Festival de Cannes : Jour 1

Enfin arrivés à Cannes, nos trois envoyés spéciaux ont pu assister à leurs premières séances. Ces trois derniers étant d’accords, cinématographiquement parlant, une fois tous les 10 ans, nous avons choisis de condenser leurs avis, agrémentés de notes.

Au programme ? 5 films de la sélection officielle avec Matthias & Maxime de Xavier Dolan, Roubaix, une lumière d’Arnaud Desplechin, Le Lac aux oies sauvages de Diao Yinan, Little Joe de Jessica Hausner, et Portrait de la jeune fille en feu de Céline Sciamma. 

    1ère séance : Matthias & Maxime de Xavier Dolan

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Mathias et Maxime sont deux amis d’enfance dont la relation va se retrouver bouleversée après avoir échangé un baiser pour les besoins d’un court-métrage amateur.

Marine : 7,5/10. Drôle, touchant et beau, Matthias & Maxime est sans aucun doute le meilleur film de Xavier Dolan depuis Mommy. Le réalisateur québécois laisse enfin tomber l’habitude qu’il avait pris dernièrement de sans cesse filmer en gros plan pour une réalisation plus aérée, un véritable soulagement pour le spectateur. Certains plans sont splendides, les acteurs sont très bons, le film est simple et sans prétention. Une réussite.

Mathias : 5/10. Belle tentative de la part de Xavier Dolan pour se réinventer : le style évolue (adieu les gros plans en permanence), on respire enfin, et le ton est plus léger qu’à l’accoutumé. Oui mais voilà, comme Sisyphe poussant son rocher, Dolan retombe encore et toujours dans ses travers : 835 cigarettes fumées (oui, on a compté), un montage hyperactif qui dessert les scènes de conversation, ou encore une relation mère-fils compliquée. Dolan change de style mais ne lâche pas ses thèmes favoris, qui lui imposent de fait une mise en scène pathétique (au sens propre du terme) et lourdingue. Homosexualité et amour sont encore au cœur de son œuvre, ceci dit notons l’effort pour rendre le tout plus digeste. À noter dans ce sens, l’humour très présent qui fait un bien fou tant les autres scènes sont graves. Un tournant dans sa carrière, a annoncé le réalisateur québécois. Rien de plus qu’un léger virage, d’après ce que nous avons pu en voir.

Pierre : 5/10. Annonçons le d’emblée, ce film est visuellement relativement différent de tout ce que Dolan a pu faire auparavant. Oubliées les couleurs criardes des Amours imaginaires. Oubliés les gros plans à outrance de Juste la fin du monde. Ainsi qu’il l’a lui même évoqué en conférence de presse, il souhaitait réaliser un film moins lourd, aussi bien sur le fond que sur la forme. C’est bien le cas, on a ici bien plus affaire à un film sur l’amitié qu’à une histoire d’amour pesante comme il avait pu le faire dans Les Amours imaginaires. C’est un film sur une bande de potes fait par une bande de potes. Renouvellement oui mais cela ne l’empêche pas de retomber dans ses travers, avec quelques gros plans inutiles et des cigarettes à outrance (mention spéciale pour le jet de cigarette en ouverture qui est absolument ridicule). De même on retrouve inlassablement les deux leitmotiv de Dolan, sa mère et son homosexualité, ce qui laisse une impression de déjà-vu particulièrement agaçante. On salue toutefois la tentative et on espère qu’il s’agit d’un bon augure pour la suite de sa carrière. Apres ce « film-transition » entre sa vingtaine et sa trentaine, le cinéaste affirme aborder cette nouvelle décennie en réalisant moins pour jouer plus. À voir…

    2ème séance : Roubaix, une lumière d’Arnaud Desplechin 

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Les évènements se déroulent au sein du commissariat de la ville de Roubaix.

