Oliver Stone et le Viêt Nam

Nombreux sont les réalisateurs qui ont porté les douloureux évènements de la guerre du Viêt Nam sur grand écran. Hamburger Hill (1987) de John Irving, Voyage au bout de l’enfer (1978) de Michael Cimino, Apocalypse Now de Francis Ford Coppola (1979), Full Metal Jacket (1987) de Stanley Kubrick, Outrages (1989) de Brian de Palma…

Tout au long de la guerre (1955-1975) et des années encore après, le rôle des soldats américains sur le sol Vietnamien était tabou. Aux Etats-Unis, on en parlait peu, du moins que de ce que l’on acceptait de voir. Le cinéma s’est révélé être un moyen pour remédier à ce silence.

Oliver Stone, réalisateur américain né en 1946, a fait partie des nombreux volontaires à s’engager dans cette guerre, dite nécessaire et salvatrice. Si il rentre du Viêt Nam prestigieusement décoré, il en sera surtout profondément marqué.

C’est à travers trois long-métrages qu’il a choisi de livrer son expérience. Il décide de mettre en scène le point de vue des Américains à la fois au Viêt-Nam dans Platoon et aux Etats-Unis dans Né un 4 juillet. Tandis que dans Entre Ciel et Terre, il met en scène celui des Vietnamiens.

Platoon (1986)

Figure emblématique du film sur la guerre du Viêt Nam, Platoon est le premier de la trilogie.

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William Dafoe, Charlie Sheen et Tom Berenger

En 1967, le jeune Chris Taylor (joué par Charlie Sheen, fils de Martin Sheen incarnant le rôle principal dans Apocalyspe Now) s’engage volontairement au Viêt Nam. Désillusion sur désillusion Taylor se rend vite compte que la propagande américaine est un mensonge. Là-bas les soldats sont plongés dans une guerre qu’ils ne veulent pas, ne comprennent pas et à laquelle ils n’étaient pas préparés. Certains sont même prêts à se blesser eux-mêmes pour y échapper. Plongé dans l’enfer de la jungle Vietnamienne, il semble ne jamais avoir aucun repos, aucune tranquillité. Simplement la peur de la mort, la faim, la soif, la fatigue, l’humidité et les moustiques.

La caméra d’Oliver Stone nous oppresse. Elle met en exergue l’ampleur du piège qui s’est refermé sur les soldats engagés au Viêt Nam.

Le récit se centre sur la discorde régnant au sein la division de Taylor : le combat entre les deux sergents Barnes (Tom Berenger) et Elias (William Dafoe). Les deux hommes représentent chacun deux opposés. Si Barnes est violent, aveuglé par un faux patriotisme, assoiffé de sang, Elias refuse de s’avilir, et représente la conscience morale.

Fresque anti-guerre, Platoon obtiendra 4 oscars (meilleur réalisateur, meilleur monteur, meilleur son et meilleur film) en 1987.

Né un 4 juillet (1989)

Inspiré d’une histoire vraie, Né un 4 juillet diffère des autres films sur le Viêt Nam. Il met en scène un sujet peu abordé, le point de vue des américains restés sur le territoire.

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Tom Cruise dans le rôle de Ron Kovic (vétéran du Viêt Nam)

Ron Kovic (joué par Tom Cruise) est né dans une famille catholique, patriotique, qui ne vit que pour le drapeau et qui est persuadée, comme tant d’américains, que la guerre au Viêt Nam est indispensable, conséquence du lavage de cerveaux opéré par le gouvernement américain. Le jeune Kovic s’en va donc au Viêt Nam des étoiles dans les yeux. Il revient quelques mois plus tard, paraplégique. C’est à ce moment précis que débute la descente aux enfers.

Rapidement, il réalise que personne ne sait véritablement ce qui se trame. Les citoyens américains (représentés par sa famille) ne veulent pas entendre ce que les anciens soldats de la guerre du Viêt Nam ont vécu.

Portée par le jeu brillant de Tom Cruise, une des scènes du film représente parfaitement, à mon avis, les conséquences de la guerre du Viêt Nam. Un soir, Ron Kovic rentre chez lui après avoir beaucoup bu. Sa famille, puritaine, particulièrement sa mère lui reprochent sa descente aux enfers. En fauteuil roulant, déprimé, il a perdu la foi et sombre dans l’alcoolisme. Ils ne comprennent pas et ne veulent pas voir ce qui est arrivé à leur fils.

S’ensuit un discours bouleversant de Tom Cruise, ponctué par les paroles insistantes  de sa mère qu’il le supplie de se taire « de peur que les voisins l’entendent ». Kovic ne cesse de crier qu’il a tué des femmes et des enfants alors que pourtant on lui a toujours enseigné et vendu « Thou shalt not kill women and children ».

Extrait deladite scène

Ron Kovic, porté par ses idéaux et son envie d’exprimer la réalité de la guerre devient le leader des manifestations, trop rares, contre ce conflit.

Né un 4 juillet remportera deux oscars en 1990 (meilleur réalisateur et meilleur montage).

Entre Ciel et Terre (1993)

Dernier film de la trilogie, Entre Ciel et Terre aborde (pour le coup) un point de vue quasiment jamais utilisé par les réalisateurs occidentaux : celui des vietnamiens. Il s’inspire de deux ouvrages d’un écrivain vietnamien Le Ly Hayslip.

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Tommy Lee Jones et Hiep Thi Le 

Le film est centré sur une jeune vietnamienne (jouée par Hiep Thi Le) qui, suite aux violences perpétrées par les Viêt Cong sur le peuple vietnamien du nord, s’enfuit à Saigon où elle rencontre un jeune soldat américain (Tommy Lee Jones) qui tombe fou amoureux d’elle.

L’intérêt est de montrer que les Viêt Cong comme les Américains ne sont pas ceux qu’ils prétendent être.

Le véritable but des Viêt Cong n’était pas de défendre leur patrie et les Américains n’étaient pas de sauver le monde du communisme. La jeune vietnamienne représente ce peuple qui a énormément souffert physiquement et moralement d’une guerre que seuls les gouvernements estimaient nécessaire.

Oliver Stone nous livre un triptyque anti-guerre et anti-patriotique. Il dénonce le lavage de cerveaux et les atrocités perpétrées par le gouvernement américain. Il soulève le voile sur la manipulation des soldats et la souffrance du peuple vietnamien causé par l’ego surdimensionné des plus puissants.

 

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