Le Projet Blair Witch

Est-il possible de réaliser un film qui fonctionne quand vous n’avez ni argent, ni piston, pas de matériel extraordinaire et pas de grande star en tête d’affiche ? A priori, pas vraiment.

Toutefois, avec Le Projet Blair Witch, Eduardo Sanchez et Daniel Myrick vont nous prouver le contraire. C’est en 1999 qu’ils nous offrent ce qui est considéré aujourd’hui comme étant non seulement un classique du film d’horreur mais surtout comme étant LE film qui a révolutionné le processus de création et de distribution d’un film.

Avec Le Projet Blair Witch, Sanchez et Myrick réinventent le cinéma d’horreur, disant merde à ces films au budget faramineux et ce pour la modique somme de 50 000 dollars.

Leur recette ? 

1 – Le found footage 

2 – Un scénario simple et efficace 

3 – Une nouvelle manière d’envisager la communication autour d’un film 

Tout d’abord, les deux réalisateurs ont utilisés le found footage et bien qu’ils n’aient pas inventé le concept, ils l’ont popularisé, lançant par la suite une véritable mode. Le found footage c’est, littéralement, « enregistrement trouvé ». Cela consiste à présenter un film comme étant un enregistrement vidéo authentique, tourné par les protagonistes de l’histoire et trouvé une fois ces derniers morts ou disparus. Si vous n’avez pas d’argent, tourner un film en found footage est LA solution. Votre acteur est aussi caméraman et la piètre qualité sonore et visuelle qui en résulte se justifie par le concept lui-même. Bien évidemment, le found footage peut aussi être un véritable choix artistique comme scénaristique puisque le concept est mis au service de l’histoire. En effet, avec le found footage, vous pouvez être assuré que le spectateur sera efficacement plongé dans l’histoire racontée : il nous permet de vivre les événements avec les personnages. Ce concept est donc au service de votre porte-monnaie comme de votre scénario.

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Les acteurs filment eux-mêmes ; ici, un des protagonistes du Projet Blair Witch tenant une des caméras

Pour accompagner le concept, il fallait trouver une histoire et c’est là que Le Projet Blair Witch se démarque et nous prouve qu’il est possible de faire peur sans brandir des croix et des chapelets en hurlant des phrases en latin. Le pitch est simple : Trois étudiants, Heather, Mike et Josh, décident de faire un documentaire sur la légende de la sorcière de Blair. Ils partent donc à sa recherche et campent dans une forêt où plusieurs personnes auraient été assassinées. Ils finissent par se perdre et commencent à assister à des phénomènes paranormaux. 

« Il ne se passe pas grand chose dans Le Projet Blair Witch » est une phrase assez récurrente. Effectivement, il ne se passe pas grand chose au sens propre. Après tout, le scénario du film doit pouvoir tenir sur une feuille A4 recto verso, ce qui est assez peu en comparaison des films que l’on a l’habitude de voir. Toutefois, seul quelqu’un dénué de toute imagination peut véritablement voir en Le Projet Blair Witch un film long et ennuyeux.

En effet, il se passe énormément de choses dans ce long-métrage. Tout d’abord, il faut parler de l’ambiance. Il pleut, il fait froid, les protagonistes dorment dans une tente humide, ils n’ont rien à manger, portent toujours les mêmes vêtements et ne peuvent se laver. Même si vous êtes confortablement assis dans votre canapé et que, dehors, vous apercevez un grand soleil sur un magnifique ciel bleu, vous ressentez, vous vivez leur inconfort. Vous aussi vous souffrez de la faim, de l’humidité et vous aussi vous êtes déprimés par ce ciel gris et angoissés par cette forêt interminable. L’ambiance dans laquelle les personnages sont plongées les rends moroses et irritables et jouent sur leurs relations sociales : ils ne font que se disputer, se lancer des piques, hurler, pleurer. Pour augmenter leur frustration et leur peur, il n’y a bien sûr aucun réseau, ils perdent leur carte et sont victimes plusieurs fois du « je crois que nous sommes déjà passés par là ». La force du film réside donc dans ce climat gris et humide, cette forêt labyrinthique, dans cette ambiance claustrophobe où l’on semble suffoquer.

Le Projet Blair Witch ne s’arrête pas là et en plus de cette ambiance, ajoute de véritables éléments d’horreurs, eux aussi simples mais d’une redoutable efficacité. Chaque nuit, les acteurs assistent à des phénomènes étranges, ajoutant une autre peur et une autre frustration à celles qu’ils ont déjà.

