Blood Diamond : chasse au trésor sur fond de conflit armé

Leonardo DiCaprio, Djimon Hounsou, le paysage africain de la Sierra Leone, terre de feu et de sang dans la deuxième moitié des années 1990… et un conflit qui détruit le pays : en 1999 la guerre civile qui divise les rebelles de la RUF (Revolutionary United Front) et le gouvernement du pays éclate, avec en son cœur le trafic des diamants de sang, les fameux « blood diamonds », entre le Liberia et la Sierra Leone. 

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Danny Archer (DiCaprio, toujours brillant, oui oui en toute objectivité) ancien mercenaire reconverti dans la contrebande d’armes et accessoirement de diamants, rencontre Salomon Vandy (Djimon Hounsou, touchant en père de famille) dont le fils a été enlevé par les rebelles afin de grossir leurs rangs d’enfants-soldats. Retenu prisonnier par les forces de la RUF après le sac de son village, Salomon Vandy est envoyé dans une mine diamantaire, y découvre un spécimen d’une taille exceptionnelle à la valeur inestimable et parvient à le cacher. Le camp rebelle est attaqué par l’armée du gouvernement, et Vandy est envoyé en prison où il y fait la connaissance de Archer. Ce dernier, animé par l’appât du gain, paye sa caution de liberté en échange du fameux « blood diamond ». S’ensuit une épopée dans un pays déchiré par la révolte et la violence, un personnage en quête du profit (ou du moins en apparence), l’autre en quête de sa famille et de sa liberté.

Edward Zwick signe ici son 8e film, après Le Dernier Samouraï (2003), et livre une vision réaliste et crue des instabilités de l’Afrique des années 1990. Avec un casting luxueux (Leonardo DiCaprio, Djimon Hounsou, Jennifer Connelly ou encore Michael Sheen en magnat du diamant), ce long métrage est un film notable des années 2000 sans pour autant s’imposer comme un incontournable. Mais qu’est-ce qui le rend si attrayant sans pour autant être inoubliable ?

Entre fiction et faits réels

Les films inspirés de faits d’actualité (on considèrera que les années 1990 constituent encore notre actualité, cf. ma chargée de TD et ses conseils méthodo pour les revues de presse) peuvent parfois s’afficher comme un ersatz de film historique : se concentrant sur un évènements précis et relativement court là où le film historique à proprement parler repose sur un axe chronologique plus long, le « film d’actualité » peut rapidement devenir lent, voire même (n’ayons pas peur des mots) carrément ennuyeux. Étrangement, on s’attend à ce désagréable sentiment en visionnant Blood Diamond, mais il ne vient jamais. On se laisse porter par l’histoire, les pérégrinations de l’improbable duo formé par Danny Archer et Salomon Vandy et la beauté des paysages filmés. La Sierre Leone a beau être souillée par la guerre et le sang (sujets phare du film entre le titre, les diamants et la guerre, j’aurais même tendance, en toute humilité, à renommer le film La guerre du sang, héhé) elle n’en reste pas moins sublime.

Si le film parvient à garder en haleine le spectateur, c’est aussi grâce à l’habilité du scénario à porter l’attention non pas sur la guerre en soi, mais sur les acteurs et les victimes des événements : Salomon Vandy, le civil pris entre les feux, et Danny Archer, le contrebandier qui entretient le système pour son bénéfice propre. Si certains personnages sont oubliables (le fils, le colonel), d’autres se démarquent par leur profondeur, pas forcément décelable au premier abord.

Le protagoniste principal, et probablement le plus intéressant, est sans aucun doute l’ex-mercenaire Danny Archer. Originaire du Zimbabwe (qu’il s’obstine à appeler « Rhodesia », comme s’il contestait les changements qui agitent l’Afrique), il s’efforce de survivre par des moyens plus ou moins légaux, se frottant à la pègre locale. Il tente ainsi d’acquérir sa liberté et de rentrer au pays (on peut supposer que son ancienne carrière de mercenaire l’a emmené du sud de l’Afrique à la côte Atlantique). Au fil du film on apprend à nuancer notre opinion du personnage, à comprendre ses dessous, à ne pas le juger à travers ses exactions mais à travers son histoire. Dans une séquence entre le contrebandier et Maddy Bowen (Jennifer Connelly), activiste de l’UNICEF dans les camps de réfugiés civils, Danny Archer relate l’histoire (tragique) de sa famille, le tout en descendant une bouteille de vin de palme.