Mathias : 7/10. Desplechin, le plus français des cinéastes français, revient avec un thriller policier qui n’est en fait pas du tout un thriller policier mais seulement un prétexte pour une diatribe sociale sur Roubaix. Comment ne pas s’en douter, ceci dit ? Et là où on l’on pouvait craindre une lourdeur de style, Desplechin surprend en infusant les styles pour que jamais la fable sociale ne lasse. Il sublime Roubaix par la lumière pour mieux pointer du doigt les démons qui la gangrènent. La BO composée pour le film est tout simplement magistrale, et les acteurs (du moins principaux) sont au top de leur forme (le duo Seydoux/Forestier en tête). Nous intéresser avec une histoire dont tout le monde se fiche, voici le pari réussi de Desplechin, pas exempt de défauts certes (les intrigues secondaires sans grand intérêt par exemple), mais il faut tout de même saluer le geste, trop rare de nos jours.

Marine : 3/10. Si vous souhaitez faire une sieste pour vous reposez du rythme infernal du Festival, allez voir Roubaix, une lumière. Devant le dernier film d’Arnaud Desplechin, l’ennui est sans aucun doute la seule émotion que vous allez ressentir. Jamais drôle, jamais émouvant, jamais captivant, Roubaix, une lumière  est un ratage complet. Ce qui aurait pu être un bon thriller n’est qu’en fait qu’une succession de petites histoires vécues par la police locale, petites histoires souvent incohérentes et jamais intéressantes. Entre une représentation gênante de Roubaix comme étant une ville encore plus dangereuse que le pire quartier de Mexico à 2 heures du matin, des personnages sous-développés, un scénario vide et une réalisation mauvaise (petite pensée à l’horrible manie de zoomer sur les personnages),  il est certain que Roubaix, une lumière ne repartira de Cannes qu’avec la palme du navet de l’année.

     3ème séance : Le Lac aux oies sauvages de Diao Yinan

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Pierre : 5/10. Auréolé d’un Ours d’Or en 2014 pour son dernier film, Black Coal, Diao Yi’nan débarque en compétition officielle avec son quatrième long-métrage, Le Lac aux oies sauvages. Un aussi beau titre couplée à la présence remarquée de Quentin Tarantino à la présentation du film et aux quelques images disponibles avaient suffit à placer chez moi de grandes espérances en ce film. Au point de snober une séance de Roubaix, une lumière au Grand Théâtre Lumière pour aller le voir à la place. Il s’agissait peut-être là d’une erreur… Ce film narre la rencontre et la collaboration forcée entre un voyou recherché par la police et une prostituée. L’énorme point fort du film est sa mise en scène somptueuse. La lumière est tout particulièrement travaillée, on a l’impression que la caméra saute d’une source du lumière à l’autre au fil de ses mouvements. Avec en point d’orgue une scène de bagarre générale éclairée à la lumière d’une unique ampoule balançant au bout de son fil. Malheureusement, il n’en va pas de même pour le scénario. Après 20 premières minutes particulièrement réussies, on trouve 1h10 de film qui manque cruellement de rythme et dont le scénario semble parfois franchement téléphoné. On somnole donc jusqu’aux 20 dernières minutes, tout aussi haletantes que les 20 premières. Cela ne suffit pourtant pas à en faire un bon film, le fond péchant trop pour sauver la forme. Décevant.

    4ème séance : Little Joe de Jessica Hausner

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Alice, une scientifique, met au point une plante censée rendre les gens heureux. Toutefois, les choses vont dégénérés petit à petit, la plante ayant des effets secondaires.

Marine : 5/10 Il est évident que le nouveau film de la réalisatrice autrichienne a des défauts : entre scénario souvent incohérent et un suspens très peu présent, Little Joe fait beaucoup parler les critiques. Toutefois, Jessica Hausner a eu le courage de tenter quelque chose et donc, même si ce n’est pas une réussite, on peut y trouver un certain charme. Tout d’abord, malgré quelques détails qui montrent combien le film a manqué de budget, l’esthétique est très bien travaillée : très clinique, coloré, originale. Les décors sont beaux, les costumes aussi. Quant à la réalisation, bien qu’un peu répétitive, elle tente des trucs et c’est souvent réussi. Le problème reste donc le scénario et certaines manières de mettre en scène.

