Festival de Cannes : Jour 2

Deuxième jour de nos envoyés spéciaux au Festival de Cannes. 

Au programme ? A hidden life de Terrence Malick, Zombi Child de Bertrand Bonello et Parasite de Bong Joon-Ho. 

    1ère séance : A hidden life de Terrence Malick

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Marine : 9/10. Ici, tout est magistral. Les acteurs, la musique, la lumière, la réalisation… Malick laisse enfin de côté l’aspect abscons qui l’a tant desservi ces dernières années pour revenir à son style du début, celui qui a fait sa gloire. A nouveau, il montre qu’il n’est pas seulement un réalisateur mais qu’il est aussi un photographe, un peintre, un philosophe, un historien mais surtout et avant tout, un poète. A hidden life est la définition même du cinéma. Pas besoin de dialogues, pas besoin d’explications, seulement la puissance des images et les émotions qu’elles nous procurent. Il suffit d’un seul travelling avant suivant une moto en marche pour nous transmettre une pensée et nous bouleverser jusqu’aux larmes. A hidden life est un nouveau chef-d’oeuvre à ajouter au compteur du réalisateur américain, chef-d’oeuvre qui remportera, on l’espère, la Palme d’Or.

Mathias : 9/10. À la limite de se parodier lui-même selon certains critiques, Malick est de retour à Cannes 8 ans après sa Palme d’or pour Tree of Life. Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il revient en forme. Et avec un scénario. Car oui, même si ce n’est pas le point fort de Malick, cette fois-ci il y a un semblant d’histoire, à savoir celle d’un homme qui refuse de s’engager dans l’armée allemande. Ni optimiste, ni pessimiste, le film se contente de poser un regard naturaliste sur l’histoire, voyant dans l’abnégation de l’homme une forme d’élévation. Malick tient toujours aussi bien sa caméra, et sublime les décors déjà somptueux des Alpes autrichiennes. Chaque plan est un régal pour les yeux, et cette fois ci les acteurs peuvent faire montre de leur plein talent. Moins de voix off, plus de dialogues, mais surtout cette bande originale exceptionnelle composée pour le film. Seul reproche : la longueur (2h57), pas toujours bien justifiée. Au delà de ça, vous frissonnerez probablement deux heures sur trois. Palme d’or en vue.

Pierre : 8/10. Terrence Malick. Probablement le nom ayant le plus d’influence dans le cinéma indépendant américain, voire mondial. Tous s’accordent à reconnaître le génie de ce faiseur dont le style ne ressemble à aucun autre. Mais depuis sa Palme d’Or pour The Tree of Life en 2011, les trois films suivants (A la merveille, Knight of Cups et Song to Song) du cinéaste texan ont bien plus divisé critique et public. Sa sélection en compétition cette année était faite avec la promesse d’un retour à une trame narrative plus forte. C’est une promesse tenue puisque l’on suit dans Une vie cachée le parcours de Franz Jägerstätter, objecteur de conscience refusant de prêter allégeance à Hitler durant la seconde guerre mondiale. Malick n’a pas perdu de son talent, sa mise en scène est toujours superbe et chacun des plans du film pourrait à lui tout seul être digne des plus grands concours de photographie. On reconnaît toujours le style du metteur en scène, avec ses personnages filmés en contre plongée, sa voix-off et ses plans de coupe sublimes à tout bout de champ. Il innove très peu à ce niveau, hormis une scène tournée en caméra subjective, qui surprend mais ne fait pas tâche pour autant. La bande originale signée James Newton Howard est remarquable et magnifie cette histoire tragique sans jamais tomber dans le pathos. Seule ombre au tableau, le film aurait peut-être gagné à être raccourci de 20 à 30 min et on comprend mal l’alternance entre l’anglais et l’allemand dans le film. Mais on ne boude pas notre plaisir et on tient là un des favoris pour la Palme d’Or 2019, ce qui ferait de Terrence Malick le dixième cinéaste doublement palmé. Une évidence pour un cinéaste si précieux.

