Hayao Miyazaki et le féminisme

Après notre article sur Miyazaki et l’écologie est venu le moment de parler d’une autre thématique inhérente à l’œuvre du maitre de l’animation japonaise : le féminisme.

En effet, toute l’œuvre du cinéaste est articulée autour de l’émancipation des femmes. Pour lui, les femmes sont des guerrières. D’ailleurs, il affirme que les sociétés les valorisant réussissent mieux.

Dans un monde où les personnages féminins ont rarement le rôle principal (coucou Marvel qui se met à la page seulement en 2019), Hayao Miyazaki, avant-gardiste, décide de faire autrement.

C’est dès 1984 qu’une femme tient le rôle principal d’un de ses films avec la jeune et fougueuse Nausicaa dans Nausicaa de la vallée du vent. C’est la première fois qu’un film destiné au grand public présente une telle héroine. D’habitude, particulièrement au Japon, les femmes sont présentées comme étant des objets sexuels ou comme des potiches soumises à leur mari. Ici, notre Nausicaa est belle, forte, débrouillarde, autonome. C’est une combattante qui ne cesse jamais de croire en ce qu’elle estime être juste. Elle finira par triompher et ce sans l’aide d’un prince charmant.

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Le personnage de Nausicaa

A partir de là, pratiquement tous ces films auront des femmes dans le rôle principal : Mon voisin totoro, Kiki la petite sorcière, Le voyage de Chihiro, Le Château Ambulant

Et même les films comme Le château dans le ciel ou Princesse Mononoké où les hommes ont le rôle principal, les rôles féminins sont si forts qu’ils les éclipseraient presque. En effet, après tout, Princesse Mononoké ne s’appelle-t-il pas comme le surnom de la jeune San, jeune fille élevée par des loups ? Le protagoniste principal Ashitaka n’a pas la chance d’être dans le titre de son propre film.

Restons sur Princesse Mononoké. Ce long-métrage réalisé en 1997 est profondément féministe. San, Dame Eboshi, les femmes qui travaillent au village des forges : toutes sont fortes, indépendantes et incroyablement courageuses. Tout d’abord, parlons un peu de Dame Eboshi, femme charismatique qui dirige le village des forges. Cette dernière est la cheffe du village entier : il est amusant de voir la soumission que les hommes ont envers elle. Pas un ne la contredit, tous la respectent. C’est elle qui les protège et les fait vivre. D’ailleurs, dans le film, les hommes sont représentés comme des abrutis. Excepté Ashitaka, aucun n’est fort, intelligent, subtil. Bien que montrée cruelle envers les animaux et la nature, Miyazaki donne à Dame Eboshi un côté humain et généreux. En effet, Dame Eboshi recueille et s’occupe de nombreux lépreux, ces hommes que tout le monde fuit.

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Dame Eboshi entourée des femmes du village des forges

De plus, elle est celle qui donne sa chance aux femmes anciennement prostituées. Ces dernières ont la possibilité de pouvoir changer de vie et de travailler dans le village des forges où elles sont traitées comme l’égal de l’homme. Ces femmes sont dépeintes comme étant émancipées sexuellement comme intellectuellement, effectuant un lourd travail physique et se moquant sans arrêt des hommes dont elles n’ont pas besoin. La scène la plus parlante de Princesse Mononoké est sans aucun doute cette scène où l’on voit les femmes des forges travailler ardemment tout en chantant. Ashitaka les rejoint, les aide puis finit par leur dire qu’elles sont bien courageuses d’arriver à travailler dans de telles conditions : lui n’en aurait pas la force.

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Les femmes du village des forges, anciennes prostituées sauvées par Dame Eboshi

Au regard de tout cela, il est difficile de considérer les films d’Hayao Miyazaki comme étant seulement des films pour enfants. Enfin, parlons un peu de San. San est une jeune humaine abandonnée dans la forêt par ses parents. Recueillie par des loups, elle devient une héroine sauvage et presque effrayante. Fini les princesses qui attendent leur prince charmant sur leur fière destrier blanc, San est une princesse violente, abrupte, qui se bat pour sauver la forêt. D’ailleurs, la première fois qu’on l’aperçoit, c’est le visage plein de sang. Elle non plus n’a pas besoin des hommes et jamais elle ne cédera « aux avances » d’Ashitaka. Aujourd’hui, San est un exemple pour toutes les petites filles qui ont la chance de découvrir cette œuvre.

