Et si « Riverdale » était la série la plus intelligente du petit écran ? (attention spoilers)

Voilà un peu plus de deux ans que Riverdale a débarqué sur la CW aux Etats-Unis (et sur Netflix pour la distribution internationale). Notons tout d’abord que cette diffusion par Netflix représente une véritable aubaine pour la série, qui, même si elle réalise des audiences passables aux Etats Unis (entre 1 et 2 millions de téléspectateurs par épisode en moyenne), se rattrape largement sur la diffusion internationale et bénéficie d’une aura assez spectaculaire, faisant ainsi de ses interprètes de véritables stars. 

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Adaptée des très célèbres « Archie Comics » (du moins célèbres aux USA, leur version de Titeuf en somme), la série suit un groupe d’ados mené par celui qui est censé en être le personnage principal, le désormais mondialement connu Archie. La série s’inspire précisément d’une relecture récente des personnages de la bande d’Archie qui se veut plus adulte que les comics de base. Le véritable personnage de Riverdale, c’est en fait Riverdale elle-même. La ville, théâtre de toutes sortes de crimes et autres manipulations, du meurtre au trafic de drogue en passant par les thérapies de conversion (si si), évolue comme une sorte de monde parallèle où tout est possible, coupée du reste de l’univers qui semble n’avoir aucune prise sur elle. 

La première chose à dire sur Riverdale, c’est qu’elle surfe sur la tendance nostalgie qui anime d’autres séries comme Stranger Things, et joue la référence à la pop culture tous azimuts, de Twin Peaks (l’une des actrices de la série originale joue d’ailleurs dans Riverdale) à Donjons et Dragons en passant par Scream et The Breakfast Club. Les références pullulent à chaque épisode, de quoi ravir toute la génération des années 90 et instruire la nouvelle.

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(Ici une référence évidente à la série « Twin Peaks)

La série, dès le début, nous présente une galerie de personnages hauts en couleur, tous plus clichés les uns que les autres sans aucune volonté de le dissimuler, pour mieux déjouer les attentes du spectateur (du moins dans l’idée). D’abord il y a Archie, le « petit rouquin » finalement bodybuildé et star du lycée, qui s’avérera plus bête qu’on ne l’espérait. Il y a ensuite la gentille Betty, pas si innocente que ça, qui n’hésitera pas à enfiler une perruque pour un petit jeu SM dans un jaccuzzi, tout ça dans le but d’apprendre le respect à un garçon du lycée (ne riez pas). Vient ensuite Veronica, la jeune héritière déchue qui cherche désespérément un royaume de secours, et qui n’aura d’autre choix que de faire des toilettes du lycée son nouveau trône. Seulement Veronica a de la concurrence, puisque Riverdale High a déjà une reine, la rousse incendiaire Cheryl, héritière elle aussi (sa famille a fait fortune dans le sirop d’érable et domine la ville d’une main de maître). Dans notre catalogue de protagonistes lycéens traditionnels, Cheryl est la queen bee, vous l’avez compris. Et enfin le narrateur de toute cette histoire, qui tel l’auteur des comics chaque semaine nous conte l’histoire de cette belle ville qu’est Riverdale, j’ai nommé Jughead, l’écrivain ténébreux qui ne quitte jamais son bonnet façon étoile de mer (la rumeur veut qu’il cache un début de calvitie) et qui se sert encore une machine à écrire. A l’image de Jughead et de sa machine à écrire, la série refuse le progrès qui touche en ce moment les séries pour adolescents, comme la récente Sex Education, qui redéfinit les codes des lycéens. Riverdale, elle, est old school jusqu’au bout des ongles, du moins elle l’était dans ses premiers temps. 

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Nous après chaque épisode de Riverdale

Car oui, Riverdale a changé.

Ce sont toujours les mêmes décors, la même ville gangrenée, les mêmes personnages, mais plus rien n’est pareil à Riverdale. Au début, avec ses personnages stéréotypés à outrance, la série nous a emmené sur un terrain très classique. L’un des jeunes de la bande disparait, le frère de Cheryl, et tel le club des 5 nos personnages s’évertuent à découvrir qui est le tueur (mais que fait la police ?). Si l’intrigue était classique en saison 1, nous avions déjà compris plusieurs choses à l’issue de cette première salve d’épisodes. Tout d’abord, Riverdale ferait fi du réalisme, les ados étant à peu près tout permis dans cette ville et la police inefficace voire inexistante. On l’accepte ou on décroche, la série ne laisse pas de place à la demi-mesure, du genre « Bon ce n’est pas très réaliste mais passe encore ». Ici, c’est tout ou rien. Ce que l’on a aussi compris, c’est que les clichés du début seraient presque tous déjoués. Betty n’est pas si innocente, Veronica ressemble plus à son taulard de père qu’il n’y parait, Archi est en fait un abruti fini et Jughead aime bien avoir des amis, finalement. 

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D’accord, jusque là, la série restait assez classique. C’est un ressort connu, un meurtre révèle les vraies personnalités des habitants d’une petite ville. Appliquée sur des lycéens, la recette fonctionne aussi. La question était alors : comment Riverdale va t elle évoluer désormais ?