 

2ème séance : Zombi Child de Bertrand Bonello 

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Marine : 2/10. Attention Nanar en vue. Tout est mauvais. Les acteurs, les dialogues, le scénario, la réalisation. Zombi Child n’est qu’un montage alterné entre un zombie qui n’a rien d’un zombie que l’on voit marcher dans une forêt et une bande de lycéennes. C’est inintéressant, il ne se passe rien, tout est incohérent. Parfois, l’accent est mis sur des personnages sans qu’on ne les revoit après. Les dialogues sont si mauvais et si clichés que l’on a l’impression que le réalisateur a simplement tapé sur internet « Expressions de djeunes » pour ensuite nous pondre des phrases telles que « crari faut trop que j’aille chez citadium ». Les quelques points accordés sont donc pour nous avoir fait passer 1h40 de fous rires, avec une mention spéciale pour la scène de vaudou qui est de loin la scène la plus nanardesque qu’il m’ait été donné de voir.

Mathias : 4/10. À l’instar de Little Joe, on sentait en ce film de Bertrand Bonello, en compétition à la Quinzaine, un gros potentiel scénaristique. Finalement, c’est un peu décevant. La seule chose que le film provoque, c’est le rire, mais bien malgré lui. Suivant le parcours d’un groupe de filles en parallèle de l’ancêtre zombie de l’une d’elles en Haiti, le film manque le coche en nous servant des ados clichés (à coup de « crari » et de Damso), enchaînant les scènes gênantes et/ou incompréhensibles. Les zombies n’ont pas du tout l’air de zombies, et c’est un parti pris intéressant mais finalement le film n’aboutit à rien, pas d’explication satisfaisante ni même de semblant d’explication. Le scénario met des plombes à apporter quelque chose, pour finalement tout résoudre en quelques minutes sans que l’on y comprenne quoi que ce soit. Il semble y avoir un sous-texte sur l’esclavage, cependant trop abscons pour être entendu de tous. Les acteurs sont globalement mauvais, mais la réalisation de Bonello est appréciable. On n’a donc pas eu peur, mais on a beaucoup ri. Problématique, pour un « film d’horreur ».

3ème séance : Parasite de Bong Joon-Ho

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Marine : 9/10. Un énième chef-d’oeuvre au compteur du cinéaste coréen.

Mathias : 8/10. Toujours entre deux styles, Parasite fait partie de ces films durant lesquels on ne veut pas regarder sa montre (chose assez rare au festival de Cannes). Mi-comédie burlesque, mi-thriller, le film fasciné par sa capacité à nous happer dans son histoire pourtant assez banale au départ. Servi par un casting exceptionnel et au diapason, le film déroule son intrigue dans une fluidité rare, souvent drôle, parfois effrayant mais toujours saisissant de cruauté. Les personnages sont maltraités, manipulés, et finalement à travers cela c’est toute la société sud-coréenne que Bong Joon Ho dénonce. Une société qui relaie les plus pauvres au second plan et les fait vivre dans des caves à la limite du salubre (cf les toilettes de l’appartement), une société qui noie ses oubliés, au sens propre du terme. Musique impeccable, réalisation très appliquée et caractéristique du sud-coréen, le film n’a que des qualités ou presque. On regrette simplement de ne pas mieux connaître la société que le réalisateur dénonce, ce qui nous prive de certaines subtilités. Autrement, c’est excellent.

Pierre : 8/10. Après Okja snobé en 2017 à cause de la polémique Netflix, Bong Joon-Ho revient en compétition avec Parasite, produit et distribué de façon traditionnelle. Véritable satyre sociale bourrée d’humour noir, le film réussit une critique acerbe de l’organisation de la société coréenne sur fond de thriller haletant. Mise en scène, acteurs et actrices, musique, tous se plient en quatre au service de ce film-somme du réalisateur coréen. Petit bémol sur le sous texte du film : si certains éléments comme l’échelle sociale figurée par le sous-sol et la colline sont faciles à discerner, il est difficile de tout comprendre pour des européens qui ne sont pas familiers de la culture coréenne. Cela ne gâche pas le plaisir lors du visionnage du film mais laisse trop de questions en suspens une fois terminé pour ne pas le mentionner.

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