Retour sur la saga Saw

Au cours d’une petite balade sur Allociné, je me suis rendue compte (avec peu d’étonnement) que plus la saga Saw avançait dans le temps plus les notes de la presse comme celles des spectateurs descendaient. En effet, le premier Saw a la note tout à fait honorable de 3,5/5 tandis que la note du dernier, Saw 3D, touche le fond en atteignant péniblement la note d’1,5/5.

Aujourd’hui, les films Saw sont peu aimés et souvent décrits comme une simple saga de torture porn.

Comment la saga Saw, pourtant si bien partie, a-t-elle fait pour atteindre un tel niveau de mépris au sein du monde du cinéma ?

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I) La genèse de Saw

Tout a commencé avec deux hommes : Leigh Whannell et James Wan.

Pour les plus connaisseurs du genre, Leigh Whannell est un incontournable : acteur, producteur, réalisateur et scénariste australien, il a notamment écrit les scénarios de la saga Insidious et réalisé le troisième volet.

James Wan, quant à lui, a réalisé les deux premiers Insidious ainsi que Conjuring.

Saw est le fruit d’une longue collaboration et d’une longue amitié entre les deux réalisateurs qui se sont rencontrés sur les bancs de l’école de la Royal Melbourne Institute of Technology.

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Leigh Whannell et James Wan sur le tournage de Saw

L’idée initiale a émergé de l’imagination de Leigh Whannell, lorsque celui-ci était dans la salle d’attente des urgences suite à de fortes migraines. Terrifié face à la possibilité qu’on lui annonce une mauvaise nouvelle, il s’est mis à penser « Que faire si on vous a donné la nouvelle que vous avez une tumeur et que vous allez mourir bientôt ? Comment réagiriez-vous à cela ? ». C’est de là qu’est né le personnage de Jigsaw et sa philosophie de vie morbide.

Le scénario a ensuite été écrit avec James Wan qui a notamment eu l’idée des deux hommes enfermés avec un cadavre dans une salle de bain.

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Saw est aussi le fruit d’un long acharnement avec les boites de productions australiennes qui ont toutes refusées le scénario. C’est après être arrivés à Los Angeles qu’ils trouvèrent en Lions Gate Entertainment les fonds nécessaires pour donner vie au film.

Le tournage débuta en 2003 et dura seulement 18 jours. Whannell et Wan disposaient de très peu de moyens : seulement 1 200 000 d’euros de budget. C’est pourquoi, afin d’éviter certaines dépenses, Leigh Whannell a du jouer l’un des premiers rôles.

De plus, le film comporte de nombreuses coquilles dues au manque d’argent. Par exemple, certains plans ont du être tournés alors que les acteurs étaient déjà partis : ainsi, le plan sur les mains du personnage d’Amanda cherchant les clés du piège dans le cadavre de son compagnon ne sont autres que les mains de Leigh Whannell.

Le film fera plus de 100 000 000 euros de recette ce qui en fait l’un des films les plus rentables de l’histoire du cinéma.

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Affiche du film Saw

Malgré quelques petits défauts, le premier film de la saga reste très réussi et incarne l’essence même du film d’auteur : un film écrit et réalisé par deux passionnés du cinéma d’horreur.

Il n’y a pas grand chose à redire de la réalisation : le montage des scènes est excellent, les plans s’enchainant avec une rapidité presque épileptique. L’image délibérément crasse, sale donne une esthétique très particulière et renforce l’immersion dans la scène. Le rendu saccadé et froid nous donne une sensation constante d’oppression.

L’histoire et les personnages sont plutôt bien écrits, les acteurs sont excellents.

Enfin, la musique de Charlie Clouser apporte beaucoup au film. Devenue culte, la bande son de Saw encadre le scénario à la perfection puisque lorsque la musique principale se fait entendre, l’on sait directement que le dénouement arrive. Dénouement qui ne cesse de me surprendre tant il est bien amené.

La maitrise scénaristique de Whannell et Wan nous plonge donc dans un thriller suffocant dont la fin dépasse toutes nos attentes.

Enfin, décrire Saw comme un film de torture porn s’avère complètement injustifié.

En effet, Saw ne comporte aucune scène de réelles tortures. Par exemple, lorsque le Dr. Lawrence Gordon se coupe le pied à l’aide d’une scie afin de s’échapper de la salle de bain, la caméra prend le soin de filmer le visage du personnage et non le reste.

Le premier opus de la saga Saw n’est pas un film d’horreur : c’est un thriller et de surcroit un très bon thriller.

Comment a-t-on pu en arriver là ?

Après la sortie du film, les deux réalisateurs ont vendus les droits à Lions Gate Entertainment. C’est là que le drame commence.

II) La baisse de qualité des films suivants 

La société de production, comme toutes les sociétés de production au monde, va surfer sur la vague de succès du premier volet pour nous pondre un nombre incalculable de suite toutes plus mauvaises les unes que les autres.

Saw II et Saw III restent plutôt corrects : l’histoire reste toujours bien écrite, les personnages intéressants, le dénouement choquant. On sent que Leigh Whannell et James Wan sont encore aux commandes. En effet, c’est eux qui ont écrits les deux scénarios. La réalisation est donnée à Darren Lynn Bousman qui tente une réalisation semblable à celle du premier avec ces effets de caméras et de montage originaux.

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Affiche du film Saw III (2006)

Toutefois, aussi corrects que soient Saw II et Saw III, le grand changement s’opère dès le deuxième volet : quand Saw I n’était qu’un thriller, le deuxième film s’inscrit déjà bien plus nettement dans le genre du torture porn et cela ne fera qu’empirer au fil des volets.

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Extrait de Saw II (2005)

Darren Lynn Bousman réalisera aussi le quatrième opus mais cette fois sans l’aide de Leigh Whannel et de James Wan.

Puis, un changement de réalisateur s’opère pour les trois derniers volets : David Hacki pour Saw V, Kevin Greutert pour Saw VI et Saw 3D 

À partir de Saw IV, la saga baisse en qualité : les scénarios ne tiennent plus debout, les personnages n’ont aucun sens, la réalisation perd toute sa saveur, les acteurs sont si mauvais que l’on se croirait presque dans un téléfilm …

Il est presque extraordinaire de voir la différence de niveau entre le premier opus et le dernier. J’ai essayé l’autre jour de regarder Saw I puis Saw VI : le premier était toujours aussi prenant, aussi bon, tandis que je n’ai pas tenu vingt minutes devant le dernier tant la réalisation, le jeu des acteurs et le scénario étaient mauvais.

On peut remercier les boites de production qui, face au succès du premier film, ont tenu à réaliser d’autres volets, étirant l’histoire jusqu’à ne plus en pouvoir.

Le plus triste, c’est que l’on cantonne la saga Saw aux derniers films : tout le monde s’imagine une saga mal réalisée qui ne fait qu’enchaîner des scènes de tortures bien gores alors que le premier opus est un bijou de cinéma réalisé par deux amis passionnés.

La morale de l’histoire : ne ne jamais vendre son âme aux grandes boites de production…

2M

 

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