La figure paternelle au cinéma en 10 films

Estimés camarades, il est vrai qu’on est plus proche de fêter nos mamans que nos papas mais il n’y a pas de saison pour célébrer le pater familias dans le 7e art, celui qui pose les fondations des futurs adultes que seront ses enfants. Qu’il soit papa poule, papa cool, autoritaire, agent secret, star ratée, avocat, beatnik aux pieds nus ou encore astronaute, petit tour de piste de la figure paternelle au cinéma, sans prétention d’exhaustivité.

 

10. Le monde de Nemo, Andrew Stanton et Lee Unkrich (2003)

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Cinquième production du studio d’animation PIXAR, Le monde de Nemo retrace l’épopée marine de deux petits poissons, de la barrière de corail Pacifique à Sidney en passant par le fameux courant Est-australien, à la recherche de Nemo.

Marin, poisson clown devenu totalement parano du grand bleu suite à une attaque de barracuda, vit reclus dans son anémone rose, surprotégeant le seul rescapé de ses petits. Une surprotection qui paraît évidente dès le premier jour d’école de Nemo, le père refusant de laisser son petit partir, souhaitant repousser à 4 voire 5 ans plus tard la rentrée des classes et la confrontation avec l’océan. Nemo quant à lui, supporte de moins en moins ce papa poule — pardon, poisson — et se rebelle. Erreur : il est capturé par un plongeur. Le monde de Marin s’effondre : son fils qu’il s’est efforcé de protéger lui est arraché. Fouillant chaque recoin de l’océan afin de retrouver son fils, Marin fait fi de sa peur viscérale du monde extérieur à son anémone et part à la recherche du seul trésor qu’un père est en droit de revendiquer : sa progéniture.

S’il n’est clairement pas le film le plus représentatif de la relation filiale, Le monde de Nemo mérite sa place dans ce classement et reste un bon exemple de ce lien unique, livrant le portait d’un père poussé à surpasser ses propres appréhensions pour sauver son fils. Une belle image en définitive.

 

9. Charlie et la chocolaterie, Tim Burton (2005)

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Classique de l’univers burtonien, Charlie et la chocolaterie dépeint le monde loufoque du célèbre Willy Wonka et de son usine aux allures de parc d’attractions, où les jeunes gagnants d’un concours international tombent tête la première dans une mare de cacao, se transforment en myrtille géante ou se font taper sur la tête par une bande d’écureuils en furie. 

Ce n’est pas tant l’histoire (aussi barrée soit-elle) qui nous intéresse ici mais bien une infime partie du film, très peu développée par Tim Burton à l’instar de Roald Dahl, auteur du livre original dont est tiré le scénario : l’enfance de Willy « Johnny Depp » Wonka face à son dentiste de père, tyrannique au possible et incarné par le grand Christopher Lee. Le jeune Willy découvre le goût des friandises et chocolats en tous genres, ce que proscrit formellement son père. La scène crève-cœur : après une petite virée « trick or treat », l’ensemble de la collecte du petit Wonka finit au feu, avec ce plan larmoyant de chocobons fondant dans l’âtre… 

Loin d’être un père aimant au premier abord (il pose à son fils un ultimatum de taille : « si tu pars ne reviens pas »), les retrouvailles, plusieurs années après le succès de Willy, dans le cabinet de dentiste du padre boucle la boucle, le tout étant pardonné par l’un et par l’autre. Vous fondez ? Moi aussi.

 

8. Hanna, Joe Wright (2011)

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Hanna (Saoirse Ronan, vue dans Lady Bird) n’est pas une adolescente comme les autres : elle parle couramment presque toutes les langues du monde, dispose de facultés mentales et physiques hors du commun, tire au fusil et découpe des rennes dans la toundra. Quoi de plus lambda. 

Vivant seule avec son père Erik (Eric Bana), Hanna voit sa vie basculer lorsque ce dernier lui révèle qu’un service de la CIA dirigé par la terrible Marissa Wiegler (Cate Blanchett) les recherche activement tous les deux. Entraînée à survivre en milieu hostile par Erik, Hanna se retrouve livrée à elle-même après que père et fille décident d’un commun accord de faire cavaliers seuls dans leur fuite. Si l’on pourrait croire que le père abandonne sa fille, il n’en est rien : il la pousse à découvrir qui elle est et ce qui la rend si différente des autres filles de son âge.

Un père (agent) très « spécial » donc, qui malgré tout l’amour qu’il porte à Hanna et l’éducation complète qu’il lui a prodiguée, cache bien plus de secrets que la jeune fille. Je n’en dirai pas plus, tout spoiler a ses limites chers lecteurs.

