Petit retour sur le slasher

Le film d’horreur n’est pas, contrairement à ce que l’on croit communément, un genre facile à aborder. Le film d’horreur est un art, un art complexe qui épouse de multiples formes et l’une de ses favorites est le slasher.

Qu’est ce que le slasher ? 

Le slasher est une sous-catégorie très spécifique du genre horrifique qui répond à de nombreux codes : n’est pas slasher qui veut. Il met en scène les méfaits d’un tueur en série mais, contrairement aux thrillers et films policiers, il ne répond pas au schéma suivant : meurtre, découverte du meurtre, traque du meurtrier.

Le but d’un slasher n’est pas de découvrir qui est le tueur. Ici, on suit les meurtres un à un. Les seules questions que l’on se pose sont : Qui va rester en vie? Comment se cacher? Que faire pour échapper au meurtrier? Nous sommes plongés au coeur de l’action.

Cet accompagnement des victimes dans leur détresse et leur mort fait de ce genre un mélange de film d’horreur et de teen movie. En effet, l’une des conditions pour faire d’un film un slasher est le groupe de jeunes. Généralement, n’importe quel slasher peut se résumer ainsi : un groupe de jeunes se fait prendre en chasse par un tueur qui les élimine petit à petit avec une arme blanche (d’où le nom : « to slash » = taillader).

Un tueur, une arme blanche, des jeunes : voilà les bases (qui s’enrichiront au fil des années).

L’histoire et l’évolution du slasher 

Certains estiment que l’apparition du slasher remonte à Psychose (1960) d’Alfred Hitchcock ou au Massacre à la tronçonneuse (1974) de Tobe Hooper. Toutefois, ces affirmations font débat et beaucoup pensent plutôt que le tout premier slasher c’est Black Christmas (1974) de l’américain Bob Clark.

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« Dans une résidence étudiante, lors de la période de Noel, des jeunes filles sont assassinées petit à petit par un mystérieux tueur qui les harcèle au téléphone. »

Ce film aura une incidence considérable sur le cinéma d’horreur. Tout d’abord et petite parenthèse, c’est le premier film à utiliser le téléphone comme un élément de l’horreur. Cette idée sera ensuite utilisée à de nombreuses reprises notamment dans les scènes d’ouverture de l’excellent Terreur sur la ligne (1979) de Fred Walton et de Scream (1996) de Wes Craven. De plus, c’est aussi un des premiers films à utiliser la caméra subjective pour nous faire rentrer dans la peau du tueur (et le premier film à le faire en ouverture). Enfin, c’est tout simplement lui qui lance le genre et à partir de là va suivre une période prolifique pour le slasher.

En 1978, c’est John Carpenter qui vient apporter sa pierre à l’édifice avec Halloween : La nuit des masques. Le film commence en fanfare avec un superbe plan-séquence de 5 minutes en caméra subjective (Merci Black Christmas) qui nous plonge dans la peau de Michael Myers commettant son premier crime à l’âge de six ans. Halloween obtient un succès sans nom et lance la carrière de la grande Jamie Lee Curtis.

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Halloween devient l’un des films les plus rentables de l’histoire et les critiques sont excellentes. Pionnier du genre, Halloween est aujourd’hui un film culte. Réalisation soignée et originale, belle photographie, suspens, scènes et plans mythiques : John Carpenter nous montre que le genre horrifique est beau, prenant et tout aussi important que le reste du 7ème art.

Halloween n’est pas seulement un bon et un beau film : il vient surtout affirmer et redéfinir les bases du slasher. Par exemple, Michael Myers est masqué : c’est une nouveauté et à partir de 1978, la plupart des tueurs le seront aussi. Cette nouvelle caractéristique est très importante puisqu’elle contribue à faire des tueurs des slashers des mythes que l’on appelle « boogey man » (ceux qui font peur aux enfants). Souvent, on se souvient davantage du tueur que du film en lui même. Pourquoi donc ? Tout simplement parce que le tueur possède un esthétisme soigné et recherché : le masque, les habits, son attitude… Rien n’est laissé au hasard et tout contribue à faire de lui une légende de la pop culture. Merci John Carpenter.

Enfin, Halloween va poser certaines bases qui seront reprises et tellement usées jusqu’à la corde qu’elles feront l’objet de parodies. Par exemple, le fameux « si vous avez des relations sexuelles vous allez mourir » ou encore « si vous allez chercher quelque chose et que vous dites que vous revenez dans 2 min, vous ne reviendrez jamais ». Toutefois, dans Halloween, ce n’est pas dérangeant puisqu’il est le premier à utiliser ces codes.

En 1980, Sean S. Cunningham initie la saga des Vendredi 13 avec son tueur au masque de hockey.