Le travail d’acteur

La puissance de jeu des acteurs, notamment celle de Leonardo DiCaprio (comme d’habitude me direz-vous) confère aussi un aspect qualitatif au film.

DiCaprio livre une performance à vif, dans un contexte de guerre. Où trouver un juste milieu sans surjouer du pathos ? Ce qui impressionne le plus c’est en particulier le superbe accent sud-africain parlé par Danny Archer : un accent à couper au couteau, limite argotique, imité à la perfection. Natif du Zimbabwe, Archer est un Africain blanc, il devenait par conséquent primordial de bien montrer son origine et en l’occurrence la légitimité de sa présence en Afrique (ce n’est pas un simple touriste américain en vacances). Certaines scènes permettent de le présenter sous plusieurs aspects : le type bourrin et violent versus l’homme déchiré, l’homme amoureux et l’homme perdu… Cette multitude de visages qui rendent le jugement moral du personnage d’autant plus difficile. Est-il bon ou mauvais ? Opportuniste ou loyal ?

Djimon Hounsou (vu dans The Island de Michael Bay), lui, n’écope pas d’un personnage aussi pétri de contradictions que celui de Archer mais il possède malgré tout une fibre sentimentale à mentionner. C’est un chef de famille aimant et courageux, capable de déplacer des montagnes (en s’associant à des malfrats comme Archer, par exemple) afin de retrouver son fils et le reste de sa famille, éparpillée à travers toute la Sierre Leone. Mention spéciale à la production lacrymale du monsieur (je pleure ne même temps que lui à chaque fois, option Grincheux dans Blanche-Neige).

Aparté coup de cœur : la bande originale de James Newton Howard

Autre atout majeur du film : la musique. Ceux qui me connaissent un peu savent que les bandes originales représentent beaucoup pour moi dans un film (tout cinéphile peut prétendre à ça, j’en connais pas mal à Salles Obscures, keur sur vous). Elles permettent de poser un décor invisible, un peu comme un cadre dans un cadre (la photographie du film qui encadrerait la « photographie » de la musique qui elle-même encadre le film — si je vous ai perdus laissez tomber, c’était une pure envolée lyrique).

Aux commandes, James Newton Howard (qui a composé entre autres les BO d’Atlantide : l’empire perdu, ou encore celles des Animaux Fantastiques 1 et 2) avec la contribution du chanteur sénégalais Youssou N’Dour et d’un chœur d’enfants (sur le morceau « London »). Chaque titre possède sa particularité, des morceaux émotionnels (« Goodbyes ») avec une mélodie délicatement jouée au piano, aux thèmes plus puissants (« I can carry you ») et leurs riffs de guitare, ainsi qu’aux sonorités folkloriques (« Salomon Vandy »), portées par les instruments à vent traditionnels et les chœurs d’enfants.

Une bande originale à l’image du film donc : oubliable, mais pas dénuée de charme.

En préparant cet article, j’ai parlé avec notre Gaspar international, lequel me lance (je cite — approximativement) : « Les gens n’aiment pas trop le film, c’est trop Netflix » (comprenons « pas assez cinéma »). Pourtant ce jeune homme a apprécié, j’ai apprécié (il vous en faut d’autres ?) et pour « valider » tout ça le film a tout de même reçu 5 nominations aux Oscars en 2007 dont celle du meilleur acteur pour Leo (après avoir fait le mariole aux quatre coins du monde, il finit par recevoir sa statuette en 2016 avec The Revenant). Le film n’était pas mémorable, certes : mais il a su rester gravé dans la mémoire de quelques uns d’entre nous comme une pièce notable de la carrière de Monsieur DiCaprio, mais aussi comme un bon divertissement du cinéma d’action.

Philippine Bouilly

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