Green Book : Retour sur l’un des favoris aux Oscars

Green Book : Sur les routes du sud est un film américain réalisé par Peter Farrelly, sorti en 2018. Il s’agit d’un film biographique sur une tournée réalisée dans les États du Sud en 1962 par le célèbre pianiste de jazz Don Shirley, d’origine jamaïcaine, et son chauffeur et garde du corps blanc, Frank Anthony Vallelonga, surnommé Tony Lip pour sa tchatche infernale.

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Durant leur périple, Don Shirley (incarné par Mahershala Ali) et Tony Lip (interprété par Viggo Mortensen) devront utiliser The Negro Motorist Green Book indiquant les lieux acceptant les gens de couleur.
En effet, les Etats Unis du Sud sont soumis aux lois de Jim Crow entre 1876 et 1964 qui distinguaient les citoyens selon leur appartenance raciale et qui imposaient une ségrégation de droit interdisant par exemple tout mariage entre une personne blanche et une personne noire ou séparant les écoles pour enfants blancs et pour enfants noirs.

Ce film s’attaque donc à un sujet lourd et témoigne du racisme omniprésent.
Tony Lip, qui n’est pas friand des personnes de couleur, accepte sous la contrainte financière de conduire le virtuose du piano Don Shirley.
Ce chauffeur est un homme au rire gras, qui se tient de manière grossière et qui aime se décrire comme faisant « les choses à 100%, y compris bosser à 100% mais également rire à 100% ».
Tandis que Don Shirley est un homme élancé, aux mouvements élégant et qui met un point d’honneur à garder la tête haute en toute occasion.

Au cours de leur périple, une affection se noue entre les deux personnages, chacun sort de son confort et rencontre l’univers de l’autre. Tony Lip fait face à ses idées préconçues et prend conscience de l’absurdité de ses préjugés et ceux de la société.

Alors qu’il se croit supérieur, c’est Don Shirley qui va lui apprendre à mieux se comporter en haute société et à ne pas se laisser emporter par ses émotions.
Tony Lip lui apprend à vivre les choses avec plus de légèreté, à s’amuser et à être fier de ses origines. Par exemple, il refuse contrairement au souhait de Don Shirley, de changer de nom de famille, que la consonance italienne rendrait difficile à prononcer pour la haute société.

Au fil de la route, l’atrocité historique défile sous nos yeux. Les droits des personnes de couleur sont bafoués. Ils n’ont pas le droit de dormir dans les mêmes hôtels ou de se promener la nuit, ni même d’essayer un costume sans l’acheter.
Une scène poignante du film nous montre le contraste entre Don Shirley sortant dans son costume seyant de sa voiture luxueuse au milieu des champs, face à des agriculteurs noirs qui le fixent avec des traits marqués par la fatigue et la souffrance.

Le film dénonce également un système judiciaire où les policiers négligent les droits des personnes de couleur en les arrêtant arbitrairement. Pire, ils sont récompensés à travers des pots-de-vin pour les libérer alors qu’ils ont sanctionné injustement.

Une réelle quête d’identité pour Don Shirley se joue le long de leur voyage. Difficile de trouver sa place dans une société où les riches l’invitent pour prétendre être des personnes cultivées alors qu’ils le rejettent une fois le concert fini.
Un dialogue sanglant naît entre les deux protagonistes où Tony Lip affirme à Don Shirley être plus noir que lui car il travaille dur pour à peine subvenir aux besoins de sa famille tandis que le pianiste vit dans un château. Don Shirley réplique alors qu’il vit dans un château isolé car il est trop noir pour les blancs mais trop blanc pour les noirs.

Malgré un sujet lourd, le réalisateur garde une touche d’humour dans ce film et allège l’ambiance étouffante d’un univers raciste. Il ne faut pas oublier que l’humour reste l’une de ses spécialités puisqu’il a également réalisé de nombreux films en compagnie de Jim Carrey ou encore « Mary à tout prix ».

De plus, les paysages grandioses défilant le long de leur périple sont une parenthèse qui nous permet de respirer et de nous libérer de cette atmosphère oppressante. On sourit également face à la description maladroite mais touchante des paysages de Tony Lip lorsqu’il écrit ses lettres adressées à sa femme.

Le pari de ce film est réussi, le parfait mélange entre l’humour et l’austérité du sujet nous offre une satire délicieuse qui nous régale avec ses dialogues.

Les plus : Le scénario est bien ficelé et chaque détail du film renvoie à un autre.

Les moins : Le film donne envie de se goinfrer chez KFC et réduire à néant toute tentative de régime.

Fannie Dupriez

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