Gladiator et sa bande-originale

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Alors qu’on apprend qu’une suite de Gladiator serait actuellement en chantier (libre à vous de voir ça comme une bonne nouvelle ou un scandale sans précédent dans l’histoire du cinéma, on ne se prononcera pas), c’est l’occasion idéale de vous faire (re)découvrir la splendide bande originale du péplum de Ridley Scott, sorti il y a tout juste 18 ans. Un grand général de l’armée impériale romaine favori de l’Empereur Marc Aurèle qui, par un accès de jalousie du fils de ce dernier, sera déchu de son rang et perdra tout avant d’être propulsé dans l’arène en tant que gladiateur…

Panem et circenses (« Du pain et des jeux » si vous n’avez pas eu la chance de faire latin jusqu’en terminale) : ce film est incroyable, avec un Russell Crowe taciturne mais ô combien grandiose et un Joaquin Phoenix exceptionnel en parricide. Toutefois, ce qui fait la force de ce film ce n’est pas la performance des acteurs mais c’est surtout la musique de Hans Zimmer : les compositions alternent entre thèmes épiques, sonorités orientales et vocalises de la brillante Lisa Gerrard, soliste du groupe australien Dead Can Dance.

Le processus créatif de la bande originale a été laborieux et s’est étendu sur plusieurs mois : de la constitution de l’équipe studio à la validation finale de la musique, petit récap.

La rencontre avec Lisa Gerrard et Djivan Gasparyan

Hans Zimmer a su bien s’entourer. Tout a commencé lors des premiers jours en studio : des membres de l’équipe passaient régulièrement des CD de Dead Can Dance, le groupe de Lisa Gerrard. Touché par sa voix, Zimmer demande s’il ne serait pas possible de trouver une artiste capable de chanter pour Gladiator de la même façon que Gerrard : il se trouve qu’il la contactera directement pour lui soumettre le projet qu’elle acceptera. C’est à partir de là que le processus commence à prendre de l’ampleur :

            « Elle devait rester 4 ou 5 jours, mais c’est devenu 4 ou 5 mois. »

                                                                                                         Hans Zimmer

gettyimages-1317557-1024x1024.jpgHans Zimmer et Lisa Gerrard 

Si vous ne comprenez pas la langue dans laquelle chante Lisa Gerrard c’est normal, elle l’a inventée, ne s’encombrant pas du sens des mots mais se laissant porter par le sens des notes. Les vocalises de Lisa Gerrard sont aussi pour la plupart du temps de la pure impro : c’est pourquoi chacun devait se tenir toujours prêt à enregistrer lors des recording sessions pendant lesquelles les images du films passaient afin de stimuler l’inspiration de Zimmer et Gerrard.

Autre guest artist : Djivan Gasparyan. Artiste reconnu en Arménie, son pays d’origine, Djivan Gasparyan joue du duduk, sorte de clarinette arménienne, qui correspond aux scènes se déroulant au Maroc. Réussir à l’amener sur le projet ne paraissait pas évident au premier abord étant donné que l’artiste ne souhaitait pas partir de son pays. Mais Zimmer s’obstine et écrit de nombreuses compositions pour lui : Gasparyan change d’avis et traverse l’Atlantique jusqu’à Los Angeles, apportant au projet la touche orientale nécessaire aux plans du désert marocain.

Les thèmes musicaux

Pour Zimmer, l’objectif est de créer des thèmes qui s’adaptent aux situations et aux lieux.

Le thème de la terre (« Earth ») est repris tout au long du film mais avec des instruments et des rythmes différents en fonction de la tension de la scène (« Am I Not Merciful? ») ainsi que des personnages qui y figurent. De la séquence de la victoire contre les barbares germaniques à la scène finale plus émotionnelle, le morceau sert de fil conducteur.

Les sonorités s’accordent aussi aux zones géographiques. Pour les scènes marocaines, Zimmer avait une idée bien précise qui a demandé le concours de Djivan Gasparyan : « Une fois au Maroc, je voulais que ça soit très tribal, sale et cru », d’où l’utilité de duduk arménien (« To Zucchabar »).

Le thème de Rome, lui, rend hommage aux grands classiques musicaux allemands, qui donnent un effet de splendeur et de prestige. Zimmer dit à ce propos : « Sans vergogne je suis redevenu Allemand et je me suis aventuré en territoire wagnérien. » Le retour aux sources (« The Might Of Rome »).

Un travail acharné de 6 mois qui aura au final remporté le Golden Globe de la meilleure bande originale en 2000 et l’admiration de nombreux spectateurs et notamment de Mme Zimmer : « Maintenant je comprends pourquoi tu as été si insupportable ces 6 derniers mois».

Philippine Bouilly

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