Eh bien loin de suivre le chemin qu’elle avait tracé, le même qu’avaient emprunté avant elle Gossip Girl, Pretty Little Liars et autres pseudo thrillers pour adolescents, Riverdale a fait le choix audacieux de s’affranchir de toutes les règles qui incombent aux séries pour adolescents. Absolument toutes. La série est en roue libre totale, au gré de revirements scénaristiques toujours plus improbables, et elle a totalement abandonné la cohérence et le réalisme de ses intrigues,  ainsi que l’unité du scénario, au profit d’une narration ultra tirée par les cheveux mais finalement assez jouissive pour le spectateur qui sait apprécier cette liberté.

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Les personnages n’ont (cette fois-ci) plus une once de vraisemblance : Veronica dirige un cabaret plus ou moins clandestin qu’elle a aménagé au sous sol du restaurant qu’elle s’est payé (mais rencontre toutefois quelques difficultés à s’approvisionner en alcool du fait de sa minorité, faudrait pas pousser mémé dans les orties). Betty est devenue plus douée que Columbo pour résoudre des crimes, étant ceci dit bien aidée par son père tueur en série et sa mère désormais membre d’une secte. Que de cas cliniques à portée de main. Jughead a quant à lui pris la tête du gang des serpents, délaissant sa passion pour l’écriture au profit de la mutilation d’avant bras (passe-temps qui donnera lieu à une scène ultra violente totalement inattendue dans Riverdale où Jughead enlève le morceau de peau où se trouve le tatouage de son ennemie jurée). Cheryl est devenue lesbienne (il en fallait bien une), et la jeune héritière, après un petit séjour en HP, file désormais le parfait amour avec une membre de gang prénommée  Antoinette, habillée été comme hiver comme une prostituée mexicaine. Et enfin Archie, que dire d’Archie si ce n’est qu’à chaque épisode il s’enfonce un peu plus dans la bêtise. Traqué par un parrain de la mafia (le père de sa copine), il fera un petit séjour en prison (volontaire, les vrais savent) avant de quitter la ville puis d’y revenir en courant après s’être fait attaquer par un grizzly.

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Coucou Carrie

Vous n’avez rien compris ? C’est tout à fait légitime. La série a fait sauter absolument toutes les barrières de la logique, du réalisme et même de la vraisemblance. Désormais débarrassée du carcan de la vérité, la série s’est révélée à elle même, comme un pur objet de divertissement, avec des acteurs qui croient dur comme fer à leurs répliques improbables. On pourrait bien tenir là la série la plus intelligente du petit écran : puisque Riverdale a compris qu’en ce bas monde tout est éphémère, en particulier à la télévision, la série a fait le choix de vivre au jour le jour. Le seul moyen de survivre étant d’évoluer constamment, comment faire lorsque des règles narratives vous contraignent ? Riverdale, elle, les a totalement évacuées. Cela donne des scénaristes qui s’en donnent à coeur joie, qui vont au fond de leurs idées farfelues sans jamais se soucier des règles que suivent en général les séries pour adolescents.

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La dernière saison de Riverdale, diffusée en ce moment-même, prouve que loin de se calmer, la série va continuer à exploiter cette veine puisque nous affrontons actuellement avec la bande à Archie le fameux « Roi des Gargouilles » qui pousse les jeunes au suicide et au meurtre à travers un jeu de rôle intitulé « Griffons et Gargouilles ». Et si c’est loin d’être l’intrigue la plus folle qu’on ait connu à Riverdale, quelque chose nous dit que le pire reste à venir, pour le meilleur bien sûr. Car là est toute l’intelligence de Riverdale, faire de la pire des histoires la plus passionnante des quêtes, comme elle fait des pires personnages des héros improbables. Naviguant avec une aisance forcée entre les genres, Riverdale se réinvente en permanence, quitte à laisser de nombreux spectateurs de côté. Ceux-là n’ont juste pas compris que Riverdale n’est rien de plus que ce que l’on voit, ils cherchent un sens à la série au lieu de la vivre, de l’apprécier pour ce qu’elle est, c’est à dire un divertissement total, jamais creux puisque finalement sans aucune profondeur. Et c’est pour ça qu’on aime Riverdale. 

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Le fameux Roi des Gargouilles

Vous pensiez que la série ne pourrait pas aller plus loin ? Riverdale pourrait bien vous faire mentir avec l’arrivée de sa petite soeur « The Chilling Adeventures of Sabrina » sur Netflix. Car vous l’ignorez peut être mais Archie et Sabrina sont issus du même univers, de la même série de comics. D’ailleurs Greendale, la ville de Sabrina, est voisine de Riverdale et a déjà été mentionnée plusieurs fois dans la série. Avec le cross-over annoncé des deux séries, Riverdale pourrait bien faire sauter un dernier verrou en introduisant une dose de fantastique dans ses aventures. Affaire à suivre.  

Mathias Chouvier

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