 

7. There will be blood, Paul Thomas Anderson (2007)

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1898, Etats-Unis, à l’époque de la ruée vers l’or, mais pas n’importe lequel : les prospecteurs pullulent et tentent d’exploiter le maximum de gisements pétroliers en vue de devenir les futures richesses du nouveau monde. Daniel Plainview (Daniel Day Lewis) est obnubilé par cet « or noir », quitte à mettre de côté son rôle de père et à délaisser son fils qui fera tout pour exister aux yeux de son géniteur.

Le jeu de Daniel Day Lewis frise une fois encore le génie, mais pas seulement, il frise aussi la folie (on repense par exemple à la fameuse scène « I drink your milkshake » sur la piste de bowling face à un Paul Dano tétanisé). Son obsession de la réussite sacrifiera même l’ouïe de son fils après l’explosion d’une poche de gaz lors d’un forage. La séquence déchirante entre Plainview et son fils devenu adulte achève de nous faire comprendre les dessous de ce père mal aimant. Marié et indépendant, Plainview junior fait comprendre à son père en langage des signes (étant dans l’incapacité de s’exprimer après l’incident du forage) qu’il souhaite lancer sa propre compagnie pétrolière au Mexique. Plainview senior réagit de la façon la plus cruelle qui soit, singeant son fils en agitant les bras et lui lançant qu’il devient dorénavant son « concurrent ».

A des années lumières du papa câlin, le protagoniste principal de There will be blood est un sombre crétin, rejetant son fils pour la quête de son bénéfice propre.

 

6. Leave no trace, Debra Granik (2018)

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Petite pépite indé de la fin 2018, le film de Debra Granik suit un père et sa fille dans leur train de vie hors du commun. Will (Ben Foster), vétéran de l’armée américaine souffrant du syndrome post traumatique, entend toujours les pales des hélicoptères après le retour au bercail. Quand le film s’ouvre, lui et sa fille Tom (Thomasin McKenzie, révélation) vivent en marge de la société, dans la forêt d’un parc national aux abords de Portland.

Le père aime sa fille et la fille aime son père, c’est un fait indéniable. Cependant leur relation évolue au cours du film, la jeune fille remettant progressivement en cause leur mode de vie, voguant entre les nuits sous les étoiles, le mobile home des services sociaux et l’altruisme d’un groupe de forestiers. Définitivement perdu, au sens propre comme figuré, Will se cherchera sur les routes de campagne tandis que Tom tentera de renouer avec la société et la vie en communauté.

De l’amour certes, mais aussi le respect des objectifs personnels de chacun : le père laisse son enfant faire son chemin, et l’enfant comprend le choix de l’adulte tout en traçant sa propre route. Leave no trace est un film sombre, mais avec une lueur d’espoir grâce au rapport fusionnel entretenu par Will et Tom.

 

5. Boyhood, Richard Linklater (2013)

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La définition même du papa cool : Ethan Hawke dans Boyhood, portrait contemporain d’un jeune garçon au début du XXIe siècle. Le petit Mason (Ellar Coltrane) vit avec sa sœur Samantha (Lorelei Linklater) et sa mère, laquelle tente de maintenir sa famille à flot après son divorce. Son mari de son côté passe son temps en Alaska à réaliser des documentaires.

Le personnage du papa dans Boyhood est très intéressant à analyser. Déjà c’est un mec cool, pas le père autoritaire qui engueule ses gosses H24. Et pour cause : c’est tout d’abord un père absent. Son style de vie en lui même est légèrement foutraque, il pérégrine à droite à gauche, n’a pas de relation sérieuse après son divorce (en tout cas au moment où le film débute) et conduit un superbe vieux modèle de Pontiac GTO. Il explique à ses deux enfants, lors de l’un de leurs week-ends partagés, que la responsabilité d’être père jeune (à une trentaine d’années) l’a effrayé, que prendre du recul lui était nécessaire. Et qui sommes-nous pour juger ce type de comportement avant d’y avoir été nous-mêmes confrontés ?

Somme toute, le père de Mason et Samantha représente bien l’image de nombreux papas d’aujourd’hui, perdus entre leurs aspirations et leurs devoirs mais qui, au fond d’eux, sont de véritables papas poules (scène de « LA discussion », let’s talk condoms héhé) et qui n’ont d’autres « réelles » aspirations que le bien-être de leurs petiots.

 

4. Birdman, Alejandro Gonzáles Iñarritu (2014)

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Star sur la pente descendante, obsédé par sa personne et son image, la figure paternelle de Birdman illustre un autre type de papa. Riggan Thomson (Michael Keaton), connu pour un unique grand succès, son rôle de l’homme-oiseau Birdman, vire lentement mais sûrement dans une forme de mania, mythifiant sa propre existence et dénigrant malgré lui sa fille Sam, tout juste sortie de rehab (Emma Stone, complètement stone pendant tout le film d’ailleurs).

