The Dead don’t die : à enterrer de toute urgence

Jim Jarmusch est de retour sur la Croisette, en ouverture, avec un film de zombies qui se voulait comme une pastiche, une comédie noire qui se présentait de prime abord comme une version « auteur » de Bienvenue à Zombieland (avec Bill Murray au casting, on semblait bien parti pour). 

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Finalement, The Dead don’t die fait pschitt. Jarmusch adore croiser les styles et les ambiances, il nous l’avait déjà prouvé. Si la réussite était éclatante dans Only lovers left alive par exemple, ici Jarmusch ne garde que le pire des styles auxquels il emprunte. Que reste-il de Romero dans cette soi-disant farce ? Pas grand chose, si ce n’est les zombies. Alors oui, Jarmusch utilise les codes du films de zombie pour les détourner. Cela n’est en aucun cas gage de réussite. Ici, la moquerie semble totalement gratuite, alors même que le film tombe dans les mêmes travers que ceux dont il prétend se moquer. Le film se veut décalé certes, peut-être trop pour être réussi. 

Evidemment, c’est drôle parfois, même souvent (cf cette scène où Tilda Swinton slalome entre les zombies dans une Smart, et en fait toutes les scènes avec la Smart). Le casting est globalement au top, Tilda Swinton, Bill Murray, Adam Driver, Chloë Sevigny font le job, et même Selena Gomez se révèle plutôt convaincante (le peu de temps où elle apparaît à l’écran). La BO est plutôt réussie, ayant elle bien saisi l’ambiance que le film se voulait avoir. La réalisation est très soignée, Jim Jarmusch nous ayant habitué à du haut vol en termes d’image.

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Oui mais voilà, tout le reste sonne faux. La narration est au mieux inefficace, au pire mauvaise. On se fiche totalement des personnages, et le casting XXL force Jarmusch à multiplier les personnages inexploités. Les trames se multiplient, mais finissent toutes en cul-de-sac (celles des enfants en est un exemple flagrant). C’est un défaut des films d’horreur, il est vrai. Le dénoncer n’a pas sauvé le film du même écueil. Au contraire, il y saute à pieds joints. Les références à la pop culture sont omniprésentes, à tel point qu’on pourrait se croire dans un épisode de Stranger Things. Certaines sont drôles, voire savoureuses (le porte clef Star Wars sur le trousseau d’Adam Driver par exemple). Les autres sont aussi anecdotiques qu’inutiles. 

Le film adopte une sorte de dimension méta où les acteurs se mettent à parler du film pendant le film. Jarmusch l’utilise encore une fois pour se moquer des films qu’il imite, on a connu plus subtil. La scène de la soucoupe volante n’a pour ainsi dire aucun sens, et si Jarmusch peut tout justifier par la pastiche, cette scène en particulier a un peu de mal à nous évoquer autre chose que l’incompréhension.  

Mais le pire reste cette pseudo critique du capitalisme, avec des zombies qui passent leur temps à chercher le démon du consumérisme lors de leur retour (les enfants zombies veulent des jouets, les énervés veulent du café, vous saisissez l’idée…). Et le coup de grâce intervient avec le monologue final de l’ermite qui vit dans la forêt, dénonçant alors tour à tour les héros du film et les zombies qui ont « perdu leur âme dans cette société décadente » et ce genre de poncifs. Le film se termine dans une subtilité qui ferait pâlir la grande Arielle Dombasle, mort comme il a vécu, sans surprise. Chapeau bas. En se voulant de tous les combats, le film n’en a réussi aucun. Ni à dénoncer la vacuité des films d’horreur, ni celle de notre société. Un coup d’épée dans l’eau, en somme.

Adam Driver passe tout le film à répéter que tout cette histoire finira mal. Si seulement Jarmusch l’avait écouté, il n’aurait probablement pas pondu ce navet dénué de charme. Dommage pour lui, tout le monde aura la chance de constater les dégâts.

Mathias Chouvier

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