Tout d’abord, cela commence par des craquements de brindilles à côté de la tente. Y a-t-il quelqu’un qui rôde dans les alentours ou est-ce seulement leur imagination ? Ils sortent de la tente, personne… Ce devait être un rongeur ou un oiseau… Puis, les nuits passent et un matin, ils découvrent des petits tas de pierre à côté de leur tente. Qui a bien pu faire ça ? Déroutés et effrayés, ils essayent de ne pas trop se poser de question et continuent à avancer. Petit à petit, les évènements étranges se font plus violents. Par exemple, une nuit, ils entendent des rires d’enfants ou encore une fois, une force étrange et surnaturelle secoue la tente. Ils s’enfuient alors puis, à leur retour, découvrent que leurs affaires ont été fouillées. Quelques temps après, Josh disparait. Impossible de le retrouver. Heather et Mike continuent donc, tentant toujours de sortir de la forêt. La nuit tombée, ils entendent les cris d’agonies d’un Josh qui semble se faire torturer. Le lendemain matin, Heather et Mike retrouvent sa chemise, des dents ensanglantées à l’intérieur. Le soir, on assiste alors à ce qui est considéré comme une des scènes les plus cultes de l’histoire du genre horrifique. C’est la nuit, Heather est dans la tente et se filme. Elle s’excuse, dit à ses proches qu’elle les aime, elle pleure et semble savoir, qu’à l’image de Josh, elle finira elle aussi par mourir.

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Scène de l’adieu filmé

Heather et Mike finissent par découvrir une maison d’où les hurlements de Josh ont l’air de provenir. Serait-ce la maison de la sorcière Blair ? La force invisible les attaque alors, la caméra tombe, le film se termine. Il n’y a donc rien de bien compliqué dans Le Projet Blair Witch et c’est peut-être cette simplicité qui fait de lui un film si extraordinaire.

Le film aura un succès retentissant, tant commercial que critique. Il récolte 140 539 099 dollars ce qui est inimaginable pour l’époque quand on se rappelle que le film a coûté seulement 50 000 dollars, et c’est ainsi qu’il devint le film le plus rentable de toute l’histoire du 7ème art. En plus de faire exploser le compte en banque de l’équipe du film, Le Projet Blair Witch est une véritable révolution cinématographique, propulsant le found footage sur le devant de la scène et donnant naissance à de nombreux autres long-métrages utilisant le concept (Rec en 2007, Cloverfield en 2008, Paranormal Activity à partir de 2009, Catacombes en 2014 etc… Les films en found footage se comptent désormais par dizaine). 

Le succès du Projet Blair Witch est tel qu’une suite est immédiatement faites en 2000 avec Blair Witch 2 : Le livre des ombres et en 2016, un remake. Il est inutile de souligner que ces deux derniers n’auront ni la qualité ni le succès de l’original.

Il reste un dernier point à développer sur Le Projet Blair Witch. En effet, malgré le fait que le film soit excellent et ce avec très peu de moyens, il doit aussi et surtout sa notoriété à la communication qui a été faite autour de sa sortie. Eduardo Sanchez et Daniel Myrick ont mis au point une communication révolutionnaire qui inspirera par la suite les autres films et qui deviendra finalement une caractéristique inhérente au genre  du found footage. Les deux réalisateurs vont utiliser Internet pour y propager des rumeurs : le film serait vrai, serait un documentaire authentique et Mike, Heather et Josh auraient véritablement disparus. Ils prennent l’expression « found footage » au pied de la lettre et en font une réalité.

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Exemple des rumeurs propagées sur Internet

Cette communication originale était prévue depuis le début et le film a été réalisé en en tenant compte. Par exemple, les habitants interviewés au début du film sont de vrais habitants de la ville de Blair. De plus, le script fourni aux trois acteurs laissait énormément place à l’improvisation et, étant les caméramans, ils n’avaient que très peu de rapport avec l’équipe technique.

L’idée que le film puisse être vrai a immédiatement tourné l’attention vers lui et les gens se sont précipités en salle pour le voir.

Le Projet Blair Witch est donc un film remarquable tant par son contenu cinématographique que par la manière dont il a été produit et distribué. Il est la preuve vivante qu’avec une imagination débordante, du courage et un culot impérissable, on peut tout réussir.

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