A l’image de Daniel Plainview dans There will be blood, Riggan semble faire prévaloir son intérêt propre sur celui de sa fille qui fume un joint une fois de temps en temps dans le locaux du théâtre où Riggan monte sa pièce et s’envoie en l’air avec un des acteurs du projet (Edward Norton) sur le toit de l’édifice. On retiendra cette scène magique entre les deux Thomson où Sam lance à son père des paroles blessantes mais lourdes de vérité (« Who the fuck are you !? »), le ramenant à la réalité.

Un rapport chaotique mais pas dépourvu d’affection, où le rôle du sage revient non pas au plus âgé des deux mais au plus jeune, non pas au parent mais à l’enfant. La jeune femme remet les priorités à l’ordre du jour et le père se laisse faire. Une forme de confiance en quelque sorte.

 

3. Du silence et des ombres, Robert Mulligan (1962)

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Drame juridique phare des sixties, Du silence et des ombres, adaptation du roman Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur, place son intrigue dans l’Amérique ségrégationniste des années 1930. Atticus Finch (Gregory Peck) avocat de renom, défend en justice un Afro-américain impliqué dans une affaire de viol. Ses deux jeunes enfants, le têtu Jem (Philip Alford) et la téméraire Scout (Mary Badham), soutiennent de leur côté leur père et assistent avec leurs yeux d’enfants aux injustices que font naître les hommes.

Orphelins de mère, Scout et Jem vouent à leur père un amour inconditionnel, quémandant sans cesse des anecdotes sur leur maman et essayant de comprendre les rouages du procès à venir. Prodiguant à ses enfants conseils avisés, goût de la lecture et amour de la justice, Atticus s’impose comme un père bon, juste et aimant, tiraillé entre ses obligations professionnelles et paternelles.

Atticus Finch fait dans ce long office du papa-héros, celui qu’on regarde avec des étoiles dans les yeux et qui, malgré l’environnement complexe dans lequel il évolue, trouve toujours le temps d’aller embrasser ses enfants au moment de dire bonne nuit.

 

2. Captain fantastic, Matt Ross (2016)

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Ben Cash (Viggo *soupir*) vit avec ses six enfants dans le Nord-Ouest des Etats-Unis, mais pas n’importe où ni n’importe comment. Le patriarche élève toute sa petite troupe dans la nature (encore ? à croire que c’est la mode), dans le cadre d’une philosophie de vie proche du mouvement beatnik, leur apprenant les notions fondamentales du respect des hommes et de la nature, le refus d’une société pourrie à la moelle, ou encore (scène hilarante) comment procréer.

Lorsque que leur mère, internée en HP, se suicide, les enfants et Ben se retrouvent dans une situation des plus délicates : les parents de Mrs Cash, qui n’ont jamais accepté le mode de vie de Ben et le tiennent pour responsable de la mort de leur fille, interdisent à la famille d’assister aux obsèques. Contrant cette interdiction, père et enfants partent sur les routes d’Amérique pour un dernier adieu. Un voyage jalonné de remises en question, aussi bien du côté du papa que de celui des enfants : est-ce que vivre en marge de la société est vraiment la solution pour être heureux ? Devraient-ils aller à l’école ? Arrêter de voler dans les supermarchés ? Des questions qui vont altérer la relation entre Ben et certains de ses enfants.

Un film sur le fond relativement triste mais ô combien lumineux par sa forme, une ode à la vie même quand la mort est de la partie, le tout porté par l’interprétation à fleur de peau de Viggo Mortensen et l’admirable interaction avec une bande de jeunes acteurs en herbe.

 

1. Interstellar, Christopher Nolan (2014)

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L’odyssée spatiale de Christopher Nolan emmène un papa aux confins de l’univers afin de sauver la postérité de la famine.

Cooper, ancien pilote de la NASA reconverti en fermier lorsqu’une crise alimentaire titanesque s’abat sur Terre, ne se démène que pour une chose : faire survivre ses enfants dans un monde devenu hostile à toute vie. Cooper va être « choisi » pour une mission salvatrice aux côtés d’une équipe d’astronautes aguerris. Si le fils de Coop, Tom (Timothée Chalamet/Casey Affleck), semble résolu à voir son père partir, sa sœur Murphy (Mackenzie Foy/Jessica Chastain) refuse le départ précipité de son papa pour l’espace, réalisant que son retour n’est pas assuré…

Coop se retrouve ainsi au cœur d’une dilemme de taille : laisser ses enfants derrière lui mais cela avec pour finalité de les sauver. Version qui ne convainc pas Murph, persuadée que leur père les a abandonnés sur Terre, les sachant perdus d’avance. Une incompréhension entre le père et la fille qui ne trouvera de réponse qu’à l’issue de ce voyage intersidéral.

Un film à vous entraîner dans une totale space dementia, mais qui repose avant tout sur la force de l’amour père-fille, le passage de la rancune au pardon et qui offre les retrouvailles fantasmagoriques entre un papa et sa fille sauf que le plus âgé des deux n’est pas celui que l’on croit. Vous avez dit impossible ?

Philippine Bouilly

 

 

 

 

 

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