Top 10 des Palmes d’Or du Festival de Cannes

(Top non exhaustif et encore moins objectif)

10 – Sous le soleil de Satan de Maurice Pialat (1987)

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Adaptation d’un roman de Bernanos, Sous le soleil de Satan met en vedette un Gérard Depardieu magistral face à la jeune Sandrine Bonnaire, dans une histoire qui mêle meurtre, religion et tentation. Un film magistralement mis en scène par Maurice Pialat, lui-même acteur du film, où la foi n’a de cesse d’être mise à l’épreuve, à l’image du combat entre le bien et le mal, entre Dieu et Satan. Si le jury de Cannes l’a choisi à l’unanimité, le film fut loin d’être aussi apprécié par l’opinion publique, et le public siffla copieusement Pialat alors qu’il montait récupérer sa Palme d’or. Celui-ci déclara sur scène « Si vous ne m’aimez pas, je peux vous dire que je ne vous aime pas non plus ». Ambiance. 

9 – If… de Lindsay Anderson (1969)

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Palme d’or en 1969, If… raconte l’histoire d’une bande de jeunes garçons dans un collège anglais qui se rebellent contre une autorité abusivement répressive. Avec Malcolm McDowell dans le rôle titre, le film s’inscrit parfaitement dans la veine de libération des moeurs des années 60-70, abordant de front des thèmes comme l’homosexualité chez les adolescents ou la violence par arme à feu. Alternant passages en couleur et noir et blanc, le film est visuellement très abouti. Avec son final particulièrement choquant, le film aurait inspiré Kubrick pour Orange Mécanique, qui pourrait presque fonctionner comme la suite d’If. C’est d’ailleurs ce dernier qui donnera à Kubrick l’envie d’engager Malcolm McDowell. 

8 – Paris, Texas, de Wim Wenders (1984)

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Dixième film de l’allemand Wim Wenders, Paris, Texas est un film initiatique en forme de quête de l’identité. Un homme retrouve son frère après une longue période d’absence inexpliquée, et les deux hommes tentent de rassembler ce qu’il reste d’une vie déchirée. Comme d’habitude chez le cinéaste allemand, la mise en scène est particulièrement soignée, et l’histoire bouleverse par sa cruauté. Servi par des acteurs au cordeau (Nastassja Kinski, Harry Dean Stanton etc.), le film a désormais acquis le statut d’oeuvre incontournable du cinéma, et la scène du peep show est connue de tous ou presque.

7 – Amour, de Michael Haneke (2012)

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Cinéaste pessimiste par excellence, Haneke a boulversé la Croisette en 2012 avec Amour, un long métrage sur la maladie qui s’infiltre dans un couple âgé et finit par détruire le peu de bonheur encore existant. Mettant en scène les immenses Jean-Louis Trintignant et Emmanuelle Riva, le film parvient à nous serrer le coeur sans verser aucune larme. C’est cette émotion sourde et dénuée, cette profonde tristesse qui marque les visages des acteurs, qui expliquent probablement que le cinéaste ait remporté la Palme d’or. Un film grandiose sur la déchéance inéluctable du corps, qui vaudra à Emmanuelle Riva de devenir la plus âgée des nommées à l’Oscar de la meilleure actrice. Oscar qu’elle aurait largement mérité. 

6 – Blow Up, de Michelangelo Antonioni (1967)

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Véritable film à enquête, Blow Up prend comme point de départ un photographe qui capture un couple s’embrassant dans un parc. En regardant les photos développées, il s’aperçoit qu’il a en fait été le témoin d’un meurtre et devient petit à petit obsédé par cette affaire, surtout que quelqu’un semble tout faire pour qu’il s’en détourne. Esthétiquement très abouti, le film fit scandale en son temps car pour la première fois, on y voyait des corps féminins entièrement nus. Devenu aujourd’hui mythique, le film est d’une modernité rarement égalée à cette époque. Passionnant et tortueux, il inspirera de nombreux réalisateurs comme Coppola et De Palma (qui signeront chacun un film sur le même schéma), ou encore Argento. 

