Douleur et gloire : un sérieux candidat pour la Palme d’Or 2019

Après Julieta en 2016, Pedro Almodovar revient en sélection officielle du Festival de Cannes avec Douleur et gloire, véritable confidence d’1h52 et cette année, le cinéaste espagnol est bien parti pour remporter la Palme d’Or, récompense suprême du festival.

Douleur et gloire met en scène l’acteur Antonio Banderas, toujours aussi convaincant, dans la peau de Salvadar Mallo, un réalisateur à succès ne pratiquant plus, faute à la dépression et à de nombreuses douleurs physiques. Le film s’attarde sur comment, petit à petit, Salvador Mallo va retrouver goût à la vie et à son métier : sa réconciliation avec un acteur avec qui il s’est fâché il y a 30 ans, les retrouvailles avec l’amour de sa vie… Parallèlement, le protagoniste se remémorera son enfance, sa mère, la découverte de son homosexualité et la naissance de son amour pour le cinéma…

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Antonio Banderas dans le rôle de Salvador Mallo

On se doute qu’au fond, Salvador Mallo c’est Pedro Almodovar lui-même. Tout au long du film, la seule question que l’on se pose c’est : Autobiographie ou fiction? Et c’est là que réside le génie du film, on ne peut pas vraiment trancher. Le cinéaste espagnol brouille les pistes autant qu’il se met à nu.

Douleur et gloire est une déclaration d’amour au cinéma. Petit à petit, on assiste à la naissance d’une cinéphilie chez le petit Salvador Mallo. Enfant défavorisé, un seul intérêt ressort vivement de sa personnalité : son intérêt pour le cinéma. En effet, le petit Salvador Mallo lit beaucoup de livres sur le 7ème art, il connait par coeur le nom de tous les acteurs et toutes les actrices hollywoodiennes et regarde plein de films et ce avec une naiveté et une passion très touchante. Plus grand, après être devenu un réalisateur à succès, Salvador Mallo écrira une pièce de théâtre sur son enfance dans laquelle il parlera de ses premières expériences cinématographiques. Plus jeune, avec les autres enfants de son village, il regardait des films projetés sur un mur blanc peint à la chaux près duquel les enfants allaient uriner pendant la projection. Pour Salvador Mallo, le cinéma c’est « l’odeur de pisse et la brise fraiche du vent sur son visage ». Il en parle avec nostalgie, avec poésie et surtout avec un amour tel que son souvenir paraît sortir tout droit d’un rêve. A ce moment là, on se doute que c’est le cinéaste, le réel et pas le fictionnel, qui s’exprime.

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Le petit Salvador Mallo, sa mère (jouée par Penelope Cruz) et son père

De plus, c’est avec une grande subtilité que Pedro Almodovar insiste sur la fonction, sur l’utilité que peut avoir sur notre personne la réalisation d’un film ou d’une oeuvre artistique en général. Salvador Mallo est un homme perdu, souffrant, drogué et c’est avec mélancolie et nostalgie qu’il se remémore son enfance. A la fin du film, toutefois, il va décider qu’il est inutile de continuer à se morfondre ainsi et il décide de reprendre son métier pour justement mettre en scène ses souvenirs, son enfance, sa vie. A l’image d’Andrei Tarkovski, Pedro Almodovar nous montre que pour se libérer, il faut se fixer soi-même, comme l’on se fixe dans un miroir. Ce twist final nous fait comprendre que si Salvador Mallo se libère grâce à la réalisation d’un film autobiographique, c’est sans doute aussi le cas pour Pedro Almodovar. L’art est la meilleure des thérapies, dans la fiction comme dans la réalité.

Comme le titre du film l’annonce, Pedro Almodovar nous montre aussi qu’être réalisateur apporte son lot d’ennuis, son lot de « douleurs ». Salvador Mallo ne dit-il pas à son médecin que la réalisation est un métier très physique? Douleur et gloire nous montre cet envers du décor. Etre réalisateur ce n’est pas forcément les paillettes et les tapis rouges, c’est aussi beaucoup de souffrances et de doutes.

Outre un contenu riche et intelligent, Douleur et gloire est aussi un film visuellement très beau. Couleurs vives, lent travelling avant sur le petit Salvador lisant un livre, décors somptueux (mention spéciale à cette « caverne » dont le plafond fait entrer dans la pièce un torrent de lumière), l’esthétique est très travaillée. Rien que la scène d’ouverture annonce la couleur avec ces femmes, chantant, qui étendent au soleil de grands draps blancs sur des herbes hautes. Dans toutes les scènes évoquant le passé, chaque plan, chaque mouvement de caméra nous fait ressentir la nostalgie et l’amour de Pedro Almodovar pour ce monde qu’est l’enfance.

En résumé, il faut aller voir Douleur et gloire. Si jamais Pedro Almodovar devait réaliser un dernier film, Douleur et gloire pourrait être celui-ci, tant l’hommage est grand. Bien que le film du cinéaste espagnol soit en compétition contre de sérieux candidats (A hidden life de Terrence Malick ou encore Parasite de Bong Joon-ho) il ne serait pas étonnant qu’il remporte la Palme d’Or, tant cette dernière viendrait enfin consacrer l’immense carrière de Pedro Almodovar.

2M

 

 

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