Hayao Miyazaki et l’écologie

Adulé et admiré partout dans le monde, il est inutile de présenter Hayao Miyazaki le grand maitre de l’animation japonaise. Le co-fondateur des célèbres Studio Ghibli, aujourd’hui âgé de 78 ans, est actuellement en train de nous concocter son 12ème long-métrage.

Pour lui rendre hommage, Salles Obscures a décidé d’organiser un ciné-concert de Princesse Mononoké (1997) avec l’aide d’Assas de Concert et d’Assas Environnement.

Assas de Concert accompagnera le film en jouant la magnifique musique de Joe Hisaishi, compositeur japonais et grand favori des Studio Ghibli. Et Assas Environnement est bien évidemment présent pour nous rappeler qu’une des thématiques principales de l’oeuvre du cinéaste, c’est l’écologie.

En effet, Hayao Miyazaki fait des films d’animations mais, contrairement à ce que l’on croit communément, qui dit film d’animation ne dit pas forcément film pour enfant.

Bien que son oeuvre s’adresse à tous, à l’image de l’oeuvre d’Antoine de Saint-Exupéry que Miyazaki admire tant (il a même dessiné les couvertures des éditions japonaises des livres Vol de Nuit et Terre des hommes), il ne faut pas la regarder avec simplicité, au premier degré.

De la guerre à l’écologie, du capitalisme au féminisme, Hayao Miyazaki est un homme aux nombreux combats. Chacun de ces films met en scène des femmes fortes, indépendantes, de véritables guerrières. D’ailleurs, le cinéaste l’affirme : les sociétés mettant en valeur les femmes réussissent mieux. La critique du capitalisme est aussi bien présente (il sait de quoi il parle, Miyazaki a fait des études d’économie) surtout dans Le voyage de Chihiro (2001) où il est montré comme rendant fous les hommes.

Mais le thème le plus cher à Miyazaki, c’est bien sûr la protection de la nature, toujours plus ou moins présent dans chacun de ses longs-métrages.

Tout commence avec Nausicaa de la vallée du vent (1984), second film du maître, et  véritable épopée écologique.

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Dans un monde où la civilisation industrielle a été détruite, l’humanité essaie de survivre et de résister à une gigantesque forêt qui ne cesse de gagner du terrain et dont les spores toxiques sont mortels pour les humains.

Avec Nausicaa de la vallée du vent, c’est plusieurs choses que le réalisateur vise. Tout d’abord, c’est en quelque sorte l’affirmation de la supériorité de la nature sur les êtres humains. La forêt se bat et gagne de plus en plus de terrain : elle reprend ses droits sur un monde qui n’a que trop longtemps été saccagé par ses habitants. Hayao Miyazaki a toujours été clair sur ses positions. Une fois, en interview, il a déclaré, sans totalement plaisanter, qu’il attendait « une ère apocalyptique où les herbes vertes sauvages reprendront la Terre ». Toutefois, il sait nuancer son propos en montrant que l’humanité a tout à gagner si elle travaille de concert avec la nature. A la fin de Nausicaa, notre héroine découvre que la forêt n’empoisonne pas l’environnement mais draine l’air pollué pour le purifier. Rien ne sert donc de raser la forêt comme certains protagonistes du film l’affirment. C’est en respectant la nature comme notre égal que les êtres humains arriveront à trouver un équilibre sur la Terre.

La critique de la science et de la technologie tient aussi une place importante dans la vision écologique du cinéaste. Au début de Nausicaa, on apprend que la civilisation industrielle a été détruite lors des « sept jours de feu », guerre technologique où l’humanité s’est entretuée. Cette idée-là est aussi présente dans Le Château dans le ciel (1986), uchronie steampunk, représentatif de la méfiance de Miyazaki envers les technologies.

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Cependant, toujours en nuance, il ne critique jamais la technologie en elle-même mais plutôt l’incapacité de l’homme à l’utiliser sagement. Dans ses films, l’utilisation de la technologie par l’homme est toujours synonyme de guerre, de destruction et bien évidemment de désastre écologique.

Mon voisin Totoro (1988) parle lui aussi, dans une moindre mesure, de l’écologie. Véritable déclaration d’amour à la nature, Miyazaki met en scène une famille allant s’installer à la campagne. Les deux petites filles deviendront amies avec Totoro, un esprit de la forêt. Traumatisées par la maladie de leur mère, c’est dans la nature et dans Totoro qu’elles trouveront un réconfort.

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Toutefois, c’est en 1997 que Hayao Miyazaki réalise l’un de ses plus grands chefs d’oeuvre avec Princesse Mononoké.

A l’image de Nausicaa de la vallée du vent, Princesse Mononoké est lui aussi une fable écologique sauf que cette fois, le réalisateur signe ici une oeuvre bien plus sombre et violente.

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Dans le Japon médiéval, une guerre fait rage entre les esprits de la forêt et les humains. 

Ashitaka, prince de la tribu des Emishis, est frappé d’une malédiction après avoir tué un dieu sanglier devenu démon. Il part donc à la recherche d’un remède et se retrouve au beau milieu d’une guerre entre esprits de la forêt et humains. En effet, San, jeune fille élevée par des loups, a juré la mort de Dame Eboshi, une femme dirigeant le village des forges et qui souhaite détruire la forêt pour s’approprier ses ressources.

Princesse Mononoké met en scène la cupidité des hommes, prêts à détruire un écosystème entier pour voler ses ressources. Dans le film, les hommes sont même décidés à couper la tête du dieu-cerf (le dieu de la forêt) parce qu’une légende raconte que cette dernière rendrait immortel.

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Le dieu-cerf, dieu de la forêt

L’humanité est présentée comme étant irrespectueuse envers les animaux et la nature : les hommes se prennent eux-mêmes pour des Dieux ayant un droit sur tout et sur tout le monde. Toutefois, Hayao Miyazaki montre bien que l’humanité n’est rien sans la nature. C’est pourquoi lorsque les protagonistes du film réussissent finalement à couper la tête du dieu-cerf, un liquide mortel se met à se répandre partout et détruit tout sur son passage : les humains comme la forêt. Si l’homme s’attaque à la nature au lieu de travailler avec elle, il ne restera plus rien : plus d’humanité et plus de forêt. Sauf qu’il est important de rappeler que quoi qu’il arrive, la nature est plus forte que nous. Si cette dernière et les hommes disparaissent, la nature reviendra toujours, contrairement à l’homme.

Enfin, il est important de rappeler que la dimension écologiste du réalisateur n’est pas anodine. La thématique principale de l’oeuvre du cinéaste c’est aussi les anciennes traditions du Japon. En effet, Hayao Miyazaki est shintoiste (la plus ancienne religion du Japon). La caractéristique principale de cette religion est l’animisme, la croyance qu’une force vitale habite les êtres vivants, objets et éléments naturels (comme les arbres, les pierres et le vent). Dans tous les films de Hayao Miyazaki, on remarque cette croyance en un esprit qui habiterait toute chose. Chaque être humain doit se comporter avec respect et gentillesse envers tout ce qui l’entoure, ce qui implique de respecter la nature et de lutter pour sa protection.

Hayao Miyazaki est un réalisateur qui n’a eu de cesse, depuis le début de sa carrière, de mettre en garde le spectateur contre les dérives de notre siècle. Princesse Mononoké était donc le choix le plus évident pour cette semaine étudiante du développement durable.

Rendez-vous le mercredi 10 avril en amphithéâtre 1 à partir de 19h pour (re)découvrir les aventures de San, Ashitaka et des dieux de la forêt. 

 

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