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« Un vendredi 13, un jeune garçon du nom de Jason Voorhees meurt noyé au camp d’été de Crystal Lake. Le camp ferme mais quelques années plus tard, une bande de jeunes moniteurs l’ouvre à nouveau. La nuit d’un vendredi 13, ils disparaissent tous petit à petit. »

Encore une fois, on retrouve l’influence de Black Christmas avec les nombreux plans en caméra subjective où l’on est dans la peau du tueur qui épie et tue ses victimes. Le film n’a toutefois pas le même retentissement critique qu’Halloween bien qu’il soit aussi très rentable.  Aujourd’hui, il est un incontournable du genre.

Enfin, c’est avec Les griffes de la nuit en 1984 que Wes Craven met fin à cette ère prolifique (et lance en même temps la carrière du jeune Johnny Depp dont c’est la première apparition sur le grand écran).

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Avec Les griffes de la nuit, Wes Craven nous offre un nouveau tueur mythique : Freddy Krueger dont la main gantée est pourvue de rasoirs. Succès critique et commercial, Les griffes de la nuit s’inscrit dans la lignée des plus grands films d’horreurs en nous offrant des plans splendides et des  scènes aujourd’hui devenues cultes.

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Enfin, il ne faut pas oublier certaines mentions honorables.  Terror Train (1980), Happy Birthday to me (1981) Sleep away camp (1983), Return to horror high (1987, l’un des premiers rôles de George Clooney), le slasher regorge de petits films de série B vraiment excellents.

Les problématiques posées par le slasher

Toutefois, vers la fin des années 80, le slasher s’épuise et se parodie lui-même. Les jeunes sont tous plus stupides les uns que les autres (entre blondes décérébrées et joueurs de foots beaufs) et ne font jamais les bons choix (toujours à des fins scénaristiques). Les stéréotypes dont j’ai parlé précédemment sont utilisés encore et encore et concourent donc à faire des slashers des films vides et prévisibles. Il n’y a plus de suspens, plus d’esthétisme, plus de sel. Ce manque d’inventivité complet peut s’expliquer par le fait que le slasher a toujours un budget très bas pour ensuite une grande rentabilité commerciale. Pourquoi s’évertuer à faire un bon film si l’on sait que dans tous les cas le genre se suffit à lui-même pour gagner de l’argent ?

Heureusement, en 1996, Wes Craven revient en force et dépoussière le genre avec Scream. 

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Scream est à la fois un excellent film d’horreur et une parodie. Toutefois, contrairement à des films comme Scary MovieScream est une parodie subtile et seuls les habitués du genre peuvent s’amuser des petits détails que Wes Craven a pris le soin de déposer. En effet, Scream est une déclaration d’amour au cinéma d’horreur. On peut remarquer par exemple que le concierge du lycée a des habits semblables à ceux de Freddy Krueger ou encore lorsque les personnages de Sidney (jouée par Neve Campbell) et de Riley (jouée par Rose McGowan) discutent des meurtres, Riley dit « Arrête, tu me fais penser à un film de Wes Carpenter » (Wes Craven + John Carpenter).

Le point clé de cet hommage c’est cette scène où tous les jeunes sont assis dans le salon en train de regarder Halloween. Le personnage de Randy Meeks, jeune étudiant amateur du genre horrifique, explique « les règles à respecter pour ne pas mourir dans un film d’horreur ».

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Il en énonce 3 :

  • pas de sexe
  • pas de drogue ni d’alcool
  • ne jamais dire « je reviens »

Ici, Wes Craven se moque gentiment de ces trois stéréotypes que les slashers n’ont cessés d’utiliser depuis les années 70.

Scream est un film de génie qui sait habilement mélanger des scènes au suspens très maitrisé (la scène d’ouverture est extraordinaire – qui n’a pas frissonné en entendant le fameux « Blondie » ?) et un côté hommage parodique toujours subtile et jamais lourd.

Le côté parodique de Scream est révélateur des problèmes que soulève le genre : un manque de créativité et des films vides de tout suspens. Ce n’est pas pour rien que le slasher s’est essoufflé à la fin des années 80. Au final, les excellents slashers se comptent sur les doigts d’une main. D’ailleurs, ces derniers ont fait l’objet de nombreuses suites et remakes représentatifs de ce manque de créativité. Par exemple, Halloween, Vendredi 13 et les Griffes de la nuit deviennent des franchises qui totalisent à eux trois 31 films (qui en terme de qualité n’ont bien sûr rien à voir avec les originaux). Scream ne va pas non plus échapper à la règle et connaitra trois suites et une série télévisée.

Le slasher va petit à petit laisser place à de nouveaux genres comme le film d’épouvante, le torture porn, le survival ou le film de zombie. Toutefois, en 2017, la société de production Blumhouse sort le film Happy Birthdead qui, à l’image de Scream, essaie de se réapproprier les codes du genre. Le succès critique et commercial du film montre que le public est toujours avide de ce qui faisait autrefois un bon slasher. Une belle promesse pour l’avenir du cinéma d’horreur.

2M

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