en écho au mouvement Cinq Etoiles, mouvance anti-système qui est arrivée au pouvoir récemment en Italie. C’est ainsi toute la politique contemporaine et incapable qui est écharpée à travers le personnage de Vivienne.

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Years and years s’attaque à tous les sujets de front et montre que ce n’est pas un seul événement mais plutôt une accumulation de crises qui conduiront à l’effondrement de la civilisation. L’évolution incontrôlée de la technologie, l’instabilité politique, l’afflux de migrants, une crise en Mer de Chine, le nucléaire, l’homophobie latente, l’uberisation de la société… la série est de tous les combats sans jamais s’éparpiller. Years and years fait peur, vraiment peur. Parce qu’à chaque instant le spectateur y croit et se dit que c’est plausible. Rien ne parait surfait, ni trafiqué. Tout est terriblement crédible, et donc terriblement effrayant. Comme un cross over entre House of Cards et Black Mirror qui durerait six heures. Un concentré anxiogène à l’extrême qui ne laisse pas le temps au spectateur de respirer puisqu’elle enchaine les années charnières de la crise, sans répit.

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A travers le portrait d’une famille composée de trois générations, on suit différents parcours, celui d’une jeune fille qui rêve de numériser son existence, celui d’un homosexuel qui perd l’amour de sa vie, noyé dans les flux migratoires, celui d’un couple qui perd tout dans la crise financière… Chacun d’entre eux est l’acteur, volontaire ou non, de ce qui conduira au désastre. L’écriture est purement brillante, et la dénonciation est de tous les instants. La réalisation plutôt nerveuse pour une série britannique étonne, surtout les choix musicaux. Chaque changement d’année est accompagné de hard rock sur un montage épileptique des événements que nous avons raté entre les différentes périodes explorées par la série, des passages qui se moquent allègrement des chaînes d’info en continu. Tout ça pour mener à une fin en apothéose, aussi prévisible que redoutée, aussi pessimiste qu’amère.

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A la fin du premier épisode, vous vous direz probablement que cela va mal finir, et vous saurez que vous avez raison. Years and years distille la terreur avec une lenteur à la limite du soutenable, mais elle joue parfaitement son rôle de lanceur d’alerte, car rarement on aura eu aussi peur de demain à la télévision.

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