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San, jeune fille élevée par des loups

Dans Le Voyage de Chihiro, Chihiro est au début une petite fille craintive et capricieuse. Après s’être retrouvée coincée dans le monde des esprits et forcée de travailler dans l’établissement thermal, elle s’émancipera jusqu’à devenir une jeune fille courageuse et autonome qui réussira à sauver ses parents et le garçon qu’elle aime.

Le réalisateur ne nous présente pas que des guerrières. Il s’attarde aussi beaucoup sur les femmes dans leur quotidien. Par exemple, dans Mon voisin totoro, les jeunes Mei et Satsuki sont deux charmantes petites filles qui ont aussi leurs défauts. Elles peuvent être craintives comme capricieuses. Pourtant, elles savent aussi nous étonner par leur autonomie et leur courage. Leur mère étant malade et leur père travaillant, elles sont plus ou moins livrées à elles-mêmes et il est très beau de les voir s’occuper l’une de l’autre avec autant d’attention et d’affection.

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Satsuki et Mei (Mon voisin totoro)

Pareil dans Kiki la petite sorcière où une jeune sorcière de 13 ans doit quitter sa famille pour vivre un an seule dans une ville (afin de parfaire son apprentissage de sorcière).

Hayao Miyazaki représente les femmes sous toutes leurs coutures : jeunes, vieilles, princesses, guerrières, sauvages, civilisées, magiques ou ordinaires. Malgré leurs différences, elles ont toutes un point commun : elles n’ont pas besoin des hommes. D’ailleurs, dans une interview, Miyazaki affirme « Les femmes sont capables d’être de vrais héros, tout autant que les hommes. Elles auront peut être besoin d’un ami, ou d’un soutien, mais en aucun cas d’un sauveur ». En effet, il suffit de regarder les relations qu’entretiennent les héroines du Studio Ghibli : pas une n’a besoin d’un sauveur. Au contraire, n’est-ce pas Chihiro qui sauve Aku ? N’est-ce pas San qui sauve Ashitaka ? N’est-ce pas Nausicaa qui sauve la Terre ? Hayao Miyazaki inverse totalement le rapport de domination et ça fait du bien. Lorsque l’on regarde ses films, on a envie de se lever, de combattre à leur côté et de dire merde aux hommes.

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Chihiro et Aku (qu’elle sauvera par la suite)

Autre point très intéressant dans le cinéma d’Hayao Miyazaki c’est la représentation physique de la femme. Rares sont les personnages féminins sexualisés. Au contraire, chaque silhouette est plutôt neutre, les vêtements sont larges, elles ne sont pas maquillées. Ce que recherche le cinéaste, c’est avant tout de mettre en avant leurs capacités intellectuelles et leur combativité. Le réalisateur l’a souvent expliqué en interview : il ne veut pas que l’on sexualise ses personnages car la femme n’est pas un objet. Cette vision des choses contredit énormément la culture japonaise. En effet, combien de mangas et d’animés représentent la femme avec de grands yeux, une chevelure flamboyante, des corps physiquement inhumains et des seins immenses. Ici, rien de tout ça. Simplement des femmes comme on en croise tous les jours. Juste la réalité et pas le fantasme.

Le cinéma d’Hayao Miyazaki est donc incroyablement novateur et avant-gardiste, un exemple pour tous. D’ailleurs, il est facilement imaginable que, grâce à lui, de nombreux autres studios d’animations seront inspirés par ses idées. En 1998, Disney sort Mulan, récit d’une jeune femme s’engageant dans l’armée pour sauver son père et qui réussira à battre Shan-Yu, sanguinaire chef des Huns. Il est juste dommage que le monde du 7ème art de manière plus générale ne s’inspire pas des œuvres de cet homme étonnamment en avance sur son époque.

 

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