5 – La Dolce Vita, de Federico Fellini (1960)

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Que dire sur ce film qui n’ait jamais été dit ? La Dolce Vita est sans aucun doute le film italien le plus connu de l’histoire du cinéma, mais aussi l’un des ses plus grands films tout court. Long de presque trois heures, le film se découpe en plusieurs épisodes en apparence sans lien, qui suivent les pérégrinations d’un même homme, un journaliste de province. Véritable ode à la liberté autant qu’une dénonciation d’une société littéralement pourrie, Fellini fignole son oeuvre comme une dentelle. En témoigne la scène dans la fontaine de Trévi qu’il fera retourner plusieurs dizaines de fois, alors que l’eau y était glaciale. Véritable scandale à sa sortie, notamment pour la dernière scène, le film est aujourd’hui considéré comme un pionnier dans bien des domaines. 

4 – Le Tambour, de Volker Schlöndorff (1979)

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Pilier du Nouveau cinéma allemand des années 1970, Le Tambour raconte l’histoire d’un petit garçon qui, face à l’horreur et la vacuité du monde, décide d’arrêter de grandir. Armé de son petit tambour, il va alors traverser les époques pour nous livrer son regard d’enfant, acide et sans fard, sur les grands évènements du XXème siècle, des années 30 à la Seconde Guerre mondiale. Un film parfois très cru, difficile à regarder, dérangeant, mais magistralement réalisé et qui dit finalement beaucoup sur un siècle de tourments en Europe. Un monologue enfantin qui, sous couvert d’innocence, dénonce tout ce que les hommes ont fait de travers. 

3 – Le Salaire de la peur, de Henri-George Clouzot (1953)

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Véritable orfèvre du cinéma français, Clouzot propose à Cannes en 1953 un film sur l’enfer d’une mission vouée à l’échec dès le départ, un film sur l’abnégation et la perte d’espoir, un film sur l’humanité qui sacrifie les siens au profit du progrès. Porté par un casting impressionnant (Yves Montand en tête), le film se construit comme l’antithèse du cinéma d’action, prenant le temps de construire une véritable ambiance dramatique et des personnages aux enjeux importants. Ce qui est d’autant plus impressionnant, c’est cette peur, celle du titre, celle que l’on pourrait croire absente du film mais qui vous prend à la gorge comme elle enserre les personnages. Pas étonnant que le film ait connu deux remakes, dont un de William Friedkin. 

2 – Dancer in the dark, de Lars Von Trier (2000)

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Palme d’or, voire film, la plus pessimiste qui soit, Dancer in the dark est un OVNI, une tragédie musicale, filmée comme un documentaire de Sept à Huit (règles du Dogme 95 obligent…)  et profondément triste. Le film met en vedette Björk, aux côtés de Catherine Deneuve notamment, à qui la vie n’épargnera rien jusqu’à une fin plombante, l’issue  évidente d’un chemin de croix sinueux dans lequel la chanteuse islandaise fait montre d’un talent rare. Son visage transpire la détresse, et pourtant jamais elle ne perdra espoir. Une performance qui lui vaudra d’ailleurs un prix d’interprétation féminine, en plus de la Palme d’or pour le film (chose qui n’est plus possible aujourd’hui). Un très, très grand film. 

1 – The Tree of Life, de Terrence Malick (2011)

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Comment ne pas terminer sur Malick ? Loin de faire l’unanimité lors de sa projection à Cannes, le film s’attire pourtant les faveurs du jury avec un récit partiellement déconstruit propre aux oeuvres récentes de Malick. Ramassis de tous les motifs qui obsèdent le cinéaste texan, le film est une ode à la vie, à la famille, une film sur l’origine et la manière dont elle nous infuse. Un film sur l’éducation, un film sur la beauté, sur la poésie, sur l’amour, sur Dieu, sur la spiritualité, sur le temps, sur la mort. Un pêle-mêle de tout ce que Malick chérit, jamais pompeux mais toujours éblouissant. Porté par Brad Pitt, Jessica Chastain et Sean Penn, le film ne laissera personne de marbre, mais il n’est pas non plus fait pour la demi mesure. Montez à bord, ou regrettez le. 

Mathias Chouvier