Mathias : 3/10. Little Joe est de ces films dont on se dit « Quel gâchis » en sortant. L’idée de départ est bonne, très bonne même, inventive et originale (qualité devenue trop rare de nos jours). Seulement le développement prend des chemins tortueux pour aboutir à une absence d’explication assez frustrante, et les incohérences sont assez flagrantes. La musique est, n’ayons pas peur des mots, insupportable, dans le mauvais sens du terme. Si les acteurs ne sont pas mauvais, les dialogues et actions qu’ils accomplissent ne les aident pas à paraître crédible. Le film a beaucoup d’idées, de bonnes idées, mais il ne sait choisir lesquelles garder et passe finalement à côté de ce qui aurait pu être un bon film d’anticipation. Parsemé tout cela d’un budget minuscule, et vous obtenez cette fable SF pauvrette, qui ennuie plus qu’elle ne remue.

Pierre : 4/10. Dernier né de Jessica Hausner, Little Joe nous emmène dans un monde où Alice, scientifique, développe une plante produisant une odeur bénéfique pour le bonheur des hommes si l’on s’occupe assez d’elle. Ultra séduisant sur le papier, le scénario laisse perplexe tant il reste en surface de son sujet. Aucune des questions intéressantes n’est traitée en profondeur, on suit seulement le quotidien de cette mère célibataire délaissant son fils et incapable de remettre sa création en question jusqu’à temps que cela lui revienne en pleine face. C’est long et ennuyeux. Rajoutez une musique expérimentale tout bonnement insupportable, des acteurs en sous jeu total et des effets spéciaux d’une pauvreté stupéfiante et vous aurez la recette parfaite d’un film qui n’avait rien à faire en compétition officielle mais que l’ont aurait plutôt vu à un certain regard. On espérait y voir l’avènement d’un monde dystopique à la Ex Machina, on y suit à la place les pérégrinations inintéressantes d’une super botaniste. Passez votre chemin.

     5ème séance : Portrait de la jeune fille en feu de Céline Sciamma 

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Mathias : 8,5/10. Très fort potentiel dans ce drame porté par Adèle Haenel et Noémie Mereaud. La mise en scène de Céline Sciamma est incroyablement réussie, au moins autant qu’elle est épurée. La réalisatrice parvient à sublimer ses actrices et ses décors sans le moindre effort de style, ce qui devrait lui valoir un prix de la mise en scène si ce n’est mieux. Elle livre une histoire simple, mais touchante, sans fioriture. Une émotion tout en subtilité, qu’elle sait distiller avec précaution. Sans musique aucune, le film parvient pourtant à nous faire vibrer lors de scènes éclatantes et Sciamma impose une identité visuelle très forte. Mais c’est surtout le duo d’actrices qui porte le film, tant l’alchimie entre elles est palpable (on sent aussi le prix d’interprétation, peut-être commun..). Seuls défauts mineurs : quelques longueurs évitables çà et là, et les apparitions fantomatiques qui faisaient très « Tour de la Terreur ». Au delà de ça, le film est une véritable réussite, un tour de force comme seul Cannes sait en révéler.

Pierre : 7/10. Après plusieurs sélections en sections parallèles (Un certain regard et quinzaine des réalisateurs), Céline Sciamma est de retour à Cannes et débarque en compétition avec le Portrait de la jeune fille en feu. Porté par Noémie Merlant et Adèle Haenel, formidables, on suit la jeune peintre Marianne chargée de réaliser le portrait d’Héloise, promise à un riche étranger. Formellement le film est magnifique. Costumes et mise en scène s’accordent au bénéfice de ce conte intimiste. Pudique, la réalisatrice livre une honnête et touchante histoire d’amour lesbien au 18ème siècle. Quasiment dépourvu de musique, le film réussit à nous captiver pendant 2h grâce a une mise scène exemplaire et un duo d’actrice qui crève l’écran. Malheureusement, le scénario souffre d’un parallèle un peu facile avec l’histoire d’Orphée et d’Eurydice qui gâche cette belle histoire d’amour en essayant d’y rajouter un sous-texte superflu. Dommage car on aurait facilement fait de ce film un des favoris pour la Palme d’Or. On voit toutefois mal le film repartir sans un prix et il ne serait que justice d’attribuer le prix d’interprétation féminine ex-æquo à Adèle Haenel et Noémie Merlant.

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